\ ^ •J'Y T r,_ •- y ^ > ; ■■ • "V I ' -^ ^*\ /-<4' v^ '<^,' •4^-^ 'T^ .. -<^src^ ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SCEAUX, — IMP. CHARAIRE ET C". ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR (JOURNAL DE MICROBIOLOGIE) PUBLIÉES SOUS LE PATRONAGE DE M. PASTEUR M. E. DU CL AUX MEMBRE nE l'iXSTITUT PROFESSEUR A LA SORBONXE Et un Comité de rédaction composé de MM. CHAMBERLAND, chef de service à l'Institut Pasteur, Dr GRANCHER, professeur à la Faculté de médecine, METCHNIKOFF, ciief de service à l'Institut Pasteur. NOCARD, directeur de l'École vétérinaire d'Alfort, Dr ROUX, chef de service à l'Institut Pasteur, Dr STRAUS, professeur à la Faculté de médecine. SIXIEME ANNEE 1892 Avec douze planches PARIS Gr. MASSON, ÉDITEUR LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN EN FACE DE l'ÉCOLE DE MÉDECINE 1892 iUUlclR'S Ui' l MlbUlUl. f cli>lUiil- 11 I •n-,' f^^ 10 :?î^^- ,-^* r ■ V^' ■•^w.-' ^:rhriikoff de! ()'"e ANNEE. JANVIER 1892. N» 1. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR LA PlIilGOCYTOSl MIISCUIAIM C'ONTRIIilîTIOX A L'ITI'DE DE l'I.MLiMMATIO\ PARENCnïMATEM Par MM. El. METCHNIKOFF et J. SOUDAKEWITCH. PREMIERE PARTIE ATROPHIE DES MUSCLES PENDANT LA TRANSFORMATION DES BATRACIENS rai- M. El. METCHNIKOFF. (Avec planches I, II.) I Dans ces dernières années, l'étude des phénomènes phago- cytaires s'est concentrée presque exclusivement sur l'acte de la destruction des microbes par les phagocytes. Far contre, le rôle de ces éléments dans la série des phénomènes atrophiques n'a presque pas été étudié. Et cependant ce rôle, qui est très mani- feste, présente un intérêt d'un ordre général. Au début de mes recherches sur la phagocytose chez les animaux supérieurs, j'ai déjà attiré l'attention des observateurs sur l'atrophie des organes de la queue des têtards, due à la des- truction des éléments des tissus par les phagocytes. J'ai signalé dans une note, parue il y a plus de huit ans \ que notamment les muscles et les nerfs des têtards en voie de transformation i. Btologisches Centralblatt, 1883, p. 361. 2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sont englobés et digérés par des phag'ocytes dont je n'ai point précisé Torigine. Occupé par d'autres travaux et ne pouvant par conséquent poursuivre ce sujet d'une façon complète, j'ai pensé que d'autres observateurs se chargeraient de l'étude détailléedes phénomènes phagocytaires dans la métamorphose des batraciens. Deux jeunes savants ont abordé ce thème, et ont publié des travaux volumineux sur l'atrophie de la queue des têtards dans le cours de la métamorphose. Le travail de M. Looss ', qui lui a mérité le prix de l'Académie de Leipzig, traite des phénomènes de dégénération en général et de l'atrophie de la queue des têtards en particulier. L'ouvrage de M. Bataillon -^ est une thèse de doctorat et a pour objet la métamorphose des batraciens. Bien que les résultats de ces deux observateurs se contredisent sous beaucoup de rapports, il sont d'accord sur vn point de la plus haute importance, à savoir que les muscles sont en plus ou moins grande partie digérés par le liquide de la lymphe, et que les phagocytes ne jouent dans l'atrophie qu'un rôle tout à fait secondaire (Looss, p. 108, Bataillon, p. 38). Les deux savants sont aussi unanimes à considérer les pha- gocytes qui englobent les muscles, comme des leucocytes. Ils m'attribuent la même pensée, quoique je n'aie jamais donné lieu à une interprétation semblable. Pour M. Looss, dans l'atrophie des muscles, « un concours actif de la part des leucocytes ne peut être nullement démontré ; la désagrégation s'opère d'une façon tout à fait indépendante, comme aussi dans les autres tissus ». (P. 52.) D'après cet observateur, c'est la substance qui relie les fibrilles qui se dissout la première, de sorte que ces éléments se désagrègent, conservant encore leur structure striée. Quelque temps après, les muscles se transforment en tronçons irréguliers, désignés souvent sous le nom de sarcolytes. Ces fragments, qui gardent assez longtemps la striation transversale, se dissolvent dans le liquide environnant, comme s'il s'agissait d'une véritable 1. Ucber Degenerations-Erscheinungen im Thierreich, Preissclirifteii der f. lablonoivski'schen Gesellschafl zii Leipzig, n° X, -1889. 2. Recherches anatomiques et expérimentales sur la métamorphose des amphibies anoures. Paris, iS'Jl. LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 3 dig-cstion. Les slries s'effacent, les sarcolyles deviennent arrondis et réfringents, et tous les restes du muscle dispa- raissent complètement. M, Looss ne nie pas que quelques sarcolytes ne se rencontrent aussi dans l'intérieur des phagocytes, mais ce fait présente, d'après lui, quelque chose de tout à fait accidentel et secondaire. D'après une statistique, dressée par M. Looss, il ne se ren- contre que 3 de sarcolytes englobés par des phagocytes, tandis que 90 à 96 restent parfaitement libres et sans rapport quelconque avec ces cellules. M. Bataillon ne partage pas du toutcette manière de voir. Pour lui, la grande majorité des sarcolytes, environ 9") 0/0, se trouve dans l'intérieur des cellules. Et cependant il n'attribue pas une grande importance à ce fait, parce que la désagrégation des muscles s'accomplit indépendamment des phagocytes, et que leur dissolution définitive s'opère par le liquide environnant. Les adversaires de la théorie des phagocytes dans la patho- log-ie des maladies infectieuses se sont emparés de ces critiques, pour souligner que, même dans la partie physiologique de cette théorie, l'importance des phagocytes a été démesurément exa- gérée'. Dans l'atrophie des organes aussi bien que dans la des- truction des microbes, les phagocytes ne joueraient qu'un rôle très médiocre et purement secondaire. Comme mes premières recherches sur la métamorphose des batraciens ont été faites surtout avec les têtards du Bomhinator ifineus et de ÏHyla arborea, tandis que MM. Looss et Bataillon se servaient d'autres espèces, j'étais d'abord tenté d'admettre que la divergence des opinions s'expliquait en partie par le choix du matériel. Mes espèces, plus commodes pour l'observation m vivo, pourraient fournir des données plus précises que celles employées par mes contradicteurs. Voilà pourquoi, en reprenant l'étude de l'atrophie de la queue au printempsde 1891, j'ai eu soin de m'a- dresser à des espèces plus communes, comme la Rana tempora- f/a, qui a servi pour les recherches de M. Looss, et la Rana agilis. Les phénomènes de l'atrophie musculaire ont été observés sur le vivant, ainsi que sur des têtards traités par l'alcool de M. Ranvier (à 1/3) et par le sublimé. 1. Lubarscb, Centralbl. f. Bactériologie, 1889, t. VI, n' 20. 4 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les queues, traités par l'alcool, ont été dissociées et colorées avec la vésuvine, tandis que les organes, traités par le sublimé, ont été coupés et colorés par le carmin boracique de M. Gre- nacher, ainsi que par d'autres procédés. II Dans les faisceaux musculaires des têtards de batraciens, c'est surtout le sarcoplasma qui mérite d'attirer notre attention. Cette partie du contenu musculaire est composée de protoplasma amorphe et très linement granuleux, qui remplit les interstices entre les fibrilles et se concentre autour des noyaux musculaires. L'examen des muscles tout jeunes démontre facilement que le sarcoplasma tire son origine du protoplasma de la cellule qui donne naissance au faisceau musculaire (PL I, fig, 1, 2). Les grains de pigment noir, si fî'équents dans le sarcoplasma, déri- vent directement du pigment vitellin de l'œuf et des blasto- mères. La quantité de sarcoplasma dans les faisceaux musculaires des têtards est souvent très considérable. Ainsi on observe des petits muscles, dont le sarcoplasma, muni d'appendices proto- plasmiques, est presque ou tout aussi volumineux que la partie contractile, ou le myoplasma (PI. II, fig. 12). Bien des fois le sarcoplasma se concentre à la périphérie du faisceau musculaire, autour des noyaux, présentant un aspect bosselé très bizarre (PLI, fig. 3; PI. II, fig. 1.3). Un autre élément important du faisceau musculaire, ce sont les noyaux. Placé dès le début à la périphérie de la cellule (PL I, fig. 1, 2), le noyau primitif produit un plus ou moins grand nombre d'autres noyaux qui se disposent également à la péri- phérie du faisceau musculaire (PL I, fig. 3, 4). La substance proprement musculaire ou contractile, le myoplasma, occupe la partie centrale du faisceau. Les changements des muscles dans la période de la métamorphose débutent par une croissance notable du sarcoplasma et des noyaux. Le nombre de ceux-ci devient notablement plus grand. Les noyaux multipliés se disposent non seulement à la périphérie, mais aussi et surtout dans la partie centrale du faisceau (PL I, LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 5 fiii". 6). Le sarcoplasma, qui est généralement lié aux noyaux, les suit dans leur déplacement, et se retrouve également dans rintérieur du faisceau musc-nlaire, entourant les noyaux (PI. II, fig. Lt). L'examen des coupes, et surtout celui des muscles vivants ou traités par l'alcool de Hanvier, ne laisse aucun doute sur ce que Je sarcoijlasma avec les noyaux se dilf'é rende en un certain nombre de cellules qui se trouvent placées au milieu des fibrilles. Les cellules ainsi formées poussent des prolongements dans les interstices entre les fibrilles et disloquent le faisceau musculaire (PL 11, fig. 16). Celui-ci se transforme ainsi en plusieurs bandes parallèles, composées de myoplasma, et en un nombre plus ou moins grand de cellules, constituées par le sarcoplasma et les noyaux (PL I, fig. 7). Dans la suite de ces phénomènes, les cellules sarcoplastiques englobent les tronçons du myoplasma, manifestant ainsi leur nature phagocytaire. L'étude des coupes (PL II, fig. 16, 17), et des muscles dissociés, nous apprend d'une façon tout à fait i^rà- cïse que le faisceaumiisculaire entier setransformeemine niasse de pha- gocytes, renfermant dans leur intérieur la substance striée du muscle. Ces phagocytes musculaires dérivent donc du sarcoplasma avec les noyaux musculaires, mis en état de suractivité considérable, et ne proviennent nullement des leucocytes. M. Loess a donc eu raison d'affirmer que les leucocytes ne jouent aucun rôle dans l'atrophie des muscles, seulement il a eu tort de confondre les phagocytes avec les leucocytes, et de nier l'importance de la phagocytose. Il a eu également tort de m'attri- buer la pensée que les phagocytes des muscles ne seraient autre chose que des leucocytes. Persuadé, dès le début de mes études phagocytologiques, de la variabilité des phagocytes, il ne m'est jamais arrivé de les identifier avec des leucocytes. L'examen minutieux démontre en réalité que les leucocytes ne prennent aucune part à l'atrophie des muscles des têtards. Pendant ce phénomène, on n'observe ni diapédèsedes leucocytes, ni leur accumulation autour des muscles en voie de métamor- phose. Cherchant l'intervention de cellules extramusculaires dans les phénomènes d'atrophie, je n'ai pu voir que très rarement les éléments du perimysium s'ïns'muer dans la substance musculaire 6 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. (PL II, fig'. IS). Comme règle générale, ce sont toujours les éléments du faisceau musculaire même qui fournissent les pha- gocytes. Les changements du tissu musculaire, décrits par MM. Looss et Bataillon comme préliminaires de l'atrophie, résultent sûre- ment de lésions artificielles, occasionnées avec des pinces ou d'autres instruments. Ainsi les muscles modifiés, représentés par M. Looss sur les fig'ures 32-34 (PI. II), et par M. Bataillon sur la figure 27 (PL III) de leurs mémoires, n'ont sûrement rien à faire avec l'atrophie normale et ne peuvent être rapportés qu'à des organes lésés d'une façon quelconque. Ni la dislocation des fibrilles, ni la formation des tronçons myoplasmiques, ou sarcohitcs, ne se produisent jamais spon- tanément, sans le concours actif des phagocytes musculaires. Toute la statistique de M. Looss et ses raisonnements, fondés sur cette statistique, doivent être rejetés, comme ne correspondant point à la réalité des phénomènes. Sa tentative de se faire une idée des choses d'après l'examen des muscles dissociés, prouve une fois de plus que cette méthode n'est point applicable pour une recherche de ce genre. M. Looss a trouvé dans le raclage plus de 90 0/0 de sarcolytes libres, et cependant en réalité il n'en existe point du tout, par la simple raison que la formation des sarcolytes est due à l'activité des phagocytes. Si je ne suis point en état de partager la manière de voir de M. Looss, je ne puis non plus m'associer à M. Bataillon, lors- qu'il admet que les sarcolytes sont englobés par des simples leu- cocytes. Dans un cas de phagocytose aussi prononcé que l'est celui de l'atrophie des muscles des têtards, on est naturellement tenté avant tout de chercher le rôle des leucocytes. Et cependant, plus on approfondit l'étude du phénomène, plus on voit que les leucocytes sont complètement étrangers à la production des phagocytes musculaires. En admettant le contraire, M. Bataillon s'appuie surtout sur l'étude des coupes, dans lesquelles on trouve, d'après lui, « toute la gamme des intermédiaires entre les glo- bules blancs libres et les globules enveloppant les sarcolytes » (p. 51). Bien que l'étude des coupes soiten général trèsinstructive, il faut lui associer encore l'observation sur le vivant qui. est si facile, non seulement chez les Bombinator et les Hijla, mais aussi chez les grenouilles rousses {Rana temporal ia et agilis). Or, cette LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 7 élude combinée démontre de la façon la plus claire la non parti- cipation des leucocytes dans les phénomènes d'atrophie qui nous intéressent. Dans une période tout à fait initiale, lorsque l'aspect extérieur de la larve ni de sa queue ne font présumer l'approche de la métamorphose, on voit déjà certains faisceaux musculaires transformés en amas de phagocytes (PI. I, fig. 8). Et cependant ni dans le muscle même, ni dans son voisinage, on n'aperçoit jamais d'a!.;gloméralion de leucocytes. Ce n'est point du dehors, mais bien du dedans que se fait Tatrophie des muscles, qui s'étend lentement d'un faisceau à l'autre, et comprend dans son ensemble une période de plusieurs jours. III Le phénomène essentiel de l'atrophie musculaire des têtards se résume donc en ceci : une partie du faisceau, le sarcoplasma et les nojjaux, manifeste une suractivité extraordinaire et se développe aux dépens du myoplasnm., qui finit par devenir la proie des phagocytes sarcoplastiques. La destruction du myoplasma s'opère à l'aide d'un processus dig-estif qui ne se manifeste jamais en dehors des phagocytes. L'observation sur le vivant accuse ce fait d'une façon précise. Mais M. Looss pense tout autrement. Il admet que la dig^estion des sarcolytes libres, d'après lui) se fait en dehors des cellules, dans le liquide environnant. Il s'appuie sur l'observation de sarcolytes dégagés de la queue et transportés dans une solution de NaCl à 75 0/0, dans laquelle ils s'imbibent et éclatent au bout de peu de minutes. M. Looss ne fournit pas de preuves de ce que dans l'animal les phénomènes se passent de la même façon. L'étude de ces phénomènes par des procédés différents démontre que la digestion des sarcolytes chez les têtards se fait beaucoup plus lentement. Ainsi l'observation sur le vivant, prolongée pen- dant des beures, ne révèle point de chang-ements appréciables, tandis que d'après M. Looss (p. 67, PL III, fig'. 42), un sarcolyte strié se digérerait complètement en un quart d'heure. La digestion des sarcolytes dans les phagocytes musculaires demande sûrement une période d'au moins plusieurs heures. Après 8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, des stades, dans lesquels les sarcolytes conservent leur structure rayée, on en observe d'autres, où ces corps se présentent sous forme de fragments arrondis ou ovoïdes, privés de stries, et se colorant moins bien par les procédés ordinaires. Les débris musculaires se fragmentent ensuite en éléments de plus en plus petits. Pen- dant ce processus de digestion intracellulaire, il se forme souvent des vacuoles autour des débris musculaires, et la quantité de pro- toplasma augmente visiblement (PI. II, fig. 18). Avec la marche de la digestion des sarcolytes, le caractère cellulaire des phagocytes musculaires s'accentue déplus en plus. Ces éléments ne sont plus aussi fragiles qu'au début de leur formation, et peuvent être plus facilement étudiés à l'état vivant dans l'humeur aqueuse ou dansun autre liquide indifférent (Pl.I, fig. ^, 10). On peut s'assurer alors de la façon la plus nette de la mobilité amiboïde de ces phagocytes, qui poussent des prolon- gements très fins et visiblement mobiles (PI. I, fig li). L'application de toutes sortes de réactifs démontre sûrement que la digestion des muscles ne se fait point dans un milieu acide. L'alizarine sulfacide, réactif si sensible, qui prouve facile- ment que la digestion intracellulaire des protozoaires se fait dans un milieu acide', ne donne jamais cette réaction chez les phago- cytes musculaires. D'un autre côté, la réaction alcaline de ces cellules, sous l'influence de l'alizarine sulfacide, n'est pas plus prononcée que celle du protoplasme en général. Il est donc très probable que la digestion des sarcolytes par les phagocytes musculaires doit être rangée parmi les cas de digestion intracel- lulaire dans un milieu neutre. Les phagocytes musculaires, après avoir absorbé le myo- plasma et réduit les sarcolvtes en corps ronds ou ovoïdes et réfrin- gents, quittent le lieu de leur formation. On rencontre souvent, en examinant la queue des têtards en voie de métamorphose, à la place où se trouvaient des faisceaux musculaires, un espace libre. Ce fait ne peut être expliqué que par l'émigration des pha- gocytes musculaires, ce qui est confirmé par l'apparition d'une grande quantité de cellules tout à fait semblables dans la cavité abdominale du têtard. Au fur et à mesure que la queue diminue de volume, les cel- i. V. Le Dantec, ces Annales, i890, p. 776; 1891, p. 163. LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE, 9 Iules amiboïdes qui la remplissent passent dans la cavité géné- rale du corps, y apparaissent sous forme de leucocytes delà lymphe. Ces cellules nous présentent donc un ensemble d'élé- ments doués de propriétés analogues, mais d'origine diverse. Comme parmi ces leucocytes il y a sûrement des phag'ocytes musculaires, on conçoit facilement la possibilité de transforma- tion d'un certain nombre de cellules amiboïdes en cellules mus- culaires. Il serait utile d'étudier avec soin cette question de la régénération de muscles striés aux dépens de leucocytes. Le tableau de l'atrophie musculaire que nous avons pu tracer, ne nous permet pas de pénétrer dans l'intimilé physio- logique du phénomène. On voit bien que les premiers pas de ce processus accusent une hypertrophie du sarcoplasma, ainsi qu'une suractivité de cette partie et des noyaux musculaires, mais on n'a aucun droit d'admettre que le myoplasma Représente de son côté quelque altération fonctionnelle. Il est vrai que la queue, dans la période initiale de l'atrophie musculaire,jouit pleinement de ses mouvements, et que l'ien ne fait supposer un trouble phy- siologique primaire de son système musculaire. Il est vrai aussi que les muscles, même désagrégés en tronçons, présentent encore leur striation et leur structure parfaitement normale (PLI, fig-. 7). Et pourtant il pourrait bien se faire que le début de l'a- trophie soit marqué par quelque altération initiale du myo- plasma. Les muscles qui, à l'inspection sur le vivant ainsi qu'à l'examen des faisceaux dissociés, présentent un myoplasma parfaitement normal, n'accusent plus sur des coupes leurs fibrilles avec la môme netteté qu'auparavant (PI. II, fig. 14). Des recherches à l'aide des méthodes physiologiques permettront peut-être d'approfondir la question. lY L'atrophie des muscles des batraciens présente un grand intérêt non seulement à cause de la facilité avec laquelle on peut étudier ce processus, mais aussi parce qu'elle peut servir de type pour un grand Tiombre de phénomènes patholog"iques. Depuis longtemps on a constaté que dans beaucoup d'affec- tions musculaires, les faisceaux présentaient des changements 10 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR réguliers dont la signification ne pouvait être saisie. Ce sont notamment l'hypertrophie et l'augmentation des noyaux muscu- laires, qui ont attiré l'attention des observateurs en leur qua- lité de phénomènes constants. Bien des fois on a vu la fragmen- tation de faisceaux musculaires en sarcolytes, et souvent on a observé la formation de faisceaux remplis de caWuies [M uskelzel- lenschlauche des auteurs allemands). Quelquefois on a vu se former de véritables cellules géantes dans l'intérieur des fais- ceaux musculaires atteints, (^'estainsique M. F. Schultze' a con- staté un grand nombre de cellules géantes musculaires dans un cas d'atrophie musculaire progressive. Quelques observateurs ont déjà accepté comme exacte la formation des phagocytes dans les affections musculaires, comme dans la fièvre typhoïde ou dans l'atrophie musculaire primaire. Ainsi par exemple M. Lévine- cite un cas de formation de pha- gocytes aux dépens des noyaux et du protoplasma musculaires. Mais il est évident que la notion de la phagocytose musculaire doit être beaucoup plus éteudue. L'hypertrophie et la multiplication des noyaux, ainsi que la formation des cellules géantes musculaires, doivent être consi- dérés comme des phénomènes de l'évolution des phagocytes. Dans la production des cellules géantes dans n'importe quel foyer inflammatoire, les noyaux manifestent une grande activité, s'hypertrophient et se multiplient. On ne connaît pas encore le véritable sens de ces modifications, et ce n'est qu'à titre d'hypo- thèse qu'on peut supposer l'utilité de cette suractivité nucléaire dans les phénomènes de digestion intracellulaire. Il faut se rap- peler que ce sont justement les noyaux des glandes digestives qui présentent souvent un développement extraordinaire. Le travail suivant de M. Soudakewitch sur les changements dans les faisceaux musculaires sous l'influence des trichines, fournit une preuve encore à l'appui de l'interprétation des phé- nomènes nucléaires comme acte de l'évolution des phago- cytes. La formation des sarcoiyles doit être sûrement envisagée toujours comme une désagrégation, due à l'activité phago- 1. Ueb. d. prorpessiven Muskelschwual, Wiesbaden, 1886. 2. Wratch, ISS'J. LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 11 cytaire. C'est ainsi qu'elle a été conçue par M. Kowalevsky ' dans son admirable travail sur la métamorphose des mouches. Le même fait a été retrouvé par M. van Reess ^ chez les mômes insectes. Comme nous l'avons démontré dans cet article, chez les batraciens la formation des sarcolytes se fait toujours, — malgré l'assertion contraire de MM. Looss et Bataillon, — grâce aux phagocytes qui désagrègent le faisceau musculaire avec leurs appendices protoplasmiques. Les cas de formation des sarcolytes dans l'atrophie musculaire, la fièvre typhoïde et dans d'autres affections des muscles striés, doivent être interprétés de la même façon. Mais, en dehors de la phagocytose musculaire proprement dite, il y a des cas oii les faisceaux sont attaqués par des pha- gocytes d'autres espèces, notamment par les leucocytes immi- grés. L'exemple de la trichinose, étudié par M. Soudakewitch, en fournit une démonstration. Cette phagocytose, pour ainsi dire supplémentaire, doit intervenir sur une échelle plus ou moins grande dans beaucoup d'autres affections musculaires. Comme, d'après la nomenclature de M. Podwyssotsky\, touslesphagocytes qui englobent des muscles, sont désignés sous le nom générique de mijopliages. on n'a pas le droit d'appliquer ce nom à des pha- gocytes musculaires, c'est-à-dire à des cellules qui prennent leur naissance aux dépens des muscles mêmes. Il serait très intéressant d'étudier de plus près aussi les phé- nomènes de phagocytose dans le tissu nerveux. D'après les don- nées, recueillies dans la science, ces phénomènes doiventêtre très répandus. Dans les atrophies des nerfs on a plusieurs fois constaté ^ une hypertrophie et une prolifération des noyaux de la gaîne, fait qui doit être rapproché des phénomènes ana- logues dans le tissu musculaire. La substitution des éléments nerveux, ainsi que la croissance de la névroglie et du tissu con- jonctif, examinés au point de vue de la phagocytose, doivent sûrement fournir un champ d'investigation très fécond. Le résultat principal de cette étude peut être formulé dans la proposition suivante : l atrophie musculaire, ainsi que certains 1. Zeilschrift ftir loissenschaftliclie Zoolojie, 1887, t. 45. 2. Zoologische lahrbûcher, 1888, t. III. 3. Jrailé de pathologie générale (en russe), 1891, p. 201. 4. V. le mémoire de V. Biingner, Beitrdge z.pathol. Anatomie, t. X, 1891, p. 321. 12 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. processus pathologiques^ présentant le caractère de f'uillammalion parenchymateuse {dans le sens le plus strict), doivent être rangés dans le groupe des phénomènes phagocytaires. EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHE I FiG. l. — Un jeune faisceau musculaire de la queuG d'une \avvc d' A ly tes olistetricans, âgée de huit jours. Alcool à 1/3. — Grossissement: oculaire 2, système F de Zeiss. FiG. 2. — Un faisceau musculaire d'une larve de Rana ayitis. Même préparation et même grossissement que dans la fig. 1. FiG. 3. — Une partie d'un faisceau musculaire d'un têtard de Rana tcrnporaria à la période initale de l'atrophie musculaire. Alcool 1/3. Vésu- vine. Ocul. 2. syst. I). Fig. 4. — Coupe transversale d'un faisceau normal d'un têtard de R. temporaria. Carmin et bleu de méthylène. Ocul. 2, Syst. L'18. Fig. 5. — Coupe transversale d'un autre faisceau, avec un sarcoplasma très développé. Fig. 6. — Coupe transversale d'un faisceau avec un grand nombre de noyaux. Fig. 7. — Dissociation et englobement du myoplasma par les phago- cytes musculaires. Début de l'atrophie musculaire chez le têtard de R. tem- poraria. Alcool de Ranvier. Vésuvine. Ocul. 2, syst. F. Fig. 8 — Faisceaux musculaires d'une larve de Romt)inator igneus dans la période initiale d"atrophie. Pris sur le vivant. Ocul. 3, syst. 7 de Hartnack. Fig. 9 et 10. — Deux phagocytes musculaires d'une larve de ilyla arborea. Ocul. 4, syst. 9 de Hartnark. Fig. 11. — Un phagocyte amiboïde d'un têtard de R. esculenta. PLANCHE II Fig. 12. — Coupes de faisceaux avec beaucoup de sarcoplasma; jR. tem- poraria. Fig. 13. — Coupes de faisceaux musculaires avec un grand développe- ment du sarcoplasma. Fig. 14. — Coupe d'un faisceau en voie d'atrophie. Le faisceau renferme plusieurs phagocytes musculaires. Fig. 15. — Coupe d'un faisceau avec une cellule du perimysium, inva- ginée dans le myoplasma. Fig. 16. — Englobement du myoplasma par les phagocytes muscu- laires. Coupe transversale. Fig. 17. — Faisceau transformé en un amas de leucocytes. Coupe transversale. Fig. 18. — Phagocytes musculaires en train de digérer le myoplasma. Coupe transversale. Toutes les figures de la planche II ont été faites avec la combinaison oc. 2. syst. 1/18. •7- ••I- V ;•> » V I » t ;.**^v' ^ -, 'y DEUXIEME PARTIE MODIFICATIONS DES FIBRES MUSfl'LÂIRES DANS LA TRICHINOSE. Par M. J. SOUDAKEVVITCH. (Travail du laboratoire de M. Metchnikofi, à l'Institut Pasteur.) (Avec Planche III.) Un aperçu général des divers phénomènes pathologiques inflammatoires des muscles nous montre que les modifications survenant dans ce tissu ne sont presque toujours que secon- daires. Le processus inflammatoire se localise au déhut dans le tissu conjonctif, le perimysium. Ce n'est qu'après une période plus ou moins longue que les phénomènes pathologiques s'éten- dent aux muscles. La trichinose peut au contraire servir d'exemple tout à fait frappant d'une lésion primaire desmuscles, d'une myositeparen- chymateuse pour ainsi dire. Dans cette maladie, les parasites laissent de côté le tissu con- jonctif intermédiaire, et pénètrent directement dans les fibres musculaires. Ils y siègent en provoquant une modification pro- fonde des muscles. Le seul fait de pouvoir constater pendant la trichinose des phénomènes de myosite parenchymateuse rendait ce processus pathologique intéressant par lui-même ; mais il l'est encore plus sous d'autres points de vue. Il est bien établi aujourd'hui que la phagocytose joue un rôle important et préservatif dans toute une série de processus pathologiques, provoqués par l'introduction d'êtres étrangers dans l'organisme. C'est avec une netteté frappante que l'on peut étudier le rôle et l'influence des phagocytes dans quelques maladies. L'activité phagocytaire est aussi très manifeste dans les phéno- U ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mènes de réaction, provoqués par la présence de tissus nécro- sés ou de corps étrangers. C'est pourquoi on pouvait s'attendre a priori à trouver de la phagocytose dans la maladie provoquée parla trichine. Il restait à savoir quels sont ici les éléments cellulaires qui jouent le rôle de phagocytes. Comme la dimension des parasites est compa- rativement g'rande et qu'il est possible de toujours constater s'ils sont vivants ou morts, on devait aussi s'attendre à voir des tableaux de phagocytose extraordinairement clairs. Toutes ces considérations m'ont poussé à accepter la pro- position que me fit M. Metchnikoff d'étudier les modifications histologo-pathologiques des muscles dans la trichinose. Mes observations furent faites sur les différents muscles des rats blancs. J'avais fait ingérer à ces animaux de la viande crue d'un porc infecté par des trichines. Cette viande m'avait été aimablement procurée par M. le professeur Nocard. Les six rats nourris de viande infectée présentèrent, après 3 à 4 jours, des symptômes de la maladie sous formes de troubles intestinaux. L'un des rats succomba le Séjour à une diarrhée intense. Les autres se rétablirent rapidement. Chez un rat, sacrifié par le chloroforme une semaine après l'ing-eslion, on trouva une grande quantité de parasites dans les mucosités de l'intestin grêle et du gros intestin ; mais il n'y en avait encore point du tout dans les muscles. On en trouva, au contraire, en abondance dans presque tous les muscles d'un rat, tué 26 jours après l'ingestion de trichines. Ce sont justement les divers muscles de cet animal (les muscles du diaphragme, des extrémités, du dos, le muscle masseter, temporal) qui ont servi de point de départ pour mes recherches. Je lés faisais durcir dans le liquide de Muller et dans l'alcool. J'avais à ma disposition, outre les muscles de rat, quelques morceaux de ceux d'un homme. Ils avaient été gracieusement envoyés à M. Metchnikoff par M. le professeur Lichtheim, de Kunigsberg, qui les avait retirés à l'autopsie d'un individu mort de la trichinose dans sa clinique, le 7 janvier de cette année. Ce cas a été publié, ainsi que les résultats de l'examen microscopique des muscles, par M. A. Lévine, dans le 11° 14 du Vratch, 1891. Pour faire des coupes, j'emboîtais les morceaux de muscles LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 15 dans la paraliine par le procédé habituel. Comme les coupes se déchiraient facilement quand elles étaient très minces, j'ai dû en faire des séries que je collais sur la lamelle à l'aide d'un mélange de 1 de collodion et de 3 d'essence de girofle, La coloration était faite parl'hématoxyline-éosine acide gly- cérinée d'Ehrlich. On obtenait des résultats tout aussi bons par la coloration des coupes avec le carmin borique; la différencia- tion étant faite par l'alcool à 70o acidulé avec IICl. Après un lavage à l'eau, on colorait pendant3 à 4 minutes dans du bleu de méthylène. Les coupes ainsi préparées avaient les noyauxcolorés en bleu foncé, la substance musculaire en carmin assez vif, même dans le cas où elle était désagrégée en petites parcelles : le protoplasme des diverses cellules avait une teinte mixte. Sur les préparations des muscles durât, nousavions toujours affaire à des stades de modification peu avancés. Dans toute la série des coupes examinées, il n'y avait que quelques trichines contournées en spirale caractéristique. Les autres trichines, en majorité jeunes, n'étaient que légèrement recourbées ou bien alignées le long des fibres musculaires. Le perimysium était parsemé de petites infiltrations cellu- laires nettement délimitées. En examinant les coupes avec un faible grossissement, on était' frappé de la quantité de grands noyaux ovales à l'inté- rieur des faisceaux musculaires. Ceux-ci ne sont point ou ne sont que très peu modifiés dans la première période de la trichinose. J'ai souvent vu que ces faisceaux avaient complètement con- servé leur structure striée, leurs noyaux un peu agrandis étaient en nombre habituel. La trichine était disposée le long du faisceau musculaire, et on voyait très distinctement les contours de la cavité qu'elle occupait. Très souvent cette cavité était élargie à l'une de ses extrémités ou dans toute sa longueur; cela indiquait, évidemment, que le parasite avait dû se mouvoir dans l'intérieur du muscle. Dans les stades ultérieurs,quand la trichine a déjà des dimen- sions plus grandes, la substance musculaire subit certaines modi- fications. La striation des muscles disparaît peu à peu ; les noyaux ovales commencent à s'agrandir et à se multiplier, ils sont disposés tantôt sans ordre, tantôt en groupes, tantôt ali- 16 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. gués. Ces noyaux se colorent presque toujours très bien par l'hématoxyline ou le bleu de méthylène ; ils contiennent un ou deux nucléoles plus intensément colorés. Nous avions donc affaire à un phénomène très probléma- tique : d'un côté on observe la destruction du protoplasme (delà substance contractile), d'un autre la multiplication considérable des noyaux. Ce problème exigeait une solution. Mon attention se porta avant tout sur le fait que les noyaux se disposent assez souvent, pendant leur multiplication, en groupes nettement délimités et isolés. Ensuite on voit, surtout dans les préparations colorées par le carmin ou le bleu de méthy- lène, que la substance environnant directement les groupes de noyaux, se colore un peu différemment du reste de la substance musculaire. Elle prend notamment une teinte mixte, comme le protoplasme cellulaire. Enfin j'ai observé les tableaux suivants sur des coupes longitudinales du masséter: une jeune trichine était disposée dans une dos extrémités des faisceaux, la sub- stance musculaire était fortement modifiée, sa striation avait complètement disparu, son aspect était quelque peu semblable à celui qui est dû à la dégénérescence de Zenker : les faisceaux musculaires étaient désagrégés en tronçons longitudinaux assez grands; ceux-ci étaient divisés par une substance d'un tout autre aspect. Elle avait toute les propriétés du protoplasme vivant non dégénéré, c'est elle qui contenait les grands noyaux de multi- plication. Dans une partie du faisceau musculaire, le protoplasme ne s'insinuait qu'à peine entre les tronçons désagrégés ; dans une autre il les divisait complètement; le plus souvent il entou- rait les tronçons, les englobait pour ainsi dire. En examinant l'extrémité du faisceau oii siégeait le parasite, je m'aperçus que celui-ci était aussi entouré de grands noyaux en quantité notable. Une série de coupes longitudinales et trans- versales démontra que les noyaux n'étaient point libres, mais aussi contenus dans du protoplasme semblable à celui qui vient d'être décrit. Les groupes de noyaux avec leur protoplasme environnant ne différaient en rien, surtout à l'examen des coupes transversales, des cellules géantes typiques. Ils contenaient dans leur centre une section oblique ou transversale de la trichine. LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 17 Quelle est donc l'origine des masses protoplasmiques vivantes que je viens de décrire? Elle nous est indiquée par la structure histologique des muscles striés. Nous savons qu'il y a ù l'intérieur du sarco- lemme, outre les fibrilles musculaires proprement dites, une substance homoi^ène. Elle sert à souder les fibrilles entre elles et recouvre la surface interne du sarcolemme d'une couche mince, contenant de grands noyaux ; c'est le sarcoplasme de Rollet. C'est donc évidemment aux dépens de ce sarcoplasme nucléeux que se développent les cellules protoplasmiques g-éantes, sous Tiniluence de l'irritation provoquée par le parasite, et malgré la destruction des fibrilles musculaires proprement dites. Dans les muscles trichinoses del'homme, j'ai pu observer des stades de modification plus avancés que ceux qui viennent d'être décrits. La quantité des parasites était beaucoup moins g-rande ; ils se présentaient presque tous contournés en spirale. Les fais- ceaux musculaires qui les contenaient étaient très élargis. Il y avait d'assez notables infiltrations de petites cellules dans le tissu interstitiel, surtout autour des faisceaux tricbineux. Les faisceaux musculaires contenaientaussi de grands noyaux ovales, qui se coloraient beaucoup moins bien. Les nucléoles étaient plus grands et se coloraient par l'éosine. Je cherchai naturellement à retrouver ici des tableaux ana- logues à ceux que j'avais observés chez le rat. Mais cela ne me réussit pas, malgré la grande quantité des coupes examinées : les muscles humains semblaient présenter des modifications tout à fait particulières. La considération suivante me servit de g'uide pour me retrouver. La trichine continue de se mouvoir après avoir pénétré dans l'intérieur du faisceau. Ceci est étabh par la description de latrichinose que j'ai donnée pour le rat, et aussi par le fait qu'en grandissant le parasite change sa position rectiligne pour se recourber en spirale. Il est donc évident qu'il ne faut pas s'attendre à trouver le même aspect des tissus que chez le rat, car les stades de trichi- nose observés chez l'homme sont beaucoup plus avancés; les parasites y sont déjà enroulés en spirale; ils ont donc dû délruire 2 18 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. par leurs mouvements les groupes des grandes celliiles envi- ronnantes. Et réellement un examen attentif des préparations muscu- laires de l'homme présente le tableau suivant. La substance du faisceau trichineux est notablement modifiée, elle ne se colore ni par le carmin, ni par le bleu de méthylène; les noyaux dis- posés à l'intérieur du faisceau se colorent faiblement ou pas du tout. Ils sont entourés de portions limitées de substance, prenant une coloration mixte (comme le protoplasme cellulaire), et tranchant visiblement avec la substance dégénérée. Les proto- plasmes entourant les divers noyaux se fusionnent à l'aide de prolongements tantôt minces et filiformes, tantôt épais et irré- guliers. On aperçoit dans les mailles irrégulières du réseau ainsi formé des amas de substance musculaire dégénérée ne prenant pas de coloration. En un mot, grâce au mouvement de la trichine, de la substance musculaire des faisceaux se trouvait entremêlée avec la substance sarcoplastique moins modifiée. Dans quelques-uns des faisceaux, la substance sarcoplastique s'était conservée en amas plus grands, contenant de 3 à 6 noyaux. Mais on ne trouvait naturellement jamais de groupes cellulaires intacts comme chez le rat. L'examen parallèle des muscles du rat et de ceux de l'homme démontra la dégénérescence graduelle du sarcoplasme entourant les noyaux. Ce sont ces noyaux qui résistent le plus longtemps; mais eux aussi finissent par dégénérer. Ils deviennent libres et subissent une série de modifications spéciales, semblables à celles décrites dans l'article de A. Lévine. Les modifications des faisceaux trichineux aboutissent donc au dépérissement complet du faisceau musculaire dans toutes ses parties. A côté de pareils faisceaux, on en trouvait d'autres, chez le ratet surtout chez l'homme, qui ne contenaient point de trichines, mais avaient subi néanmoins la dégénérescence de Zenker. Je n'ai pas de données directes sur l'origine de cette dégéné- rescence. Est-elle due, comme le croit Lévine, aux produits élaborés par la trichine, ou simplement au passage de celle-ci à travers des faisceaux ? Dans tous les cas, ces faisceaux, ainsi que (quoique plus rare- ment) les faisceaux trichineux complètement détruits, se com- LA PHAGOCYTOSE MUSCULAIRE. 19 portent comme des corps étrangers, provoquant une réaction de la part des éléments environnants. Les faisceanx rtaiiMit entourés à leur périphérie de petites cellules, à noyaux taiîtôt ronds et réguliers, tantôt lobés. Une grande quantité de ces cellules s'insinuait dans les fissures produitesle longdes faisceau.x, dont les bords présentaient des entailles semi-lunaires ou presque rondes, remplies de leu- cocytes. Les contours de ces faisceaux devenaient de plus en plus irréguliers, comme rongés; les fissures longitudinales et transversales s'accentuaient de plus en plus, de sorte que le fais- ceau finissait par se désagrég-er en petits tronçons de substance musculaire, entourée par de nombreux groupes de leucocytes. (Les tronçons conservaient la coloration du carmin.) On voyait, à l'aide de forts grossissements, que les petits amas isolés des tronçons étaient eng-Iobés dans le protoplasme des leucocytes agrandis. On rencontrait quelquefois, parmi les petites cellules, des cellules géantes typiques, contenant des parcelles du fais- ceau musculaire. De pareils tableaux étaient démonstratifs au même degré sur les coupes long-itudinales et transversales. Je me borne pour le moment aux deux phénomènes exposés dans cet aperçu de la trichinose musculaire. Nous voyons, d'après cette description, que les faisceaux musculaires, indépendamment du tissu intermédiaire, réagissent eux-mêmes envers l'irritation provoquée parla trichine. Bientôt après l'introduction duparasite, la substance contractile subit des modifications de dégénéres- cence; la partie sarcoplastique du faisceau aug-mente de volume, ses noyaux se multiplient, etles masses cellulaires ainsi formées et semblables à des plasmodes entourent les régions dégénérées. Une autre partie du sarcoplasme à noyaux multiples s'amasse autour de la trichine en formant une espèce de grande cellule géante. Nous avons donc devant nous une activité des phagocytes, qui se sont développés à l'intérieur et directement aux dépens du faisceau musculaire. Cette activité énergique des phagocytes musculaires n'est pourtant pas de longue durée. La trichine détruit bientôt par ses mouvements toutes les cellules vivantes, etles mélange aux restes de la substance musculaire détruite antérieurement. Dans ce cas, comme dans celui où toutes les parties du faisceau musculaire 20 > ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. dégénèrent en même temps, ce sont les phagocytes étrangers, les leucocytes, qui s'introduisent dans le faisceau. Ils le désa- grègent en petits morceaux qu'ils englobent ensuite. Ce sont là, en somme, les modifications les plus intéressantes et importantes qui ont lieu dans les muscles trichineux. Elles nous expliquent suffisamment et laprésence de noyaux libres dans les faisceaux, et le développement endogène des cellules, décrit par A. Lévine, et qui paraissait si problématique à première vue. Il va sans dire que les phénomènes décrits n'épuisent pas toutes les modifications que subissent les muscles trichineux. On y observe des phénomènes d'atrophie simple, de vacuolisationet de dégénérescence graisseuse. La description détaillée de ces modifications, ainsi que celle des stades plus avancés de lamaladie où a lieu la formation de la capsule du parasite, fera le sujet d'un autre article. EXPLICATION DE LA PLANCHE IIL Toutes les figures ont été faites avecl'oculaire 3 et les systèmes 3 et 4 de Verick; sauf pourtant la fig. 7, faite avec le système 9 de Hartnack. FiG. 1. — Un faisceau musculaire nécrosé, transformé en tronçons à l'aide de leucocytes. Dans certains endroits on voit des leucocytes, en- trés dans l'intérieur des tronçons musculaires et logés dans une sorte de vacuole. Dans la partie inférieure de la figure, on observe une fissure longitudinale du faisceau. Trichinose de l'homme. Cas de la clinique de M. le professeur Lichtheim. Carmin borate et bleu de méthylène. FiG. 2. — Faisceau musculaire d'un rat blanc. Le sarcoplasma hyper- trophié avec des noj'aux multipliés entoure des tronçons nécrosés de la substance contractile. Hématoxyline-éosine d'Ehrlir.h. Fig. 3. — t^aisceau semblable au précédent, avec une larve de trichine dans l'intérieur. Autour de la trichine on constate une agglomération de noyaux sarcoplastiques. Même traitement que dans la fig. 2. Fig. 4. — Coupe transversale d'un faisceau semblable à celui de la fig. 1. Carmin, bleu de méthylène. Fig. 5. — Coupe transversale d'un faisceau, dont la substance contrac- tile a été, à la suite des mouvements du parasite, mélangée avec fe sarco- plasma (plus foncé). Celui-ci présente en a les noyaux musculaires, dans lesquels on peut observer la r dégénérescence érythrochromatique des nucléoles », de M. Lévine. Trichinose de l'homme. Carmin et bleu de méthylène. Fig. g. — Coupe longitudinale d'un faisceau semblable à celui de la fig. 5. Dans rinlérieur du faisceau se trouve une trichine contournée. Le sarcoplasma avec les noyaux entoure le^ parasite de tous les côtés. Tableau très net d'un mélange de la substance contractile nécrosée avec le sarco- plasma. Trichinose de l'homme. Carmin, bleu de méthylène. " Fig. 7. — Un leucocyte renfermant un tronçon d'un faisceau nécrosé et dissocié. Tricliinose de l'homme. Carmin, bleu de méthylène. ACTION !)E L\ IIESSKTATKIN, DE L'AIlt, ET IIE LA lUMlÈIiE SliR LA Wmîmii flIAHiiO.WEl'SE FILAMENTEUSE, Par m. L. MOMONT. (Travail du laboratoire de M. Roux, à l'Institut Pasteur.) La manière dont les microbes pathogènes supporleiit l'action des agents physiques et cosmiques offre un grand intérêt pour l'étiologie des maladies contagieuses. Aussi de nombreuses recherches ont été faites sur l'influence de l'air, de la chaleur et de la lumière sur les divers organismes microscopiques. La bactéridie charbonneuse, qui a été le premier microbe pathogène bien connu, a servi souvent dans ces études. Le plus grand nombre des expérimentateurs ont porté leurs investig-ations sur les spores du bacillus anihracis, qui jouent le rôle le plus impor- tant dans la propagation du charbon. La résistance de la bacté- ridie filamenteuse aux divers agents a été moins étudiée, et les données que l'on trouve sur ce sujet sont souvent contra- dictoires. Nous avons repris cette étude en nous efforçant do disting:uer l'action exercée sur le mycélium du bacillus anihracis par la dessiccation, la chaleur, la lumière et Toxygène de l'air. I RÉSISTANCE A LA DESSICCATION DE LA BACTÉRIDIE FILAMENTEUSE SANS SPORES. Davaine cite des exemples de sang- charbonneux desséché encore virulent après un an et plus. Pour lui, l'étiologie du charbon s'expliquait par la long-ue vitalité de la bactéridie dessé- chée. Après la découverte de la spore charbonneuse par M. Koch, 22 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. on interpréta d'une façon nouvelle l'expérience de Davaine. Les spores, qui n'existent jamais dans le corps de l'animal au moment de la mort, se forment facilement dans le sang sorti du cadavre et exposé au contact de l'air, à une température de 20° environ. Ces conditions se trouvaient peut-être réalisées dans les expé- riences de Davaine, qui aurait alors opéré, à son insu, non plus avec de la bactéridie mycélienne, mais avec des spores. Cepen- dant, si Davaine n'indique pas comment il desséchait le sang, il dit que la dessiccation était rapide, et dans ces circonstances on ne comprend pas comment les germes ont pu se former. M. Koch déclare que du sang charbonneux desséché en couche mince ne renferme plus de bactéridies vivantes après 30 heu- res. Il est évident que des expériences qui aboutissent à des résultats aussi différents ont été faites dans des conditions dissemblables. Nous avons essayé, dans ce qui va suivre, d'étu- dier d'une façon précise la résistance de la bactéridie filamen- teuse à la dessiccation. Résistance de la bactéridie filamenteuse dans le sang charbonneux. Dans cette série d'expériences, nous avons employé tantôt des bactéridies ordinaires, tantôt des bactéridies de la race asporo- gène. La dessiccation était rapide, faite à basse température et à l'abri de l'air : les spores ne[)ouvaient donc pas se former. Expériences. — Le sang recueilli dans le cœur d'un lapin mort du charbon est distribué dans des tubes à essai stérilisés, fermés par un tampon de coton. Chaque tube reçoit une goutte de sang qui est étalée aussi également que possible sur sa paroi interne. Les tubes ainsi préparés sont placés dans un exsiccâteur à vide, sur l'acide sulfurique pur. Le vide est obtenu rapidement au moyen d'une trompe à eau, la dessiccation est accomplie en quel- ques instants. Mais on ne retire les tubes qu'après 12 heures, pour être assuré qu'ils ne renferment plus trace d'humidité. Une partie est conservée au contact de l'air qui pénètre à travers le tampon de coton. Le vide est fait dans les autres tubes au moyen de la trompe à eau, avec rentrées successives d'hydro- gène (jusqu'à 7 et 8 fois), et ils sont scellés à la lampe privés de gaz. Les tubes sont alors placés, par moitié, à l'étuve obscure à 33", et dans une armoire à la température de la chambre. Tous les deux jours on prélève un tube de chaque catégorie, on y ACTION DE LA DESSICCATION, DE L'AII{, ETC. 2;j introduit du bouillon et ou le met à l'étuve à 33" pour voir s'il y a culture. Voici les résultats obtenus : [A] Sang desscché., conscrvi' à la température de la chambre (16° à 22°). 1° Au contact de l'air. Durée maxima de la bactéridie : 57 jours. La dernière culture s'est faite avec un retard de 24 heures. Inoculée à un cobaye, elle le tue en 30 heures; la virulence n'est donc pas atténuée. 2° Dans lo vide. Durée maxima de la bactéridie : 48 jours. , (^} Samj desséché, conservé à l'étuve à 33°. 1° Au contact de l'air. Durée maxima de la bactéridie : 45 jours. La dernière culture se fait avec un retard de 3 jours. Elle tue un cobaye en 37 heures. 2° Dans le vide. Durée maxima de la bactéridie : 50 jours, La dernière culture tue un cobaye en 36 heures. Dans une deuxième série d'expériences, les résultats obtenus furent très concordants : i" A l'air à IG^-ââ", la durée maxima de la bactéridie fut de GO jours. Dans le vide à 160-22°, — fut de 48 jours. 2° A l'air à 33°, la durée maxima de la bactéridie fut de 48 jours. Dans le vide à 33°, — fut de 52 jours. Les dernières cultures inoculées tuèrent les cobayes dans l'espace de 30 à 36 heures. La dessiccation suffit donc à tuer la bactéridie filamenteuse, même en dehors de l'action de l'air, si elle est assez prolongée. Lorsque la température est élevée, l'action de Tair est plus mar- quée, et alors la bactéridie vit plus longtemps dans le vide. Au contraire, à basse température, elle a résisté plus long-tem])s à l'air que dans le vide. Des fils de soie stérilisés et imprégnés de sang- charbonneux d'après le procédé de M. Koch, ont été desséchés rapidement dans le vide sur l'acide sulfurique, puis conservés dans un tube à essai fermé par un tampon de coton, à une température de 16° à 22° à la lumière diffuse. La durée maxima de la bactéridie fut dans ces conditions de 70 jours. La dernière culture tuait un cobaye en 36 heures. Si on introduit directement un fragment de ces fils de soie sous la peau d'un cochon d'Inde, celui-ci 21 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. n'éprouve aucun mal lorsque le fil est préparé depuis une dizaine de jours. Ce même fil porté dans du bouillon donne une culture. On pourrait donc supposer que la bactéridie qu'il contient est atténuée par la dessiccation. 11 n'en est rien, car la culture inoculée aux coba3'es les fait toujours périr. Les bacilles dessé- chés, introduits sous la peau avec le fil, ne se rajeunissent que lentement; ils sont englobés par les cellules migratrices et digé- rés avant d'avoir pullulé, mais leur virulence est intacte puis- qu'elle se retrouve dans la culture. Action des températures élevées sur le sang charbonneux desséché. La température de So^-SS" suffit pour tuer en une heure toutes les bactéridies contenues dans du sang charbonneux frais; dans le sang- desséché les bacilles résistent à une chaleur beau- coup plus élevée. Davaine avait remarqué qu'une température voisine de 100° ne fait pas perdre sa virulence au sang char- bonneux sec. Dans les expériences de Davaine, dont les condi- tions ne sont pas bien précisées, on peut toujours supposer la présence des spores charbonneuses. Nous avons repris ces essais en chautfa)it, dans une étuve de Gay-Lussac bien réglée, des tubes contenant du sang charbonneux desséché, et aussi des lamelles de verre stérilisées sur lesquelles le sang était étalé en couche mince bien sèche. A 92°, la plus longue survie des bacilles a été d'une heure et demie, qu'ils soient maintenus au contact de l'air ou chauffés dans le vide. Le résultat a été le même avec le sang de cobayes tués parla bactéridie ordinaire ou parla bacté- ridie asporogène. Pour stériliser par la chaleur sèche des objets souillés par du sang charbonneux, il faudrait donc les maintenir au voisinage de 100° pendant un temps assez long, pendant près de deux heures. Résistance du sang charbonneux sans spores, conservé à l'état humide à 33°. Du sang charbonneuxrenfermant la bactéridie asporogène est conservé dans des tubes à essai, munis de tampons de coton et fermés à la lampe. Dans ces conditions, le sang se maintient humide dans une atmosphère limitée d'air; les bacilles y ont ACTION DE LA DESSICCATION, DE L'AIR. ETC. 25 perdu leur vitalité au bout de TiO jours. Ils vivent donc à peu près le même temps à l'air, à 33°, en milieu humide, que lors- qu'ils sont desséchés. Le même sang' charbonneux, enfermé dans des ampoules de verre complètement remplies et scellées à la lampe à leurs extré- mités effilées, contenait encore dos bactéridies vivantes après (10 jours. A une température plus élevée, la mort de la bactéridie survient plus vite : MM. Pasteur et Perdrix ont en effet montré que du sang- charbonneux mis en tubes scellés, sans air, ne donne plus de culture après quelques jours passés à 4.5°. Il peut paraître surprenant qu'à l'air la bactéridie ait péri plus vite que dans les tubes clos; puisqu'elle est aérobie il sem- ble qu'elle dût mourir plutôt dans les tubes sans air où elle ne peut pas végéter, que dans les tubes aérés oii elle peut se repro- duire. Ce résultat tient sans doute à ce que, en présence de l'air, les bacilles charbonneux ont élaboré des substances chimiques qui finissent par nuire au myeéhum, tandis que dans les tubes clos ils sont restés sans activité, à l'état de vie latente. II RÉSISTANCE A LA DESSICCATION DES CULTURES CHARBONNEUSES SANS SPORES. Des essais semblables à ceux que nous venons de rapporter sur le sang- charbonneux ont été faits avec des cultures de bacté- ridies en bouillon. Pour être bien certain que celles-ci ne con- tenaient pas de spores, nous avons employé la race de bactéri- dies asporogènes découverte par MM. Ghamberland et Roux, et qu'il est facile d'obtenir en ensemençant du sang- charbonneux ordinaire dans du bouillon légèrement phéniqué. Ces bactéridies sans spores sont aussi virulentes que les bacilles sporogènes. Une goutte de culture récente (36 heures) était déposée dans des tubes à essai et desséchée comme nous l'avons fait pour le sang dans les expériences précédentes. La vitalité des bactéridies persista à la lumière diffuse : l" A l'air, h la température de IB^-ââ", pendant 18 jours. Dans le vide, — — 16 — 1° A rair,àla tempéralurede33°à l'obscuritépendant 12 Dans le vide, — — 8 — 26 ANNALES DE LINSTITUT PASTEUR. Dans une deuxième expérience, la plus longue durée de la vie fut : 1" A l'air, à la température de 16"-2:2'', à la lumière diffuse, de 21 jours. Dans le vide, — — — 17 — 2'^ A l'air, à la température de 33". à l'obscurité de iO — Dans le vide, — — — 12 — Dans une culture en bouillon desséchée, labactéridie résiste donc beaucoup moins que dans le sang desséché. On ne peut pas expliquer cette différence par un affaiblissement de la race aspo- rogène qui a servi dans les expériences, car labactéridie aspo- rogèue contenue dans le sang résiste aussi bien à la dessiccation que la bactéridie sporogène ordinaire. Peut-être, dans le sang desséché, la bactéridie est-elle mieux protégée parla couche albumineuse qui Teutoure? Pour vérifier cette supposition, nous avons refait l'expérience en ajoutant à la culture, au moment de la dessécher, .50 0, Ode sérum de sang de mouton. La présence d'albumine autour de la bactéridie n'a pas pro- longé sa vie de beaucoup. La plus longue durée a été : 1" A l'air à 16°-22o, à la lumière diffuse, de 23 jours. Dans le vide, — — 23 — 2" A l'air à 33", à l'obscurité, — de 1-4 jours. Dans le vide, — — 13 — La survie dans le milieu albuminé n'est que de quelques jours. La protection dune couche d'albumine n'explique pas les différences observées entre le sang charbonneux et la culture en bouillon, desséchés. Il faut peut-être faire entrer en compte l'action des substances dissoutes dans le bouillon (sels et autres) qui pendant l'évaporation se concentrent et nuisent aux bacilles. Quoiqu'il en soit, il est acquis que les bactéridies filamenteuses se conservent vivantes beaucoup plus longtemps dans le sang desséché que dans les cultures en bouillon, desséchées dans les mêmes conditions. Résistance, aux températures élevées, des bactéridies sans spores^ cultivées en bouillon. La moindre résistance des bactéridies filamenteuses cultivées en bouillon se retrouve encore lorsqu'on les soumet aux tempé- ratures élevées. Dans trois essais, elles étaient mortes après i 2 heure de chauffage à 86°, oO minutes de chauff'age à 73'^, et 40 minutes de chautlai;e à 8Ù\ ACTION DE LA DESSICCATION, DE L'AIR, ETC. 27 III ACTION DE LA LUMIÈRE SOLAIRE SUR LA BAC.TÉRIDIECH ARBONNEUSE. L'action de la lumière sur le développement des microbes a été mise en évidence par un grand nombre d'expériences. La plupart des organismes microscopiques cessent de se développer quand ils sont exposés à la lumière solaire (Downes et Blunt) * ; mais la résistance à l'insolation varie non seulement avec les espèces, mais suivant l'état de sécheresse ou d'humidité; elle estbeaucoup plus grande pour les spores que pour les mycéliums (Duclaux "). Pour la bactéridie charbonneuse, ce dernier résultat paraissait contredit par les expériences de M. Arloing- ^ qui a vu que du bouillon contenant des spores restait stérile, lorsqu'on le mettait à l'étuve, après deux heures d'exposition au soleil de juillet. Les cultures mycéliennes, au contraire, étaient encore vivantes après 27 et 30 heures d'insolation dans les mêmes con- ditions. M. Straus * a trouvé que les spores de charbon, en sus- pension dans Teau pure, résistaient longtemps à l'action du soleil, et la véritable interprétation de l'expérience de M. Arloing- a été donnée par M. Roux ', qui a fait voir que les spores insoléesdans le bouillon ne croissaient pas, non parce qu'elles avaient péri, mais parce que le bouillon exposé au soleil était devenu impropre à leur germination par suite de modifications chimiques que l'air et la lumière lui avaient fait subir. D'autres expérimentateurs, comme J\I. Gaillard ® à Lyon et Pansini ' à iNapies, ont traité le même sujet. M. Pansini exposait au soleil des cultures sur gélose et sur pommes de terre. Cette méthode est défectueuse, car, ainsi que M. Duclaux ^ Fa fait observer, la lumière ne pénètre pas dans les couches profondes 4. Proceedinrjs of Royal Society, t. 26, p. 4-88, 1877. — T. 27, p. ■199, 1878. 14. 1886. 2. Comptes rendus, t. C. et CI. Acad. des se. 3. Comptes rendus, t. C. et t. CI, Acad. des se. et Archiv. Phijs., 1886. 4. Société de bioloyie, 1886, p. 473. Voir Straus, Charbon de l'homme et des animaux. b. Ces Annales, 1887. 6. Thèse Lyou, 1888. T. liicista d'Igiene, 1889 8. Ces Annales, 1889. 28 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. des cuUures. M. Pansini a obtenu des résultais plus intéressants en insolant des cultures en gouttes suspendues, et en les ense- mençant ensuite dans la gélatine. Il a vu le nombre des colonies décroître rapidementàmesure que le temps d'insolationaugmente, mais il ne sépare pas l'action de la lumière de celle de l'air, et ne donne pas d'indications suffisantes sur la résistance des spores comparée à celle de la bactéridie filamenteuse. Résistance à la lumière, du sang charbonneux et des cultures sans spores desséchées. — Dans toutes nos expériences, le sang ou les cultures ont été desséchés dans des tubes à essai comme nous l'avons dit plus haut. Les tubes étaient suspendus sur une ter- rasse isolée, en plein soleil, à un mètre du sol. Au milieu d'eux, un tube contenant un thermomètre indiquait la température, qui durant les expériences, a varié de 23*' à 3o° pendant les heures d'insolation (mois de mai, juin et juillet). Les chiffres que nous donnons n'ont pas une valeur absolue, ils varient avec l'intensité de la lumière, le milieu de culture, les bacilles employés, et même avec le nombre des cellules microbiennes exposées, car toutes ne périssent pas en même temps, etc. ; mais ils sont comparables entre eux, car nous avons toujours fait simultanément et dans les mêmes conditions, les expé- riences dont les résultats devaient être rapprochés. Ceux-ci font donc ressortir nettement l'influence des divers agents que l'on a mis en action. 1 ° Résistance des bactéridies sans spores dans le sang charbonneux sec. — La durée maximum de la vie chez les bactéridies insolées, a été 1" Dans le sang desséché au contact de l'air. ... 8 heures. La dernière culture s'est faite avec un retard de 48 heures. 2" Dans le sang desséché dans le vide Il heures. La dernière culture s'est faite avec un retard de 24 heures. Des cobayes inoculés avec ces cultures sont morts en 36 heures. Ni dans l'un ni dans l'autre cas il n'y a eu d'atté- nuation. Par comparaison, nous avons insolô le même sang- charbon- neux maintenu humide dans des tubes à essai fermés à la lampe ACTION T>K LA DESSICCATION, DE L'AIR, ETC. 29 et pleins dair. La bactéridie y a péri, une foisaprès 12 heures, et après 14 heures dans un deuxième et un troisième essai. Au lieu de dessécher le sang- sur la paroi de tubes de verre et sous ractiou du vide sec, nous en avons imprégné des mor- ceaux de papier buvard stérilisé qui furent placés dans des verres flambés laissés au soleil. Toutes les heures, des frag- ments de ce papier étaient ensemencés dans du bouillon et d'autres introduits sous la peau de cobayes. Les papiers insolés 1 heure, 2 heures, 3 heures... jusqu'à 15 heures, amenèrent la mort des cobayes dans un temps qui a varié de 3G heures à 3 jours. Après 16 heures d'insolation, le papier inoculé directe- ment ne tua plus les cochons d'Inde, mais donna des cultures qui étaient virulentes. La même expérience fut faite en étalant du sang en couche mince sur des lamelles stérilisées que l'on exposait ensuite au soleil. Au bout de 6 heures 1/2 d'insolation, un fragment de lamelle introduit dans le tissu cellulaire d'un cobaye ne lui donne pas le charbon. Un autre morceau de la même lamelle est mis dans du bouillon : il se développe des bactéridies qui sont virulentes pour le cobaye. Les bactéridies protégées par les fibrilles du papier sont mortes moins rapidement que celles étalées sur le verre. 2° Résistance à la lumière des bactéridies sans spores, cuUivéesdans le bouillon et desséchées. — Dans deux séries d'expériences, la durée maxima de la vie a été : l'e série. 2c série. 1" Culture sèche iusolée à l'aii". ... 5 heui'cs 1/2 5 heures. 2" — — dans le vide. G h. 1/2 6 h. 1/2. Les cultures étaient âgées de 24 heures quand elles furent desséchées, les bacilles étaient donc jeunes. Nous avons remar- qué qu'ils résistaient plus longtemps que les bacilles âgés. Les mêmes cultures furent additionnées de 50 0/0 de sérum puis desséchées et insolées; la durée de la vie fut : \° A l'air 4 heures. 2° Dans le vide 7 — ri^ Action de la lumière sur la bactéridie sans spore, cultivée dans le bouillon et à l'état humide. — Nous avons exposé au soleil les mêmes cultures de bactéridie asporogène, dans des tubes scellés 30 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. à la lampe et pleins d'air. Chaque tube contenait une goutte de culture qui ne pouvait pas se dessécher. Par comparaison, nous avons mis au soleil des tubes étroits contenant environ 1/2 cen- timètre cube de culture. Ils étaient pleins de liquide, ne con- tenaient pas d'air et étaient scellés à la lampe à leurs extrémités effilées. La durée maxima de la vie fut pour les bactéridies insolées, à l'état humide, au contact de l'air, de 2 heures 12; les bactéridies sans air étaient encore vivantes après 50 heures d'insolation. Ces chitîres montrent d'une façon frappante que la lumière seule a peu d'action sur les bactéridies mycéliennes humides, mais que les rayons solaires favorisent beaucoup l'action de l'air. Les dernières cultures obtenues étaient très virulentes pour les cobayes, 4° Action de la lumière sur les spores. — Des spores sèches, insolées pendant plus de 100 heures au contact de l'air, donnaient encore des cultures avec un retard de 1 à 4 jours. Ces cultures étaient virulentes. Des spores sèches de même origine, insolées pendant plus de 100 heures dans le vide, germaient dans le bouillon, et, rajeunies, faisaient rapidement périr les cobayes. Des spores mises en suspension dans l'eau pure, au contact de l'air (uns goutte d'eau chargée de spores dans un tube à essai scellé), ont péri après 44 heures d'insolation; dans un tube étroit privé. d'air, elles étaient vivantes encore après 110 heures d'expo- sition au soleil. Les cultures de ces spores étaient virulentes dans les deux cas. Les spores charbonneuses sèches résistent donc très long- temps à l'action de la lumière, soit à l'air, soit à l'abri de l'air. Les spores humides périssent assez rapidement quand, à l'action de la lumière, se joint celle de l'air; elles vivent très longtemps au soleil si on les soustrait à l'influence de l'air. Nos résultats confirment donc sur ce point ceux qui ont été publiés déjà par M. Roux. CONCLUSIONS. La bactéridie, sans spores, contenue dans le sang desséché, peut rester vivante pendant plus de soixante jours à la tempé- rature ordinaire. Elle résiste à un chaulîage de plus d'une heure et demie à 92°, ACTION DE LA DESSICCATION, DE L'AIR, ETC. 31 La bacléridie sans spores, cultivée dans le bouillon, résiste moins bien à la dessiccation que celle qui est contenue dans le sang charbonneux. L'action de Tair est peu marquée sur les bactéridies dessé- chées. Ces bactéridies desséchées, conservées à l'air ou à l'abri de l'air, meurent sans avoir présenté d'affaiblissement dans leur virulence. Les bactéridies sans spores et desséchées meurent plus vite à la lumière solaire qu'à la lumière diiïuse. Les bacilles de cul- ture périssent plus vite que ceux contenus dans le sang. A la lumière, l'action de l'air contribue à tuer les bactéridies sèches. Elles meurent sans que les dernières cultures montrent un aflfaiblissemetit dans la virulence. L'action de l'air sur le mycélium bactéridien humide est très exaltée sous l'influence de la lumière ; la lumière seule, sans air, a peu d'action sur les bactéridies filamenteuses humides. Les bactéridies filamenteuses humides, exposées à l'influence de la lumière et de l'air, périssent sans que les dernières cultures obtenues cessent d'être virulentes. Lesbactéridiesmycéliennessèches ou humides, résistentbeau- coup moins longtemps à l'actiou de la lumière et à celle de l'air que les spores. Les spores sèches supportent très longtemps l'action de la lumière et de l'air sans périr et sans perdre leur virulence. Les spores humides résistent très longtemps à l'insolation à l'abri de l'air, elles meurent beaucoup plus vite quand elles sont insolées au contact de l'air, sans présenter d'atténuation avant leur mort. LE muM AU MOYEN DES AIBIJMOSES EXTRAITES I)ES CIJlTIiRES, Par m. PETERMANN. (Travail du laboratoire de M. Roux, à l'Institut Pasteur.) Les curieuses expériences dans lesquelles M. Hankin a réussi à conférer l'immunité contre le charbon, à l'aide d'injections préalables d'une albumose extraite des cultures du bacille char- bonneux dans des bouillons additionnés de fibrine, ont tellement frappé l'attention des savants, et ont une portée si grande, qu'il m'a paru utile de les recommencer, pour tâcher de démêler les influences qui y entrent en jeu. Je me suis conformé pour cela aux indications du travail de M. Hankin. Le bouillon fait avec ^ d'extrait Liebig-, rendu légèrement alcalin et stérilisé à l'autoclave, était additionné de 10, 25 et 50 0/0 de librine venant deTabatloir, et stérilisée elle- même soit à 100° (1"^^ et 2<^ exp.), soit à 120" pendant 15 minutes (3*^ et 4^ exp.). Ce chauffage n'a aucun inconvénient et ne pepto- nifie la fibrine qu'en quantités minimes. Pendant les 8 jours que durait la culture de la bactéridie virulente, la librine dispa- raissait complètement dans les ballons à 10 et 20 0/0, et à moitié dans les ballons à 50 0/0. Au bout de 8 jours, on séparait la fibrine non dissoute, on filtrait, on saturait par le sulfate d'ammoniaque, et on acidulait avec de l'acide acétique jusqu'à réaction faiblement acide au papier de tournesol. Le précipité formé, séparé parle filtre, était soumis, dans un sac de parchemin, à une dialyse rapide dans un courant d'eau chautlè à 42"-45°. Dans ces conditions, la dialyse était terminée en 12 à 18 heures. RECHERCHES SUIl L'IMMUNITE CONTRE LE CHARBON. 33 L'albumose restée dans le sac de parchemin a été d'abord déshydratée au moyen de l'alcool mélhylique. Mais ce procédé est long, et on peut avantageusement le remplacer par une évapo- ration à basse température (20^) dans le vide. C'est ce qu'on a fait après la l''" expérience. Il se dépose toujours un peu de phosphate de chaux. La solution d'albumose décantée était pré- cipitée par l'alcool absolu, filtrée, et redissoute dans l'eau dans la proportion de O^'",! de matière pour 100>îij d'eau. On détermi- nait cette quantité en évaporant à sec, pesant et calcinant pour pouvoir défalquer les cendres. J'ai d'abord étudié l'influence des doses, que j'ai fait varier de 1/3,000,000 à 1/200,000 du poids de l'animal, pour des inocu- lations hypodermiques et intra-veineuses. J'ai ensuite poussé jusqu'à 1/20,000 du poids de l'animal, en injections intra-vei- neuses. Ces doses considérables ne se sont nullement montrées toxiques. Le seul etfet observé a été une élévation de tempéra- ture de 1 à 2\ Les inoculations charbonneuses à diiïérentes virulences ont été faites 2, 4, 8, 10, 12 et 18 jours après les injections d'albu- mose. Mes animaux sont tous morts à la suite de ces injections, mais leur survie a été variable suivant la virulence du charbon inoculé. Dans la première expérience seulement, les deux lapins qui avaient subi les injections préventives multiples qu'on trou- vera consignées au tableau des expériences sont morts 104 et 114 heures après l'inoculation du charbon, avec un retard sur les lapins témoins qui sont morts en o3 et 34 heures. Dans les expériences suivantes, on n'a pu constater aucune influence des vaccinations préventives par l'albumose, et même il est arrivé que les lapins traités sont morts plus vite que les témoins. Avec les cobayes, l'influence de l'inoculation préventive a été aussi impossible à constater qu'avec les lapins. Avec les souris, dans la grande majorité des cas, les témoins ont survécu de quelques heures aux animaux traités préventi- vement. Labactéridie inoculée était des plus virulentes, et tuait en 18 à 38 heures les animaux de contrôle. Dans une de ces dernières expériences, nous avons vu une souris succomber 3 jours après une injection d'albumose à la dose 3 34 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de 1/400,000 du poids. L'aulopsie a montré qu'elle était morte du charbon; un cobaye inoculé avec la pulpe dé sa rate est mort en 204 heures. Le mode de préparation de Talbumose ne tue donc pas d'une façon sûre les spores contenues dans les cultures. Un essai d'ensemencement sur plaques, d'une albumose fraî- chement préparée, ne nous a pourtant rien donné, mais nous avons été conduit, pour éviter les spores, à essayer ce que donne- raient des cultures de charbon asporogène. Ce dernier ne digère pas la fibrine aussi vite que l'autre, et donne moins d'albumose. JVIais, avec les lapins, cobayes et souris, cette albumose nous a donné les mêmes résultats que l'albumose de charbon sporogène. Nous n'avons pas mieux réussi à préparer une albumose préservatrice en changeant le liquide de culture, et en employant la macération de viande de bœuf, filtrée à la bougie Chamber- land, ou des macérations de foie, glande thyroïde, reins, testi- cules. De ces cultures filtrées, on retire de faibles quantités d'albumose qui n'ont aucune action préventive. Le seul fait positif que nous avons observé est le suivant. Les cultures de charbon dans le sérum de bunif, filtré sur por- celaine,, ont une action préventive quand on en inocule de grandes quantités dans les veines, mais limmunité ainsi conférée est passagère et ne dure guère plus d'un ou deux mois. Il n'est donc pas douteux que la bactéridie charbonneuse n'élabore dans certains milieux une substance capable de conférer Timmunité contre le charbon. Mais les conditions de la production de cette substance ne nous paraissent pas encore suffisamment étudiées. C'est une question sur laquelle je me propose de revenir. Pour le moment je me borne à donner un court protocole des expériences que je viens de résumer. RECHERCHES SUIl L'IMMUNITÉ CONTRE LE CHARBON. 3» IXOaiL.VTI(l\S IIE L'ALIIIMOSE (IIA\M\) ET DU (ÎIIARIION Dans les résumés suivanis, los iiiiliales I. C. signifient inoculation sous-cutanée ; I. V., inoculation intra-veineuse. A côté de la quantité ino- culée exprimée en milligrammes, se trouve la fraction du poids de l'animal qu'elle représente. Les tempi-raturcs sont prises dans le rectum. EXPÉRIENCES SUR LES LAPINS (a). Albumose d'iDte culture linileate sporogène x<â^- ''rvv r>ï>® A^;;x< JLU ( L « B R A R ^ <: 26 janv. 30 » 4 fév. I. — Lapin; poids, 2,137 grammes. Température. 39', 2. .) T. = 39,8 I. G. 0,60 (li3.OO0.O00) albumose. 39.3 I. C. 2,2 (1/1,000,000) 51'. s. 39,8 I. V. 3,0 (1/700.000) 4 » ll'i. s. 40,6 I. C. Sang de cobaye charbon., mort en 53h. 9 » G'', m. Mort de Tauimal, iOii» après l'inoc. charbonneuse. Le témoin, inoculé au même moment, meurt en 53 heures. II. — Lapin; poids, 1,722 grammes. Température, 39'', 0. 26 janv. » T. = 39,6 I. V. 0,33 (1/6,000,000) albumose. 28 » ». 39,8 I. V. 0,66 (1/3,000,000) 30 » .) 39,5 I. C. 1,7 (1/1,000.000) « 4 fév. Sii. s. 39,3 I. G. Sang de cobaye charb., mort enSi'i. 9 )' ll'i. s. Mort de l'animal, lli heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé au même moment, meurt en .54 heures. III. — Lapin; poids, 2,175 grammes. Température, 39''. l. T. = 39,3 I. V. 0,7 (1/3,000,000) albumose. 39, J I. V. 2,2 (1/1,000,000) 39,4 I. V. 5,0 (1/400,000) 39.4 I. G. 6,0 (1/350,000) 39,7 I. G. Rate de cobaye charb., mort en 36ii. Mort de l'animal, 49 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de môme au même moment, meurt en 61 heures. IV. — Lapin ; poids, 1,975 grammes. Température, 39'',2. 28 janv. » 30 » » 10 fév. » 28 » » 2 mars 4ii. s. 4 » 51'. s. 10 fév. » 25 » 2 mars 4''. 3 » 51'. T. = 39,5 I. V. 5,0 (1/390,000) albumose. 39,3 1. V. 8,0 (1/2.50,000) » s. 39,9 I. G. Rate de cobaye charb., m. en 361'. s. Mort de l'animal, 25i' après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même au même moment, meurt en 61 heures. 36 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. V, — Lapin; poids, 2,010 grammes. Température, d9°2. 22 mai » T. = 39,5 L C. 20,0 (l; 100,000) albmnose. 29 ). » 39,3 I. G. 10,0 (1/200,000) 2 juin iV\ m. 39,4 I. C. Cuit, en bouill.de charb. asporogène. 6 » 9''. s. Mort de l'animal, 106 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même au même moment, meurt en 117 heures. (b). Albmnose de culture virulente asporogène. VI. — Lapin; poids, 2,350 grammes. Température, 39", 3. 14 mars » T. = 39,1 1. V. 10,0 (1/2.S5,000) albumose. 23 « 4'". s. 39,3 I. V. i'^'^- cuit, de charbon asporogène. 25 )' 5''. nj. Mort de l'animal, 36 heurses après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même au même moment, meurt en 36 heures. VII. — Lapin; poids, 1,980 grammes. Température, 39", 3. 16 avril » T. = 39,2 I. V. 2,0 (1/1,000.000) albumose. 23 » » 39,5 I. C. 3,0 (1/800,000) >. 30 » 3''. s. 40,1 L V. 1'^'= culture de charbon asporogène. 3 mai 4''. m. Mort de l'animal, 60 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même au même moment, meurt en 84 heures. VIII. — Lapin; poids 1,868 grammes. Température, 39", 2. T. = 38,5 I. G. 4,0 (1/470,000) albumose. 38,8 I. G. 6,0 (1/310,000) 40,6 Rate de cobaye charbonn., mort en 32ii. Mort de l'animal, 52 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 43 heures. IX. — Lapin; poids 2,100 grammes. Température, 39", 4. T. = 40,0 I. V. 15,0 (1/140,000) albumose. 39,8 I. G. 15,0 (1/1^0,000) 39,6 I. G. 10,0 (1/200,000) 2'^ s. 40,8 L G. 0='^,5 culture de charb. asporogène. 8'i s. Mort de l'animal, 102 heures après l'inoculation Le témoin, inoculé de même au même moment, meurt en 110 heures. Sept autres expériences sur des lapins, que je ne relate pas pour abréger, ont donné les mêmes résultats négatifs. 21 avril » 24 » „ 25 » 4'' s. 27 .. 8i> .s. Il mai 15 » 18 » 21 » 25 „ RECHERCHES SUR I/IMMUNITÉ CONTRE LE C[IARBON. 37 EXl'KUIKNCES SUR LES COBAYES (a). Albuinose d'une cnlliire virulente sporogène. I. — Cobaye; poids, 450 grammes. Température, 39°, 2. 26 janv. » T. = 39,4 L C. 0.66 (1/680,000) albumose. 30 » » 39,2 L C. Ll (1/410,000) 4 fév. » 39,0 L C. L5 (1/300,000) r, 5 » 5'' s. 40,1 L C. Sang de lapin charbonn., mort en d3''. 7 » 10'^ m. Mort de l'animal, 41 beures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 48 heures. II. — Cobaye; poids, 463 grammes. Température, 39°,0. 14 fév. » T. = 39,2 1. C. 1,5 (1/300,000) albumose. 23 » » 39,6 I. C. 8.0 (I '."8,000) 2 mars 4ii s. 40.2 1. C. Sang de cobaye charb., mort en 36h. 3 '> G'i s. Mort de l'animal, 26 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 33 heures. m. — Cobaye; poids, 380 grammes. Température, 39°, 4. 16 fév. » T. := 39,1 I. C. 0,23 (1/1,300.000) albumose. 24 » ). 39,3 I. C. 0,6 (1/430.000) 26 » 3ii s. 40,1 1. C. Culture du 2" vaccin charbonneux. 28 » 11'' s. Mort de l'animal, 36 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 34 heures, (b). Albumose d'une culture virulente asporogène. IV. — Cobaye; poids, 510 grammes. Température, 390,2. 6 mars » T. = 39,3 I. C. 0,38 (1/1,300,000) albumose. Il » » 39,1 L C. 0,6 (1/830,000) 14 » 411 s. 39,6 I. G. Culture du 2'' vaccin charbonneux. 17 » 71^ m. Mort de l'animal, 63 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 39 heures. V. — Cobaye ; poids, 480 grammes. Température, 39", 4. 11 mars » T. = 39,6 I. C. 0,38 (1 '1,300,000) albumose. 20 » » 39,2 I. C. 0,6 (1/800.000) » 22 » Jlh m. 39,9 L C. Sang de cobaye, mort charb. en 67ii. 24 » 11'^ s. Mort de laninial, 60 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 68 heures. VI. — Cobaye; poids, 410 grammes. Température 39^,2. 24 mars » T. = 39,4 I. G. 0,82 (1/500,000) albumose. 31 » » 39,1 I. C. 2,0 (1 '200,000) 7 avril » 39,3 I. G. 8,5 (1,500,000) 9 » 311 s. 40,0 I. C. Rate de cobaye charbonn., mort en 701). 12 » llii m. Mort de l'animal, 68 heures après l'inoculation. Le témoin, inoculé de même, au même moment, meurt en 62 heures. 38 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. EXPÉHIENCES SUR LES SOURIS (a). Albumose d'une culture virulente sporogène. I. — Souris de 20 grammes. Le 26janv. « I. C. 0,L1 (1/100,000) albumose. 30 » » L C. 0,6 (1/33,000) 5 fév. 4'' s. I. G. Rate de cobaye, mort en 53 heures. 6 » 311 s. Mort de ranimai, en 23 heures. Le témoin, inoculé de même, meurt en 20 heures. IL — Souris de 2i grammes. Le 27 janv. » I. C. 0.55 (l/ii.OOO) même albumose. 30 »■ » L C. 0,6 (1/40,000) 4 fév. » L C. 1.5 (1/16,000) 5 » 6'». s. i. C. 0cc,25 culture de 2M'accin. 7 > S'i m. Mort de l'animal, en 38 heures. Le témoin, inoculé de même, meurt en 20 heures. III. — Souris de 24 grammes. Le 27 janv. » 1. C. -1,1 (1/22,000) même albumose. 30 » « I. G. 3,0 (1/8.000) 4 fév. » L C. 3,0 (1/8,000) 6 » 3'' s. I. C. Culture du 2^ vaccin charbonneux. 7 » 1'' s. Mort de l'animal en 22 heures. Le témoin, inoculé de même, meurt en 26 heures. ly. — Souris de 22 grammes. Le 4 fév.- » I. G. 0.5 (1/44,000) nouvelle albumose. 12 » 211 s. I. C. 3.0 (1/8,000) >. 16 » 3ii s. Mort de l'animal, tué par l'albumose inoculée. (b). Albumose d'une cnlUire virulente asporogène. V. — Souris de 24 grammes. I. G. 1,1 (1/22,000) albumose. 1. G. 3,0 (1,8,000) I. C. CuIUi-re du 2*^ vaccin charbonneux. Mort de l'animal, en 27 heures. Lé témoin, inoculé de même, meurt en 22 heures. VI. — Souris de 20 grammes. I. C. 0,2 (1/100,000) albumose. L C. 3,0 (1/6,600) I. G. Culture du l"'' vaccin charbonneux. Mort de l'animal, en 71 heures. Lé témoin, inoculé de même, meurt en 68 heures. Sept autres expériences sur des cobayes, et six sur des souris, que je ne cite pas pour abréger, ont donné les mêmes résultats négatifs. Le 28 janv. »' 4 fév. » 8 » 411 s. 9' .. 711 s. Le 4 avril » 11 » » 13 .. 2ii s. 16 ). Ih s. NOTE SUR QUELQUES EXAMENS DE SANG DANS LE TYPHUS EXANTHEMATIQUE, Par mm. L. U. THOLXOT et E. CALMETTE. L'étude clinique du typhus exanlhémalique semble laisser acluellement peu do chose à désirer, mais il est loin d'en être de même de son étude anatomo-pathologique et de son étude microbique. Que le typhus exanthématique soit une maladie infectieuse, cela ne fait de doute pour personne; qu'il dépende d'un agent pathogène, nul ne le conteste a priori; mais quel est cet agent pathogène? Hlava, de Prague, nous paraît avoir à peu près seul tenté cette recherche dans une récente et très intéres- sante étude (1889), mais les conclusions de Hlava ne semblent pas de nature à entraîner la conviction. Huit fois sur dix, l'examen du sang- sur le vivant est resté nég-atif ; vingt fois seulement sur trente-trois, les recherches cadavériques ont montré dans le sdLiig un strepto-bacille h. ïélal de pureté. Les autres autopsies ou ont été négatives (3 fois), ou ont donné d'autres micro-org-a- nismes. Le strepto-bacille a été caractérisé par Hlava de la façon la plus complète ; mais quel que soit l'intérêt de ces recherches, elles n'ont pas été considérées généralement comme jugeant la question. Nous avons eu tout récemment l'occasion d'observer à l'Isle- Tudy, petite commune du Finistère, une sévère épidémie de typhus exanlhémalique, et nous avons cherché à mettre à profit cette occasion pour vérifier les résultats de Hlava, et éventuel- lement tenter quelques recherches sur la nature intime de la maladie. 40 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Nos recherches ont porté sur 7 cas. En voici le rapide résumé : L — Gabriel B..., est le 9 juillet au 6*= jour d'un typhus violent qui Ta emporté 6 jours plus tard. L'un de nous pratique, avec une asepsie rigou- reuse, les 9, 10 et 11 juillet, une ponction de la rate, très hypertrophiée. En outre, le 9 juillet, on prélève avec pureté quelques gouttes de sang du doigt, qu'on aspire dans une pipette. Ces divers échantillons de sang ne sont lobjet d'aucun examen iuimé- diat. On les étudie seulement le 15 juillet, avec et sans coloration par les Fig 1. Dessin schémalique du sang de Louis B A. B. C. D. E. Filaments libres. F. G. H. Filaments fixés aux globides. couleurs d'aniline; cet examen ne donne que des résultats négatifs. Il en est de même des cultures dans divers milieux et dans le vide, et des inocu- lations à des lapins, cobayes et pigeons. II. — Louis B..., 46 ans, meurt le 27 juillet, au I2« jour d'un typhus violent. L'autopsie est faite 2 heures et demie après la mort : du sang est recueilli purement dans le coeur et la rate, par aspiration dans des pipettes stérilisées dont les unes servent à ensemencer sans délai plusieurs tubes de sérum, de gélose et de gélatine. Les autres sont fermées à la lampe et con- servées pour les examens microscopiques et les inoculations. NOTE SUli OUELOUES EXAMENS DE SANG. 41 L'examen du sang est fait 1"2 heures après le prélèvetnent. On y observe facilement une leucocytoso très marquée. De plus, dans le sérum, on trouve des filaments réfringents, longs de 10 à 'M) [i, serpentant rapidement entre les globules en s'enroulant et se déroulant sur eux-mêmes. Ces filaments sont souvent terminés par un renflement plus réfringent, tantôt ovoïde, tantôt rond, égalant l;3 à 1/4 du diamètre des hématies. D'ordinaire, sur la longueur du filament, s'échelonnent des renflements secondaires, réfrin- gents comme la lèle, mais de diamètre inférieur. Des filaments très ana- logues à ceux-ci seuiblent fixés à quelques globules sanguins et ont alors perdu tout mouvement de translation, mais continuent à se balancer et à se tordre, en restant fixés au globule. La figure l, faite malheureusement non sur nature, mais d'après un croquis assez grossier que nous avons fait à rile-Tudy, donne pourtant une idée générale des formes. On y voit des filaments évanescents, dont la continuité ne se révèle que par la disposition des tèles et des nœuds réfriniiî'enls. Fig ^2. Sang de Louis B..., d'après une préparation colorée au bleu de méthylène aqueux. Au bout d'une heure ou deux, la préparation ne montre plus guère de filaments mobiles. Tous les mouvements qui persistent sont des mouve- ments de torsion et se font sur place. Ces mouvements cessent bientôt eux-mêmes; puis, tout semble se désagréger : on ne trouve plus rien dans du sang du cœur et de la rate examiné 36 heures après la prise. Tout ce qui précède se rapporte au sang examiné sans coloration. Nos essais de coloration, d'ailleurs peu nombreux, ne nous ont donné rien de bien net. Une de nos préparations a pourtant mieux réussi. Elle est repro- duite ci-dessus, figure 2, et donne une idée de la proportion relative des filaments et des globules. La coloration avait été faite au bleu de méthyle, après traitement de la lamelle par l'éther et l'alcool. Les filaments se déta- chaient en bleu net sur le fond vert pâle des hématies. 42 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUK. Les cultures et inoculations de ce sang, ces dernières faites par notre ami M. Nocard, sont restées stériles. III. - Du 28 juillet au 3 août, nous avons ponctionné la rate des sujets suivants : DiN..., Justus, ans et demi, ponction au 1 J^ jour du typhus. DiG..., Jean-Marie, 34 ans, — S* — Leg..., Julien, 15 ans, — 6^ — ■ Lep..., Marie, 17 ans, — 9^ — Tous les ensemencements faits avec le sang de rate de ces quatre typhi- ques ont échoué. L'examen du sang, fait immédiatenjent après la prise, nous a donné des résultats identiques pour tous. En outre d'une leacoci/tose très marquée, on y observe la présence constante de petits grains réfringents de 4 à 2[A, pourvus d'ordinaire d'un court prolongement qui les fait ressem- bler à des cerfs-volants en miniature, et présente quelquefois lui-même un petit renflement à son extrémité. Ces petits corps se meuvent avec rapidité entre les globules sanguins, en pirouettant sur eux-mêmes. Après 12 à 24 heures de séjour dans les pipettes, le sang ne montre plus ces granules agiles, mais seulement les formes longues et mobiles signalées plus haut. Après 48 heures, on ne voit plus rien, ni granules, ni filaafents. IV. — Nous avons enfin examiné à plusieurs reprises le sang du doigt de Dand..., pendant son séjour à l'hôpital de Quimper. Les résultats ont toujours été les mêmes qu'avec le sang des quatre typhiques ci -dessus. Les conciusions de cette étude sont les suivantes : 1° iSous n'avons jamais rencontré dans le sang de nos ty[>hiques l'organisme décrit par Hlava. 2° Le sang' prélevé dans la rate de typhiques vivants ne nous a donné à la culture et à l'inoculation que des résultats négatifs; il en a été de même pour le sang prélevé dans le cœur et la rate d'un cadavre de typhique. 3^ Le sang retiré de la rate de typhiques vivants, ou du cœur et de la rate d'un cadavre de typhique, nous a montré des élé- ments anormaux, petits granules mobiles, et filaments mobiles ou accolés aux hématies. Des formes analogues ont déjà été signalées dans diverses maladies, et aussi dans le typhus exanthématique. Bliesener (1873), Engel (1873), Ileydenreich et surtout Guttmann' ont trouvé dans la fièvre récurrente, des grains mobiles plus ou moins semblables à ceux décrits plus haut; Guttmann signale 1. Archiv. f. palh. Anat. und. Phi/siol., 1880. NOTi: SUR QUELQUES ]!)9 0,0000 0,53 1. Les publications du Proyi»iaai Board of Heallli de l'Ontario, que j'ai sous les yeux, témoignent aussi de l'attention qu'on accorde à ces questions au Canada, mais les questions qui y sont traitées sont surtout des questions locales. Résidu sec Rivière 5,07 Galerie 6.79 REVUES ET ANALYSES. 5!) Il est regrettable que dans toutes ces analyses, on n'ait jamais noté la température. C'est pourtant un élément important au point de vue de l'hygiène, et qui permet d'étudier les questions d'origine et de comparaison des eaux. Mais, en nous bornant aux éléments qui pré- cèdent, on voit que les eaux de la rivière et de la galerie n'ont entre elles aucune ressemblance; celles de la galerie témoignent, par leur richesse en nitrates et en chlore, leur pauvreté en ammoniaque liin^e et en matière albuminoïde, que ce sont des eaux ayant subi une fdtra- tion poreuse et s'étant purifiées dans les couches aérées du sol. Les eaux de la rivière portent la trace de la souillure qu'elles ont subie le long des rives. Il faut noter que les nombres cités sont des moyennes. On trouve- rait des écarts encore plus grands si on entrait dans le détail des analyses. Nous ne pouvons que signaler cette mine de renseignements. La discussion et l'interprétation des nombres fournis par l'analyse chimique pour les divers éléments étudiés sont faites par le professeur Drown avec beaucoup de méthode et de sens pratique, et il y a quelque intérêt à faire sonner bien haut aux oreilles de nos conseils d'hygiène deux de ses principales conclusions : l'une, qu'une seule détermination dans une analyse chimique d'une eau ne peut rien nous dire sur sa constitution réelle; la seconde, qu'une analyse complète ne nous donne que la constitution de l'eau au moment où l'échantillon a été pris. 11 n'y a, il est vrai, rien de nouveau dans ces conclusions, qui semblent même être des na'ivetés. Rien n'est pourtant commun comme de voir porter un jugement sur une eau sur le vu d'un bulletin d'analyse. Les travaux du bureau du Massachusetts donnent une idée de la variété d'études à faire sur une eau avant d'être assuré de sa qualité, études géologique, chimique, microscopique, nombre et nature des microbes contenus, présence ou absence des algues, conferves, diatomées, des amibes, des spongiaires, distribution suivant les saisons de la matière vivante et de la matière morte, questions de température, tous ces éléments doivent entrer en ligne de compte et ne sont pas l'œuvre d'un jour. Au sujet de la grande question de l'épuration des eaux d'égout, on trouve dans les deux volumes que j'analyse en courant des documents nombreux et précis. Ce sont les résultats d'expériences en grand, faites par M, Hiram Mills, à la station expérimentale de Lawrence, sur de grandes cuves de bois de cinq mètres de diamètre et de deux mètres de profondeur, étanches et pourvues d'une canalisation permettant d'y répandre de l'eau d'égout et de l'en retirer. Ces cuves étaient remplies des matériaux au travers desquels on voulait étudier la filtration, sable de diverses grosseurs, terres végétales, tourbe, marne ou mélanges 60 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR de ces divers éléments. On amenait à la surface de ces sols artificiels de l'eau d'égout, préalablement analysée, ne contenant pas en moyenne plus de deux millièmes de matière organique, et on cher- chait ce que devenait cette matière après filtration intermittente ou continue de l'eau qui la contenait. Il suffit d'avoir indiqué ces moyens d'action et énoncé ce programme pour comprendre ce qu'a pu tirer du tout un esprit avisé et méthodique comme celui de M. Iliram Mills. Il est impossible de résumer la quantité considérable de faits intéres- sants qu'il a rencontrés dans cette étude. Il renonce lui-même a rassembler tous ces faits dans le résumé général qu'il donne (t. II, p. 577) de ces expériences. Je renonce de mon côté à le suivre dans ce résumé, qu'il aurait peut-être fait plus court s'il avait eu connaissance des notions que nous avons maintenant, grâce aux tout récents travaux de jM. AVinogradsky, sur le phénomène de la nitrification. On devine en effet que c'est la nitrification qui est le fait intéressant de toutes ces purifications de l'eau d'égout dans le sol, nitrification qui exige le concours de deux espèces d'êtres, le ferment nitreux, qui transforme l'ammoniaque en acide nitreux, et le ferment nitrique qui, incapable d'agir sur l'ammoniaque, transforme l'acide nitreux en acide nitrique. Ces deux êtres microscopiques ont pour caractère commun d'avoir besoin tous deux d'oxygène pour leur fonctionnement physio- logique. D'où la conclusion que, pour les faire prospérer, il faudra multi- plier autant que possible les surfaces de contact de l'eau à nitrifier avec l'air. On s'explique ainsi que la nitrification soit impossible dans la filtration continue des eaux d'égout, et n'accompagne que la filtra- tion intermittente. On comprend aussi ((u'elle soit réduite au minimum ou même nulle dans des terres trop fines, ou trop compactes, et qu'elle ne marche bien que dans un sable à gros éléments, où les grains se recouvrent, au moment de l'arrosage, d'une couche fine de liquide que baigne l'air qui circule dans les intervalles qu'ils laissent libres. Un pareil milieu peut être transformé en un véritable milieu de culture, et devenir un moyen d'oxydation puissant. Il suffit de tàter, au moyen del'analyse chimique, la puissance nitrifiante des microbes qui y pren- nent naissance, d'y proportionner l'arrivée de l'eau d'égout, en tenant compte de ce qu'elle contient d'éléments utilisables, de la température. On voit ainsi les ferments nitrifiants devenir de plus en plus les maîtres du terrain, grâce à ce traitement qui les favorise, et M. Iliram Mills est arrivé à avoir des filtres qui brûlaient la matière organique de l'eau d'égout versée à la dose de 120,000 gallons par acre et par jour, ce qui correspond à peu près à 4,350 mètres cubes à l'hectare, soit à 135 litres par mètre carré ou à une couche d'eau de 135 millimètres. L'eau qui sortait du filtre ne contenait, à l'état organique, que un ou deux centièmes de la matière organique de l'eau d'égout; au point REVUES ET ANALYSES. 61 de vue do l'anah-se chimique, c'était une eau 1res pure et à laquelle on n'aurail pu contesler la iiualilé d'eau potable. Elle avait aussi cette qualité au point de vue du nombre des bac- téries qu'elle contenait. Un des plus curieux résultats du travail de M. Iliram Mills est en ell'et d'avoir montré que le nombre des bactéries dans l'eau qui a traversé le filtre, diminue d'autant plus que la nitrifi- cation est plus énergique, et peut tomber à quelques unités par centi- mètre cube. Gela se comprend sans peine. Les ferments nitreux et nitrique s'emparent du terrain, en chassent par des phénomènes de concurrence vitale, ou détruisent par les produits auxquels ils donnent naissance, les autres bactéries, qu'ils remplacent sans doute dans le liquide effluent. Mais comme ils ne sont pas cultivables sur les milieux ordinaires, on ne les voit pas, et on ne constate que la disparition des bactéries banales. C'est certainement en partie à cette substitution de la bactérie nitrifiante aux bactéries ordinaires, qu'il faut attribuer le fait si sou- vent observé de la diminution du nombre des bactéries cultivables à mesure qu'on pénètre de plus en plus profondément dans le sol. Mais, si on voulait voir partout l'action de cette cause, on trouverait dans le travail de M. Mills des arguments contraires à cette idée, tirés de ce qui se passe dans la filtration continue de l'eau d'égout alors qu'il n'y a pas de nitrification. Le mécanisme de ce qui se passe alors me semble un peu plus simple que celui qu'esquisse M. Mills. De l'eau d'égout, chargée de matière organique en suspension et en solution, en abandonne une partie dans les pores ou le long des parois sableuses qu'elle parcourt, et il se forme ainsi un dépôt, dont s'emparent les ferments des matières hydrocarbonées et ceux des matières albuminoïdes. L'action des pre- miers est connue, et va de dédoublements en dédoublements, jusqu'à l'état d'eau et d'acide carbonique. Celle des seconds est plus intéres- sante. Un premier groupe préside à la destruction de la matière albuminoïde. Chacun des membres de ce groupe donne, comme je l'ai montré, un peu d'ammoniaque, comme les ferments du sucre donnent de l'acide carbonique, mais aucun ne pousse à bout la destruction de la matière dont il se nourrit. Il la prend à un certain niveau, la fait . descendre de quelques degrés et l'abandonne alors à une autre espèce qui en pousse la dégradation plus loin, et ainsi de suite, jusqu'à ce que tout soit devenu de l'acide carbonique, de l'eau et de l'ammoniaque. Ces microbes, agents de destruction de la matière organique azotée, sont ceux que nous pouvons et que nous savons cultiver dans nos milieux de culture; mais, bien que l'ammoniaque soit utilisable par les plantes, elle est encore plus facilement assimilable quand elle est transformée en nitrates, et c'est alors qu'interviennent les ferments 62 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. nitreux ou nitrique, qui, eux, ne supportent pas le contact de la matière azotée ou même hydrocarbonée, car M. 3Iills a constaté que l'addition de sucre gênait plus la nitrification qu'elle ne l'aidait. Ces ferments nitreux etnitrique, eten général les ferments oxydants, sont rares ou absents lorsque l'eau d'égout traverse le filtre d'une façon continue; mais, bien qu'alors la masse du filtre soit occupée par des bactéries cultivables, et que, par conséquent, la richesse en bactéries de l'eau effluente paraisse plus grande que lorsqu'il y a nitrification, elle ne peut pas atteindre, ou n'atteindra que dans des cas particuliers, la richesse de l'eau que l'on soumet à la filtration. d'abord à cause de l'arrêt mécanique des bactéries par les parois poreuses du filtre, et par la couche glaireuse d'organismes qui le recouvre au bout de quelques jours, et qui agit comme filtre, ainsi que cela résulte des études faites à Berlin par M. Piefke. Vient ensuite l'influence de la transformation subie, au contact des couches supé- rieures du filtre et des bactéries y contenues, par la matière organique de l'eau. Elle en ressort chargée de produits d'excrétions et de sécré- tions bactériennes, et momentanément plus impropre à alimenter une vie nouvelle. La richesse en bactéries du sol filtrant doit donc aller en décroissant avec la profondeur, et ce n'est que lorsque l'eau change de milieu, qu'elle est exposée à l'air ou mise au contact de surfaces nouvelles, qu'elle peut laisser proliférer à nouveau les germes qu'elle a emportés. On trouve dans les tableaux et le résumé de M. Mills un exemple bien frappant de cette différence entre les effets de la filtration intermit- tente et continue. Un petit filtre, le no 12, soumis à la filtration inter- mittente de trois gallons (13 litres) d'eau par jour, brûlait 99,2 de la quantité totale d'ammoniaque de l'eau d'égout qu'on y versait. Maintenu plein d'eau et avec le même débit par jour, la nitrification cessa en moins d'un mois; la quantité totale d'ammoniaque libre et albuminoïde alla en augmentant pendant trois mois, de façon à dépasser celle de l'eau d'égout. En revanche, la quantité de matière albuminoïde était moindre dans l'eau effluente que dans l'eau versée à la surface. Ce double effet montre que la matière albuminoïde se détruisait, en prenant la forme de produits plus ou moins dégradés, dont l'azote se transforme plus facilement en azote albuminoïde que celui de l'albumine initiale. En même temps, une certaine quantité de matière organique était retenue, par affinité capillaire, dans la masse du liltre, car en le laissant se vider, et en y reprenant la filtration intermittente, la nitrification reprit avec force et donna en azote nitrique cinq pour cent de plus qu'il n'y en avait dans le liquide qu'on versait sur le filtre. Au bout de trois mois, le filtre était nettoyé par les ferments nitriques. Le total des ammoniaques à la sortie n'était REVUES ET ANALYSES. 63 que 0,7 de ce qu'il était à l'entrée, et montait seulement à 0,0151 parties sur 100,000, c'est-à-dire à un niveau inférieur à la moyenne de toutes les eaux de boisson de l'Etat de Massachusetts. Il serait trop long d'entrer dans le détail des diverses observations faites sur l'influence qu'exercent sur la rapidité de la nitrification, la température, la nature physique et chimique de la terre des filtres, les diverses substances mélangées au liquide à nitrifier. Il faut renvoyer pour tout cela à la publication américaine. On voit qu'elle nous fait entrer plus avant dans la connaissance du problème à la fois hygié- nique et social de la nitrification, et qu'elle prépare le jour, plus voisin de nous qu'on ne pense, oi^i on sera assez maître des procédés de culture des ferments nitreux et nitrique pour pouvoir transformer les dépotoirs en fabriques de nitrates, et n'envoyer dans les cours d'eau que des eaux d'égout presque transformées en eaux potables. Avec une combustion de 230 grammes de matière organique par mètre carré et par jour, chiffre inférieur à nombre de ceux de M. Iliram 3Iills, il ne faudrait que 200 hectares de surface filtrante pour nitrifier les 500,000 kilogrammes de matière organique morte, odorante et nuisible, que Paris vomit chaque jour. Dx. M. Nencke et N. Sierer. Sur la nature des gaz produits dans les fer- mentations d'albumine. Sitzunysber. d. k. Akad. d. Wisseitsch. in Wien., t. 98, mai 1889. Les produits de diverses fermentations putrides répandent quelque- fois une odeur qui n'est pas l'odeur franche de l'hydrogène sulfuré, et rappelle un peu celle dumercaptan éthylique. Les gaz dégagés de ces fermentations donnent, en passant au travers d'une solution de bichlo- rure de mercure, un précipité qui a la même odeur. Or le mercaptan- éthyle n'est pas gazeux, et on croyait aussi, sur la foi de Dumas et Peligot, qu'il en était de même du mercaptan-méthyle. Mais lorsque P. Klason a eu montré que ce dernier corps était gazeux à la tempé- rature ordinaire, il a été permis d'y rechercher la cause de l'odeur de certaines putréfactions, et M. Nencki et N, Sieber ont en effet réussi à le découvrir dans les produits de l'action du B. liquefa- ciens magnus et d'autres microbes sur l'albumine, et surtout dans celle qu'exerce sur la viande un bacille rencontré par Eisentohr dans des cas d'emphysème de la muqueuse de l'estomac ou de Fintestin. Ce méthylmercaptan précipite les solutions de bichlorure de mercure ou d'acétate de plomb, en donnant des prismes microscopiques à 4 pans du corps (C IP S)^ ITg, ou des tablettes et des prismes du corps (G H^ S)'2 Pb. Dx. 64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE — DÉCEMBRE 1891, Morsures aux mains Morsures à la tête ( simples et à la figure \ multiples . . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation simples multiples . . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem- | simples bres et au tronc i multiples . . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés . . Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisations efficaces — inefficaces Pus de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu 3/. I " Si- Totaux. Français et Algériens . Etrangers 19( 3i 22 B C 1 1 3 6 9 2| 3i » 1, :> 1 )) 4 „ » » » 5 » , 4 » » 17 30 47 » 4f lOi 6 » » 2 » 23 » » 5 ), ■18 » )) 7 » » 4 11 » 4 1 V 1 «! S ,1 „ 9 9 » » 3 ,) 10 1 » » 9 4 " « 5 5 » 3 ô) ,1 1, 2 „ 9 » » 1 3 » 5 ). " 3 » 65 7 72 24, 1 14 13 35 Total général 129 i. La colonne A comprend les personnes mordues par des animaux dont la rage est reconnue expérimentalement; la colonne B celles mordues par des ani- maux reconnus enragés à l'examen vétérinaire; la colonne C les personnes mordues par des animaux suspects de rage. Les animaux mordeurs ont été : chiens, 121 fois; chats, 7 fois; muhjt, 1 fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimevie Ctiaiaire et C'' Annales de l'Institut Pasteur np. A Lafontaine A fils Pans YTW V. fiou^sel del et )ith G"«« ANNEE. FÉVHIEIl 1892. N» 2. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR RECHERCHES SUR LA FIXATION DE L'AZOTE LIBIIE PAl! LES PLANTES Par mm. Th. SCHLOESING fils et Em. LAURENT». Les principaux travaux dont a été l'objet la question de la fixation de l'azote libre par les plantes, sont présents à la mémoire de tous ceux qui s'occupent de science agricole. Aussi nous paraît-il superflu de les rappeler; d'ailleurs, il en existe déjà des revues complètes (B. Frank, Annales de la Science agronomique française et étrangère, 1888, et Hellriegel et Wilfarth, même recueil, 1890). En nous dispensant de parler de ces travaux, nous ne sau- rions vouloir les laisser dans l'ombre ; la notoriété de leurs auteurs, Boussingault, G. Ville, Lawes, Gilbert et Pug-h, Hell- x riegel et Wilfarth% etc., les défend contre une pareille intention. 1. Comptes rendus, t. CXI et CXIIL 2. Une place tout à fait à part est due aux plus importants de ces travaux, à ceux de ILM. Hellriegel et Wilfarth. Dans leur expérience, que nous considérons comme fondamentale, où un pois cultivé en vase à peu près clos, a fourni un gain d'azote indubitable, ils ont bien réellement démontré la fixation de l'azote libre par cette légumineuse. Nous tenons en haute estime leurs nombreuses et belles expériences exécutées à l'air libre. Elles ont été fécondes en résultats importants et ont conduit à cette brillante découverte du rôle des microbes, producteurs de nodosités, dans la fixation de l'azote. Mais, il faut le reconnaître, s'il en est résulté 66 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. On ne trouvera pas dans ce qui suit l'énoncé de propositions bien nouvelles. Tout ou presque tout a été dit déjà sur la ques- tion qui nous intéresse. Le pour et le contre ont été soutenus. La nouveauté, en pareil cas, consiste surtout à produire de bonnes démonstrations. C'est à quoi ont tendu nos etforts. Nos recherches ont été entreprises sur le conseil de M. Du- claux, qui n'a cessé, nous lui en sommes bien reconnaissants, de leur accorder le plus bienveillant intérêt. METHODES ADOPTÉES DANS NOS RECHERCHES Dans les diverses recherches auxquelles il vient d'être fait allusion, on a toujours usé de la même méthode, inaugurée par Boussingault, pour déterminer si la fixation de l'azote avait lieu. Cette méthode repose sur la comparaison des quantités d'azote renfermées par les graines, les récoltes et les sols pris au début et à la fin des expériences. Elle est, à coup sûr, susceptible d'une grande précision lorsqu'elle est bien pratiquée, mais elle laisse toujours quelque place au doute. En elfet, elle permet bien de constater positivement, avec certaines plantes, un gain d'azote, c'est-à-dire un excès de l'azote existant à la fin d'une expérience dans le sol et la récolte sur l'azote contenu au début dans le sol et les graines; mais quant à l'origine même de l'azote gagné, elle est impuissante à la montrer réellement, et quand, à la suite des résultats qu'elle avait fournis, on a admis pour origine de cet azote l'azote libre de l'atmosphère, c'est qu'on n'apercevait pas d'autre origine possible. 11 y a là un procédé de démonstration d'une manière positive que les Légumineuses prélèvent de l'azote sur l'atmosphère, elles n'ont nullement démontré que l'origine de l'azote prélevé lût l'azote libre plutôt que les composés azotés de cette atmosphère. Le raisonnement qui s'appuie sur la rareté de ces composés pour montrer leur insuffisance comme source d'azote, est, pour des expériences faites en présence d'une quantité d'air illimitée, sans aucune force. D'ailleurs, tous les composés azotés de l'atmosphère ne sont peut-être pas connus. Qui pourrait affirmer qu'elle ne contient pas, par exemple, quelques dix-millièmes de protoxyde d'azote, qui prendrait naissance sous l'in- fluence des décharges électriques? Bien habile serait l'analyste à qui une telle dose d'un tel corps n'aurait pas échappé. Les Légumineuses eussent été douées de la faculté spéciale d'absorber l'azote de ce composé et non l'azote libre, que toutes les expériences de MM. Hellriegel et Wilfarth, sauf celle que nous avons mise à part, ne l'eussent point révélé. LWZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 67 d'un ordre un peu inférieur, qu'on n'accepte, en généra], que comme pis-aller, et auquel il esi désirable de ne pas s'arrêter dans une question capitale. Pour savoir réellement si l'azote libre était absorbé par les plantes, pour prouver sans réplique cette absorption, au cas où elle aurait lieu, il nous a paru qne le meilleur moyen était de s"appu}'er sur la mesure de l'azote gazeux mis en rapport avec les plantes au cours de leur développement, de déterminer le volume de cet azote avant et après culture, et de comparer les deux déterminations; si l'on observait ainsi une disparition d'azote, on pourrait aflirmer qu'une partie du gaz a été fixée. Mais la fixation serait-elle due alors aux plantes ou aux sols qui les auraient portées? Des expériences témoins permettraient d'en décider. A côté des sols avec plantes, on aurait, dans des conditions identiques, les mêmes sols sans culture; et l'on ver- rait, toujours par la mesure de l'azote libre mis en contact avec eux, si ces sols nus auraient fixé du gaz azote. Dans le cas delà négative, on serait en droit d'attribuer aux plantes la fixation. Telle est la métbode que nous avons suivie. On peut l'appe- ler directe, parce qu'elle donne directement la réponse à la ques- tion qui nous occupe : l'azote libre est-il absorbé par les plantes? Mais elle ne nous a pas suffi. Nous avons employé en même temps, en la rendant aussi complète que possible, la méthode ordinairement en usage, dont il a été parlé plus haut et qu'on peut appeler indirecte. Celle-ci consiste exactement àdoser l'azote : 1° avant culture, dans les sols et les g-raines, et 2° après culture, dans les sols et les plantes; quand il y a fixation d'azote, le deuxième dosage donne plus que le premier. Cette méthode permet alors de retrouver dans les plantes à l'état combiné l'azote dont on a constaté la disparition à l'état gazeux par la méthode directe. En général, on ne l'y retrouve ]);is intégrale- ment; c'est dans le système formé par les plantes et le sol qui les porte, qu'il se retrouve; et cela, à cause des échang-es d'azote qui s'eft'ectuenl entre ces plantes et ce sol, parce que, d'une part, les plantes prennent de l'azote au sol et que, d'autre part, leurs racines y laissent toujours des débris, ne fût-ce que des poils radi- caux, quelque soin qu'on prenne pour les en séparer intactes. C'est pourquoi on doit rechercher l'azote fixé par les plantes dans l'ensemble des plantes et du sol ; on n'a pas à craindre de com- 68 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. prendre dans cel azote celui qu'aurait pu fixer le sol, si une expé- rience témoin prouve qu'il n'en fixe pas. Les deux méthodes doivent s'accorder dans leurs résultats : s'il y a fixation, la disparition d'azote gazeux qu'indique la méthode directe doit égaler le gain d'azote trouvé par la méthode indirecte; s'il n'y a pas fixation, la méthode directe doit fournir autant d'azote gazeux avant qu'après culture, et la méthode indi- recte un gain d'azote nul. Toute expérience oii les deux méthodes ne s'accorderaient dans les limites des erreurs admises, doit être rejetée. On voit qu'il y a là un contrôle qui donne des garanties d'exactitude peu communes. De telles garanties nous ont semblé indispensables. Dans une question aussi controversée que celle de la fixation de l'azote gazeux par les plantes, il importe aujourd'hui de ne plus pro- duire que des expériences capables d'inspirer confiance ; autre- ment, on risque d'entretenir une confusion qui n'a que trop duré. Ayant donc le désir d'arriver à des résultats dont l'exactitude parût tout à fait certaine, nous n'avons pas hésité à mettre en pratique simultanément les deux méthodes, malgré les compli- cations et le surcroît de travail qui en devaient résulter. Quelques explications sont encore nécessaires pour bien faire comprendre notre manière de procéder, dont nous n'avons indi- qué jusqu'ici que le principe. Voyons d'abord ce qui concerne la méthode directe. L'azote gazeux employé aux expériences devant être mesuré au début et à la fin, celles-ci auront lieu en vases clos. Au début, on fera le vide aussi parfaitement que possible dans les appareils et l'on introduira l'azote et les autres gaz convenables ; à la fin, on fera le vide de nouveau pour extraire la totalité du gaz azote. Du fait que les cultures se feront en vases clos résultent des difficultés spéciales. Les végétaux consomment de l'acide carbo- nique et émettent de l'oxygène, et il faut qu'ils aient à leur dis- position une atmosphère oii ces deux gaz restent compris entre certaines proportions. Si l'on n'était pas limité pour le volume des appareils, on pourrait faire les cultures dans des récipients de très grandes dimensions; on y introduirait au début, avec de l'azote et de l'oxygène, une provision convenable d'acide carbo- nique, et l'on ne se préoccuperait pas des variations subies, au cours de la végétation, par la composition de l'atmosphère con- L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 69 fiiiôe ; l'acide carbonique ne manquerait jamais et l'oxygène ne serait jamais en trop grande abondance. Mais le volume des appareils ne peut dépasser certaines limites, si l'on veut mesu- rer très exactement l'azote ; plus il sera réduit, plus les mesures auront de précision. Cependant on ne saurait non plus le trop réduire; autrement, les plantes n'auraient plus l'espace néces- saire à leur développement. Tenant compte des diverses condi- tions à observer, nous avons adopté généralement, pour les réci- pients où se feraient les cultures, des dimensions telles qu'ils continssent de 5 à G litres de gaz. Avec un tel volume, il était à prévoir que la composition de l'atmosphère incluse subirait par- fois des variations assez rapides; on devait pouvoir la surveiller de près et la corriger suivant les besoins. A cet effet, on s'était réservé les moyens de l'analyser ; on verra en quoi consistent cesmoyens. Quand l'analyse montrerait que l'acide carbonique va faire défaut, on en ajouterait; quand elle indiquerait un excès d'oxygène, on absorberait une proportion convenable de ce gaz. Après avoir songé à divers moyens de réaliser cette absorption, nous avons choisi celui qui consiste à faire passer une partie des gaz confinés sur de la tournure de cuivre convenablement chauffée. 11 y a d'autres corps que le cuivre dont on peut se servir pour absorber l'oxygène. Mais les circonstances de leur oxydation en présence des gaz de l'atmosphère sont moins par- faitement connues, et l'on aurait pu craindre que cette oxydation ne fût accom])agnée d'une petite production de composés azotés, ce qu'il nous fallait éviter à tout prix. Le cuivre est complète- ment à l'abri d'un pareil reproche. Une des principales difficultés des présentes recherches est assurément la mesure de l'azote libre. Un volume relativement grand de ce gaz est mis en œuvre, et la variation qu'il subit entre le commencement et la fin de chaque expérience, n'est pas,, on peut le prévoir, considérable. On doit donc le mesurer, si l'on veut nettement saisir la variation, avec une extrême précision. Tous nos efforts ont été dirigés de ce côté. Nous pensons, grâce à un ensemble de dispositifs et de procédés qui seront décrits, avoir atteint le but d'une façon satisfaisante. Il était naturel de se demander s'il ne conviendrait pas d'introduire dans les appareils l'azote gazeux et, du même coup, 70 ANNALES DE L'INSïlTUÏ PASTEUR. l'oxygène qui dès le début est nécessaire, en ayant simplement recours à del'airpur. Du volume, rigoureusement déterminé, de l'air employé, on déduirait, d'après sa composition, le volume de l'azote. On éviterait ainsi de préparer et de l'azote et de l'oxygène. Nous avons cru devoir rejeter cette simplification. En effet, il règne encore sur la composition de l'air une incer- titude, légère sans doute, mais qui pourtant atteint peut-être quelques dix-millièmes de la proportion d'azote. De l'emploi d'un volume de S à 6 litres d'air peut résulter une erreur de 1, 2 ou 3 'c d'azote ; une erreur de cet ordre n'est pas ici négli- geable. On aurait pu aussi être tenté, à la fin de chaque expérience, de mesurer et d'analyser avec soin le mélange des gaz extraits et de calculer, d'après les résultats trouvés, le volume de l'azote gazeux final. Pour éliminer les erreurs d'analyse, nous avons encore préféré séparer l'azote, par des réactifs convenables, des gaz qui l'accompagnaient et le mesurer à l'état de pureté. Ainsi, l'azote gazeux destiné aux expériences a été mesuré à l'état libre et pur au début ; il a été mesuré de nouveau à l'état libre et pur ' à la fin, et ces mesures ont été faites dans le même volumèlre. Nous nous sommes mis ainsi, pensons-nous, dans les meilleures conditions pour apprécier avec rigueur la différence qui pourrait survenir entre le volume initial et le volume final de l'azote. Les gaz enfermés dans les appareils subissent à divers moments le contact du mercure. Ils peuvent apporter aux plantes et au sol des vapeurs de ce métal. Il y a là un danger, certain pour les plantes supérieures et possible pour les orga- nismes inférieurs qui auraient à se développer dans le sol. (Jn l'évite en faisant en sorte que les gaz, avant de pénétrer dans le récipient contenant le sol et les plantes, passent dans un long- tube rempli de fragments de soufre. Moyennant cette précaution, nos plantes n'ont point paru souffrir de la présence de la vapeur mercurielle : on n'y a jamais observé des taches noires caracté- ristiques de l'action de cette vapeur. Quant aux organismes inférieurs, on doit remarquer qu'en voulant, par l'emploi du soufre, les défendre contre la va[)eur mercurielle, on les expose 1. Sauf dans les deux premières expériences, ainsi qu'on verra. L'AZOTE LIBRE l-T LES PLANTES. 71 peut-être à un autre danger provenant du soufre lui-même. Le soufre est, en effet, nuisible à certaines végétations cryptoga- miques. Est-il, à craindre que dans nos expériences il se soit opposé à uu développement d'organismes qu'il aurait été utile de ne pas entraver? Pour agir sur l'oïdium, par exemple, le soufre, employé à la température ordinaire', doit être à 1 état de poudre offrant une très grande surface et entrer en contact assez intime avec le champignon. Ce n'est pas dans ces condi- tions que nous en avons fait usage. Les plantes et le sol en étaient tout à fait séparés. Qu'on se figure que sous une cloche on ait, à la température ordinaire, d'une part, un morceau de soufre et, à côté, toutes sortes de cultures de microbes. Il n'est guère à penser que dans cette disposition, qui est une image de la nôtre, il se trouverait des cultures dont le voisinage du soufre arrêterait le développement. Nous sommes donc portés à croire que le soufre n'a pas exercé d'influence fâcheuse sur la vie des organismes inférieurs dans nos expériences, d'autant plus qu'il n'en a point exercé sur les microbes habitant les nodosités des Légumineuses ; cependant, nous devions attirer l'attention sur la possibilité d'une telle influence. Pour compléter notre exposé, il nous resterait à parler de la manière dont nous avons mis en pratique la méthode indirecte. Mais, comme sur ce point il y a eu quelques différences entre les expériences des deux années, il nous paraît préférable de n'y point insister dans ces généralités et de reporter plus loin les indications qui s'y rapportent. INous dirons seulement ici que, dans toutes les expériences, les sols ont été pourvus, dès le début, d'une provision de solution minérale nutritive telle que, sans recevoir d'eau dans la suite, ils présentassent un taux d'humidité convenable pendant toute la durée de la végétation, et pussent largement subvenir aux besoins des plantes tant en eau qu'en principes minéraux, tout en offrant aux racines des solutions suffisamment étendues. La totalité de la dissolution employée était retenue en suspension par les sols, qui auraient pu, on s'en était assuré dans des essais préalables, en retenir encore davantage sans en laisser égoutter la moindre quantité; i. On préserverait, paraît-il, la vigne contre l'oïdium dans certaines serres d'Angleterre, en projetant de la fleur de soufre sur les tuyaux des calorifères (Berlhelot, Annales de chimie et de physique, ô'-' série, t. VII, p. o71). 72 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de plus, en introduisant les sols par minimes fractions dans les allonges, on avait favorisé leur division en petits agglomérats; ils étaient par suite, dans toute leur masse, bien perméables aux ffaz. DESCRIPTION DES APPAREILS Appareil dans lequel se fait la culture . — L'appareil employé pour chaque expérience se compose d'une partie qui est située au dehors du laboratoire, devant une fenêtre exposée au midi, et qui consiste en une sorte d'allonge cylindrique en verre A (PL lY) où l'on fera pousser une ou plusieurs plantes, et d'une partie placée à l'intérieur et comprenant divers dispositifs; les deux parties sont reliées par des tubes traversant la fenêtre. L'allonge', de 6 à 7 litres de capacité, se termine à son extrémité inférieure par une partie hémisphérique complètement fermée et porte, à l'autre extrémité, une douille B. Elle repose aumilieud'unbassinen zinc, qu'on aura, au début età la fin d'une expérience, à remplir d'eau, mais qui ordinairement contient de la terre jusqu'au niveau du sol de culture. Cette terre est destinée à protéger les racines qui se développeront dans le sol, contre un trop fort échaufïement dû aux rayons du soleil; elle main- tient en même temps dans l'obscurité le bas de l'allonge. Pour éviter que le bassin lui-même ne s'échauffe à l'excès, on l'a peint extérieurement en blanc. La douille B de l'allonge porte un bon bouchon de caoutchouc, dont la partie extérieure à l'allonge est noyée dans du mercure que contient un manchon de verre ; ce bouchon est traversé par deux tubes G et D. Le tube C, d'undiamètreintérieur de 7 à 8mil- limètres, relie l'allonge à l'extrémité supérieure d'une trompe à mercure TT' ^. Sur une portion de sa longueur, il est entouré d'un manchon de verre, de manière à constituer un réfrigérant ascendant où l'on fera circuler, en temps voulu, de l'eau froide. Il est incliné, pour que l'eau résultant de la condensation qui 1. 11 y en a deux grandeurs : les unes ont 12 '" de diamètre et de 55 à 60^ de haut, lesautres 11»; de diamètre et de 70 à 7o'^de haut; ces dernières sont réservées pour Jes plantes se développant eu hauteur. 2. Deux trompes symétriques, appartenant à deux appareils voisins, sont montées sur un même support ; la figure n'en représente qu'une. L'AZOTE LIBUE ET LES PLANTES. 73 s'y produira, revioiiiie dans l'allonge. 11 est bon d'empêcher que cette eau, en tombant sur le sol, ne le fouille et n'en bouleverse la surface. A cet effet, on la conduit dans le sol au moyen d'un tube à entonnoir E. Le tube D descend dans l'allonge jusque près du sol ; il con- tient dans sa partie horizontale de petits fragments de soufre, dont l'utilité a été indiquée. Il communique avec un tube de Bohème F, plein de cuivre réduit et placé au-dessus d'une rampe à gaz. Ce tube F s'abaisse légèrement en f, de manière à former une petite poche destinée à retenir des gouttes d'eau qui pour- raient s'être formées par condensation de vapeur et qui, venant cà couler vers le milieu du tube quand il est chauffé, en occa- sionneraient la rupture. Au tube F est reliée la tubulure latérale G d'un tube II, long- d'un mètre, ayant un diamètre d'environ 20 millimètres, plongeant dans le mercure d'une petite cuve en verre K, de forme spéciale, et coiffant l'orifice inférieur de la trompe TT'. On voit par ce qui précède qu'il suffit de faire fonctionner la trompe TT' pour que du gaz, pris à la partie supérieure de A, soit appelé en T, refoulé par le mercure en H, puis poussé à travers F et D jusqu'à la partie inférieure de A. Si alors on chauffe F au roug'e sombre, on absorbe l'oxygène contenu dans le g-az. Le mercure qui circule dans la trompe, vient d'un flacon L, situé en dehors de l'appareil; l'écoulement en est réglé par une pince M. 11 arrive d'abord en T', larg-e tube où il abandonne l'air qu'il a pu entraîner, puis traverse T sous forme de gouttelettes séparées par des bulles gazeuses, se déverse de la cuve K dans l'entonnoir I, puis dans le flacon J. Le même flacon L alimente les trompes de plusieurs appareils. Les divers filets de mercure qui en sortent, se réunissent, après avoir passé par les trompes, en J. De cette manière, on peut faire marcher plusieurs trompes à la fois, en n'ayant qu'à remonter de temps à autre le mercure de J dans L; mais surtout on a l'avantag-e d'éloigner des parties délicates des appareils le maniement de récipients pesants et d'éviter ainsi des chances d'accident. Les tubes C, T, G, F et D sont reliés entre eux par des joints c, g et d, consistant en morceaux de bons tuyaux de caoutchouc épais, complètement immergés dans du mercure. 74 ANNAF.es de L'INSTITUT PASTEUR. Une figure spéciale de la planche ci-jointe indique la disposition adoptée pour ces joints. La pression des gaz à l'intérieur des appareils est toujours inférieure à la pression extérieure; à aucun instant des expériences, elle ne lui est supérieure ni même égale. Moyennant celte précaution, il est impossible que les joints laissent se produire des fuites de gaz. Ces joints nous ont rendu les plus grands services. A la partie supérieure des tubes T et H sont soudés des tubes capillaires t et h; ils portent des caoutchoucs, entièrement noyés dans du mercure et fermés par des obturateurs de verre. C'est par là qu'on extrait et qu'on introduit les gaz. Il faut, en vue de ces extradions ou introductions, qui constituent une des manipulations délicates des expériences, relier temporairement t ou h il certains dispositifs, et la liaison doit pouvoir s'établir sans qu'on laisse pénétrer dans les appareils la moindre trace d'air extérieur. A cet effet, on procède de la façon suivante : on fait glisser le manchon de haut en bas, avec le mercure qu'il contient, le long du tube capillaire. La partie inférieure du caoutchouc reste toujours noyée dans le mercure. Dès que la partie supérieure est découverte, on dépose, sur le petit rebord formé par le caoutchouc autour de l'obturateur, une goutte de glycérine, qui demeure à cette place en raison de sa viscosité et qui s'oppose à toute entrée d'air entre le caoutchouc et l'obtura- teur de verre. Puis on serre le caoutchouc, avec une bonne pince à vis, immédiatement au-dessous de l'obturateur. On enlève cet obturateur et Ton engage dans la partie supérieure du caoutchouc, remplie au préalable d'eau bouillie, le tube de verre capillaire tel que /, devant établir la communication à obtenir, et plein lui-même d'eau bouillie ou de mercure. Enfin, on ôte la pince et l'on remonte le manchon, de façon que le caoutchouc repasse tout entier dans le mercure. Pour supprimer la communication, on serre de nouveau le caoutchouc avec. une pince, on enlève /, on remplit le caoutchouc d'eau bouillie et on y introduit un obturateur à la place du tube /: on dépose une goutte de glycérine sur le caoutchouc, puis on retire la pince et remonte le manchon. Au cours de ces manipulations, il est facile, avec un peu d'habitude, de ne pas laisser pénétrer dans les appareils une trace d'air extérieur ni perdre la moindre bulle des gaz transvasés. Il est pour cela nécessaire que le tube / soit L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 75 capillaire ou du moins d'un 1res petit diamètre, et il est fort utile que les tubes et les caoutchoucs h et t le soient égale- ment. Pnnipc à mercure pour faire le vide. — Dans nos premières expériences (1890), nous avons employé à cette opération une trompe à mercure. L'obtention du vide, poussé jusqu'au point qu'il fallait atteindre , exigeait alors deux ou trois journées. Ayant cherché ensuite un appareil permettant d'opérer plus vite, nous sommes, par une coïncidence assez singulière, arrivés à construire une pompe à mercure que nous croyions nouvelle et qui s'est trouvée à peu près identique à l'un des modèles de MM. Alvergniat frères. C'est une pompe sans robinet; la capa- cité de son corps de pompe est d'environ 1 litre; la figure ci- jointe, qui la représente en PP, enfait suffisamment comprendre le fonctionnement '. L'emploi de cette pompe, au moyen de la- quelle nous faisons le vide dans un appareil de 6 litres en 3 heures environ, a considérablement simplitîé nos expériences et accéléré les manipulations du début et de la fin. Dispositifs pour V introduction des gaz. — 1° Azote. On prépare l'azote à introduire dans les appareils en faisant passer de l'air dans un tube de Bohème qui contient une longue colonne de cuivre réduit et une colonne plus petite d'oxyde de cuivre, et qui est chauffé au rouge. L'air est puisé à l'extérieur au moyen d'une trompe à mercure. Le cuivre et l'oxyde sont parfaitement purs. L'oxyde sert à faire disparaître les traces d'hydrogène et des gaz carbures qui pourraient provenir de la décomposition de la vapeur d'eau par des impuretés du cuivre et des poussières organiques aspirées avec l'air ou laissées dans le tube de Bohème. Au sortir de ce tube, l'azote passe sur des fragments de verre imbibés d'une dissolution concentrée de potasse, est pris par la trompe et poussé dans un volumètre, dont on parlera bientôt, et 011 il est mesuré. De là on le fait passer dans l'appareil où a lieu la culture. A cet effet, on raccorde la partie supérieure du volu- mètre à /i, au moyen d'un tube tel que /, rempli au préalable de mercure. Les joints de caoutchouc qui relient les divers tubes dont il vient d'être question sont noyés dans le mercure. i. Le long tube recourbé qui surmonte la pompe lui est relié au moyen d'un joint à mercure tel que celui que nous avon? décrit. Rien n'est plus simple dès lors que de le séparer de l'appareil pour les transports. 76 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 2° 0.r}jyène. L'oxygène introduit au début des expériences est obtenu de la décomposition par la chaleur du chlorate de potasse pur. Le sel est contenu dans un petit ballon de 30 à 40 •■••, à col étiré et courbé en forme de tube à dégagement (procédé Bunsen). Le ballon ayant été parfaitement purgé par le départ d'un grand volume d'oxygène, on engage le tube à déga- gement au bas du tube H sans cesser de chauffer le ballon. On introduit ainsi de l'oxygène jusqu'à ce que le niveau du mer- cure en H ait baissé de la hauteur convenable. 3° Acide carbonique. On remplit un petit ballon ou un tube à essai légèrement étiré à son extrémité ouverte, avec une cen- taine de grammes de bicarbonate de potasse dont on a vérifié la pureté, spécialement en ce qui concerne l'absence de composés ammoniacaux et nitrés. On soude au ballon ou au tube à essai un long tube étroit qu'on recourbe en forme de tube à dégage- ment; la partie verticale de ce dernier tube a 80 ou 85 centi- mètres. On a ainsi le dispositif très simple qui servira à la pré- paration de l'acide carbonique absolument pur dont on aura fréquemment besoin. Il suffira, pour dégager cet acide presque immédiatement, de chauffer le carbonate avec la flamme d'un bec à gaz. Le dispositif est placé à demeure à côté du tube H. Il est, une fois pour toutes, purgé d'air, et son orilice inférieur reste désormais plongé dans le mercure de la cuve K, sans en plus sortir. Quand le bicarbonate se refroidit, après chaque pré- paration d'acide carbonique, le mercure s'élève dans le tube à dégagement par suite d'une réabsorption de gaz. De là la lon- gueur assignée au tube. Dispositif pour V extraction finale de t azote. — Ce dispositif est représenté sur la partie droite de la planche. Il comprend : la pompe à mercure PP qu'on doit, lors de l'extraction, relier au tube t\ une large cloche N coiffant l'orifice par lequel les gaz sont rejetés hors de la pompe et surmontée d'un tube n dont l'extré- mité supérieure s'élève à 80 ou 85 centimètres au-dessus du mercure oii baigne la cloche N; un tube Q, deux fois recourbé à angle droit et contenant de l'amiante imbibée d'un peu d'eau acidulée par de l'acide sulfurique pur; un tube de Bohême S, dans lequel se trouvent une longue colonne de cuivre réduit et une plus petite d'oxyde de cuivre, et qui est placé au-dessus d'une rampe à gaz; un absorbeur U, renfermant une dissolution con- L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 77 centrée de potasse ' ; enfin une trompe à mercure ZZ et un volu- mètre UR, disposé de manière à recevoir les gaz que débitera la trompe. Les caoutchoucs qui raccordent les diverses parties de l'appareil sont, comme toujours, immergés dans du mercure ou, ainsi qu'il est permis pour une installation de courte durée, simplement dans de l'eau. Le tuyau de plomb :: est fixé à la trompe avec du mastic Golaz; ce joint tient parfaitement le vide. Les tubes n. et Q sont reliés par un caoutchouc p dont, à cer- tains moments, on aura à mettre le milieu à l'air libre en abais- sant le manchon 7Ji.- on peut alors fermer le caoutchouc en le serrant avec une pince, mais ses extrémités ne cessent pas d'être immergées. Les gaz extraits par la pompe arrivent en N, puis passent à travers les tubes Q, S, U, et sont introduits par la pompe dans le volumètre RR. L'amiante du tube Q est destinée à retenir les traces d'ammoniaque que renferment les gaz. Le tube de Bohême S, chauffé au rouge, arrête l'oxygène sur le cuivre; les gaz carbures et l'hydrogène, s'il s'en présente, sont brûlés par l'oxyde. L'absorbeurU retient intégralement l'acide carbonique; il comprend deux tubes parallèles u et u'; le tube u a 3 ou 4 mil- limètres de diamètre intérieur; les bulles gazeuses, séparées par de petites colonnes de dissolution de potasse, cheminent dans H, abandonnent le liquide dans la boule b et passent dans la trompe; le réactif revient par u' de b vers b' pour s'engager de nouveau dans u avec du gaz. Le- gaz sortant de U est de l'azote pur. Le volumètre RR est celui de M. Schlœsing père. L'azote y est mesuré sous un volume constant, volume qui est ici d'environ 1,300'""; les longueurs des colonnes mercurielles (compris celle du baromètre), d'où l'on déduit la pression du gaz, sont lues à moins d'un dixième de millimètre près ; la tem- pérature du gaz est appréciée à moins d'un 50® de degré; nous estimons que sur chaque volume d'environ 1,300 '■'^, il n'est commis qu'une erreur inférieure à un demi-centimètre cube, soit à ^,. Analyses rapides des gaz de rallonge^ exécutées au cours des ^. Dans les recherches de 1890, cet alisorbeur n'a pas été employé. Le gaz mesuré dans le volumètre à la fin d'une expérience était un mélange d'azote et d'acide carbonif|ue; on en déterminait la composition avec le plus grand soin et l'on calculait, d'après cette composition, le volume de l'azote extrait. 78 ANNALES DE L'INSÏJTUT PASTEUR. expériences. — On a une sorte de pipette V (fig. 1), formée d'un tube capillaire plusieurs fois recourbé, rt, a, a", et relié par un fin tuyau de caoutchouc avec un petit réservoir r qui contient quel- ques centimètres cubes de mercure. Avec cette pipette, on peut prélever facilement un échantillon du gaz à analyser. A cet elTet. ayant fait fonctionner la trompe TT', de manière à renouveler le gaz contenu dans le tube H, on plonge dans la cuve K la par- tie aa' de la pipette V, qui est supposée au préalable complète- ment remplie de mercure; on engage la branche a à l'intérieur de H et l'on élève verticalement la pipette jusqu'à ce que l'extré- mité supérieure de a apparaisse dans II au-dessus du niveau du Fig. 1. mercure. Maintenant la pipette dans cette position et abaissant y, on appelle en a, a, a" du gaz de H; on en prend ainsi environ 1". On aspire à la suite du gaz un peu de mercure et l'on retire V de la cuve K. L'échantillon prélevé est un mélange d'azote, d'oxygène et d'acide carbonique; on y dose ces deux derniers gaz au moyen de l'appareil X. Celui-ci consiste essentiellement en un tube capillaire comprenant une partie horizontale .s et une ])artie verticale -s' pourvue dans le haut d'une petite boule. La partie s est soudée à l'extrémité supérieure d'une petite cloche v de 3 ou 4cL- de capacité et porte un repère fixe sr,3 d'azote (1"^'',86 par kilogr.) ; 4*''^6 de phosphate tricalcique ; i^^ô de, carbonate de chaux pur; 0',314 d'une solution minérale nutritive contenant par litre : Sulfate de potasse. . . igi',(3 l Sulfate ferreux .... Ogi',2 Sulfate de magnésie. . 0g'',8 Chlorure de sodium. . Og^ji Sulfate de chaux. . . . 0g'',4 I L AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 93 Humidité du sol : 12 d'eau p. 100 de sable humid*^, soit 13, S d'eau p. 100 de sable sec. L'eau distillée employée pour la solution minérale a été reconnue exempte d'acides azotique et azoteux. Graines. — 3 pois nains de la variété Gonthier. EXPÉRIENCE r. Le sol a été stérilisé, ainsi que la surface extérieure des graines; puis les microbes producteurs des nodosités ont été introduits. Les graines ont été semées le 6 août. Les plantes ont poussé, à o ou 6 reprises différentes, des rameaux qui chaque fois ont été d'abord d'un vert foncé, sont devenus d'un vert plus pâle, puis ont partiellement jauni. Elles ont fleuri, mais n'ont point fructifié. Chaque pois a eu 5 rameaux; le plus haut s'est élevé à 20*^,5 au-dessus du sol. La récolte a eu lieu le 2 novembre. Les racines, très ramifiées, longues de 19'^,^, portaient des groupes de nodosités assez volumineux, placés à 2 ou 3'"- du collet. Volume d'acide carbonique consommé par les plantes : l',4 environ. MÉTHODE DIRECTE. Les volumes gazeux seront toujours donnés après réduction à 0° et 760™*". Azote gazeux introduit : 2681'^''^',2. Le mélange d'azote et d'acide carbonique extrait comprend : Volume du mélange Taux car "/o d'acide bonique. Azote dans le mélange. 1° 1074cs02 Résultats trouvés. \ 13,948 ) ( 14,008 \ Moyenne. 13,98 924cc,oi 20 916^^05 3,622 ( 3,611 i 3,62 882':c,89 3° 901 ce, 43 à part dans \ 7,406 } ; 7,386 i une cloche. , 7,40 834cc,74 i recuelli 264 ['=0,(34 lO'^e.50 Total de l'azote extrait. . . . 26o2'=c,i4 Azote fixé : 2681'-c,2 — 26o2'=^l = 21)^0,1 = 36'>'Si-,5. 1. Voir plus loin, à propos de l'expérience I de 1891, le détail des détermina- tions numériques que comporte une expérience. 94 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. METHODE INDIRECTE. Graines. — Poids des graines semées O'^^^SOIG; azote dans ces graines, à raison de 3,30 (moyenne de 2 expériences ayant donné 3,459 et 3,547) : 28"^3. Récolte. — Poids des plantes entières sèches (défalcation faite d'nn peu de sable adhérant aux racines) : 2"', 55. Azote de la récolle : 58"'^'-, 1 (soit 2,27 0/0). Sol. — On a lavé avec de l'eau une partie du sol séparé des plantes; celte eau ne contient que des traces inappréciables d'acides azotique et azoteux. Azote dans le sol à la fin de l'expé- rience : IS""^"",!. On a donc : Azote du sol avant l'expérience .... 4ingi-,3 ) ^^ f Oi'ilgi' o Azote des graines 28mgi-,3 \ " ' Azote du sol après l'expérienc-e .... '15'"g'Vl ) ^q,,,^,. ^ Azote des plantes entières 58'"S'vl \ " '" Gain d'azote • 4Û'^ni-,G Le sol, quelque soin qu'on ait pris pour n'y point laisser de racines, en contient nécessairement de petits débris. Il retient aussi la substance des poils qui se sont successivement détachés des racines, à mesure qu'elles se développaient, et vieillissaient. Ces débris et ces poils constituent une quantité très sensible de matière organique abandonnée par les plantes et renfermant de l'azote. Il convient de remarquer que, d'une manière géné- rale, le sol peut finalement contenir soit plus soit moins d'azote qu'au début. Les plantes, d'une pari, y laissent des résidus qui l'enrichissent; mais, d'autre part, elles lui empruntent de l'azote pour leur développement. La résultante de ces deux actions contraires peut produire, suivant les cas, un enrichissement ou un appauvrissement du sol en azote. Il n'y a rien à conclure, notons-le en passant, quant à l'absorption de l'azote gazeux par le sol, de la seule comparaison des quantités de ce corps que le sol renferme au début et à la fin d'une expérience. Ici, le sol étant initialement à peu près dépourvu d'azote ammoniacal ou L'AZOïE LlBllE ET LES PLANTES. 95 nitrique, facilement assimilable par les plantes, ne pouvait pas s'appauvrir; il a gagné en azote. La quantité d'azote gazeux fixée u'après la méthode directe (36°^^', 5) s'accorde bien avec le gaind'azolo fourni par la méthode indirecte (40'"^'"56). La différence est, néanmoins, plutôt supé- rieure aux erreurs qui ont dû être commises dans les diverses déterminations. Gela s'explique. Quand l'extraction finale des gaz a été terminée, on a laissé rentrer l'air dans l'allonge (on voulait ainsi éviter la réduction des nitrates en l'absence d'oxy- gène au cas où le sol aurait contenu de ces sels). Ce n'est guère que deux jours après qu'on a séparé les plantes du sol et qu'on les a sacrifiées pour l'analyse. Durant ces deux jours, les plantes, qu'un vide prolongé n'avait pas fait mourir, ont continué à fixer de l'azote gazeux dans une mesure appréciable. De là l'excès du gain d'azote de la méthode indirecte sur l'azote fixé d'après la méthode directe. Cette explication, qui est certainement juste, ne nous est venue à l'esprit qu'après les expériences de 1891, où l'excès d'azote en question, bien plus marqué qu'ici, nous l'a, pour ainsi dire, imposée. Il eût été facile, si nous en avions eu l'idée plus tôt, d'échapper à la petite imperfection que nous signalons, en sacrifiant les pois immédiatement après l'extraction des gaz. EXPÉRIENCE II Sol préparé comme pour l'expérience I. Les graines ont été semées le 7 août; l'une des trois n'a pas germé. Les plantes ont donné lieu, au cours de leur développement, à des obser- vations analogues à celles qu'on a notées pour l'expérience I. Il y a eu 6 tiges sur chacun des deux pieds venus. Récolte faite le 2 novembre. Hauteur des pois au-dessus du sol, 19^^; lon- gueur des racines, 23'". Nodosités réparties sur une g^rande longueur des racines; elles sont assez grosses; quelques-unes ont de 5 à 6 millimètres de diamètre moyen. Volume d'acide carbonique consommé par les plantes : 1^'*,3 environ. MÉTHODE DIRECTE. Azote gazeux introduit 2,483';'-",3 96 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Gaz extraits. 1° 3° Mélange d'azote et d'acide carbonique. 1060ec,38 i047cc,60 Taux 0/0 d'acide carbonique. Résultats trouvés. l 7,837 i 7,842 ) 7,860 ( 7,857 \ 9,671 I 9,654 Aloyenne. 7,84 7,86 9,66 Azote recueilli à part dans une cloche . . Total de l'azote extrait. Azote dans mélange. 977=^24 96occ,26 477«,05 2,4i9c^.55 38'-c,00 2,457<'s55 Azote fixé : 2,483<'û,3 — 2,457^^5 = 25cc,8 = 32'ng,4. MÉTHODE INDIRECTE. Graines. — Poids de graines semées : 0^'%8047. Azote dans ces graines, à raison de 3,o0 d'azote : 28"^', ,2. Récolte. — Poids des plantes entières sèches : 2^"', 10. Azote dans la récolte : 49'"^^l, soit 2,35 0/0. Sol. — Azote dans le sol à la fin de l'expérience : n"'^'",^. On a donc : Azote du sol avant l'expérience ..... 4"'S'',3 ) oû)m„r >" Azote des graines 28ms'',2 \ - ^ >-^ Azote du sol après l'expérience 17™S",5 ) „„ „ Azote des plantes entières 49'"S'",1 \ ' Gain d'azote .... 34™S'-,1 L'accord entre les deux méthodes (32'"^^4 d'azote gazeux fixé d'après la méthode directe et 34"'^'',1 de gain d'azote d'après la méthode indirecte) est très satisfaisant. A j)ropos de la diffé- rence de ces deux nomhres, on peut se reporter à l'observation faite sur les deux nombres correspondants dans l'expérience précédente. Les deux expériences qui viennent d'être rapportées ont les mêmes conséquences : la méthode indirecte démontre qu'il y a eu gain d'azote au cours de la végétation, et la méthode directe, que ce gain a été réellement dû à la fixation d'azote gazeux. L'AZOTK LIBRE ET LES PLANTES. 97 Elles iioul pas été accompagnées d'iiiiy de ces expériences témoins dont nous avons parlé en commençant, et dans lesquelles le sol, placé d'ailleurs en des conditions identiques à celles des expériences I et II, n'aurait pas reçu de graines et serait resté sans culture. Manquant du terme de comparaison qu'aurait fourni une telle expérience, nous n'avons pas le droit (la pro- chaine campagne nous le donnera) de nous prononcer sur la question de savoir si le sol a eu une part dans la fixation de l'azote libre. L'augmentation de sa teneur en azote, nous le répétons, ne prouve rien à cet égard. Ce qui est certain, c'est que le système formé par l'ensemble des pois et du sol a gag'né en azote grâce à une fixation d'azote libre : c'est encore que les pois ont contenu beaucoup plus d'azote que leurs graines, et que cet azote gagné a eu pour origine l'azote libre de l'atmosphère. Tel est le fait capital qui intéresse l'agriculture. Nous ne prétendons certes pas l'annoncer comme une nouveauté; mais nous croyons l'établir avec bien plus de rigueur qu'on ne l'a fait jusqu'ici. EXPÉRIENCE in. A côté des deux allonges des expériences I et II, on en a disposé une troisième, qui a été préparée identiquement comme elles et a reçu 3 graines de pois. Seulement, on n'a pas intro- duit dans cette allonge les microbes de nodosités. De plus, ses tubulures sont toujours demeurées librement ouvertes; l'atmo- sphère pouvait donc s'y renouveler spontanément; mais, pour être certain qu'une quantité suffisante d'acide carbonique y pénétrât, on y insufflait chaque jour avec la bouche deux ou trois fois la contenance des poumons. Les pois sont venus en même temps que ceux des deux autres expériences. Ils se sont développés notablement plus en longueur (hauteur au-dessus du sol 31%longueur des racines 26*"), mais ils étaient grêles et ne se sont pas ramifiés. Chaque pied a donné une gousse contenant une graine incomplète; les l'acines ne portaient pas la moindre nodosité. Yoici les résultats numériques de cette expérience, dans laquelle la seule méthode indirecte a pu être appliquée. Poids des graines semées : O^'^SOG. Azote dans ces graines, à raison de 3,50 0/0 ; 28"^',2. 7 98 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUil. Poids de la récolte sèche 1^'%83, contenant en azote 24"^'', 8, soit 1,35 0/0. Azote dans le sol à la fin : 8'"«'',3. On a donc : Azote du sol avant l'expérience 4™S'',3 ) „., > 32mg'' 5 Azote des graines 28'iig'',2 \ Azote du sol après l'expérience 8'"g'",3 ) oom-^. Azote des plantes entières 24""s'',8 ) ^ ' Gain d'azote .... 0""g',6 Le gain d'azote est inférieur aux erreurs possibles et doit par suite être négligé. Ici donc, point d'ensemencement avec les microbes des nodosités, point de production de nodosités sur les racines, point de gain d'azote appréciable. L'expérience n'a pas la force démonstrative que lui aurait donnée le contrôle de la méthode directe. Néanmoins elle mérite une certaine attention, étant donné surtout que les dosages y ont été l'objet de soins particuliers. Rapprochée des deux précé- dentes, elle les complète en tendant à prouver que la fixation de l'azote libre y a été réellement due à l'action des microbes semés. EXPERIENCES DE 1891. Cultur'e de plantes cle clivei^ses familles. 1" SÉRIE d'expériences (mai-août). Conditions communes aux expériences de I à VIL 2,500 gr. de terre de Moiitretout à 1,470 d'humidité p. 100 de terre sèche, soit terre sèche employée : 2,463^"",7. Celte terre renferme 8"'^''',722 d'azote total p. 100 de terre sèche; soit dans les 2,463g'',7 de terre sèche, 214mf'"',88 d'azote total; dans cet azote sont compris 16'"P'",5 d'azote nitrique renfermés' par les 25463"'", 7 de terre au moment de mise en expérience ; 2>^'',^ de carbonate de chaux pur; 5 gr. d'un mélange de diverses terres (terre de jardin, terres ayant porté des graminées, du trèfle, des lupins); 450*^'^ d'une dissolution minérale contenant par litre : Phosphate monocalcique. 0gr,500 , soit dans 4o0l'o 0gi',22o Sulfate de potasse Ig^OOO , — 0S'-,450 Sulfate de magnésie . . . Ogi'.oOO , — Og^S^o Sulfate de chaux Og'-.oOO , — Ogi-,2-2o Sulfate ferreux Ugr.SOO , — Ogi-,225 Azotate de potasse .... OgViOOo, — 0,nr,09n2=: 0g^012o d'azote. L'A/OTIC LIBRE ET LES PLANTES. 99 S'^''^' d'une liqueur obtenue en délayant 3 gr. du mélange de terres ci-dessus dans 20'''^ d'eau distillée, agitant et laissant reposer une minute ; on prend 5-'' de la liqueur claire; 15'"'' d'eau de lavage. Total de l'azote nitrique dans le sol au début : 0*-''',03i (com- pris O'^'.OOo correspondant aux 5 gr. de mélange de terre et aux o^'»^ de délayure ci-dessus). Total de l'eau contenue dans la terre : 506 gr., soit 17,0 d'eau p. 100 de terre humide ou 20,5 p. 100 de terre sèche. Détail des déterminations numériques que comporte une expérience . Il serait trop long de donner, pour toutes les expériences faites, le détail des divers dosages, pesées et mesures; mais il nous paraît utile de le faire au moins pour l'une d'elles, la première par exemple, afin de mettre le lecteur à même de se rendre bien compte de nos opérations et de discuter nos méthodes. EXPÉRIENCE I. MÉTHODE DIRECTE. Le vide obtenu dans l'appareil, on y fait passer l'oxygène, puis l'azote. Pression de l'oxygène introduit : 12'",3 de mercure (ce qui fera 19,5 0/0 d'oxygène dans le mélange gazeux complet). Azote introduit, mesuré au volumètre en trois fois. H hauteur harométrique; ô température de la colonne mercurielle du baromètre; Ho hauteur barométrique réduite à 0"; h différence des niveaux du mercure dans les deux branches du volumètre, ou excès de la pression extérieure sur la pres- sion du gaz dans le volumètre; 6' température du mercure de ces deux branches; ^0 valeur de la différence h réduite à 0''; 6" température du gaz mesuré; F tension maxima de la vapeur d'eau à la température 6"; V volume G" et 760'"™ du gaz mesuré; D dépression observée dans le tube II après chaque introduction d'azote (on s'en sert pour calculer le volume approché qu'occupent les gaz dans l'appareil et pour se rendre compte des quantités d'azote qu'il convient de mesurer dans le volumètre pour que ce gaz se trouve finalement intro- duit en proportion convenable); Capacité du volumètre : 1,3101^^62. 100 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. ,n ce 2.-5 Q 00 ï~- O "^ ■^ "^ __^ iC. •^c -T^ ^^ Ci l^ -^ ., •^ > -o C5 05 ;^ or S^l «— ^ ce — ^ co Ci ■"" "^ (M _^ rfl "^ 00 • -^ 00 iO ce D ^ 2 s s O '^ ^ -*-^ "^ "^ fi ^— -^ 'M O ^ • ' ç_' ,_, ce •<>i« O ■^ "" ■^ o -< -^ ^^ X oc o: i-O  â E s f^-i c: t- sn 13 ce "^ iO CD -0 l^ (^ 1^ 50 ot -?M S-1 o 1.0 50 "^ ■'^ SCI m Vf c. ce w s a a g -TT^ o CD o «: t- r- t-> c S c c < t 4 c C 5 r ) c - c 1h c Li „ "^ (^ se o ■rs œ ce h Ë S i O o o 'M 5^1 'M w fi ^ •-=: -5ï Pi- a. L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 401 Il y avait dansTabsorbeur U 75ciîde dissolution de potasse concen- trée, renfermant 30^-''" d'hydrate de potasse, c'est-à-dire un poids d'alcali 10 ou 13 fois plus grand que celui qui correspond à l'acide carbonique à absorber (sans formation de bicarbonate). Néanmoins on vérifie que l'azote extrait est exempt d'acide carbonique ; dans ce but, on soumet à l'analyse, les mesures étant faites à l'eudiomètre, un mélange par parties égales des trois portions de gaz extraites ; on trouve, h étant la différence des niveaux du mercure dans les deux branches de l'eudiomètre ou l'excès de la pression extérieure sur la pression intérieure du gaz dans l'eudiomètre, et t étant la température du gaz : Gaz initial introduit l'eudiomètre Après potasse dans .■■.■■; DAROMÈTKE t h 764™'",5 à 22°, i 764^ '\o à 22',! 22°,6 22",6 13»"', 13°"", 1 à 22°, 1 l à 22°, 1 Pas de variation de pression po ir le gaz à la suite du contact avec la potasse; donc pas d'acide carbonique. On a, dans la suite, vérifié aussi l'absence de l'oxygène. On n'a jamais trouvé dans l'azote extrait une quantité mesurable d'acide carbonique ni d'oxygène. On a donc : Azote gazeux disparu pendant l'expérience : 2935^^1 — 2927«'^8 = 7%3 = 9'ny,2. Chacune des G mesures d'azote ci-dessus comportant une erreur infé- rieure à ± 0cc,5, nous pensons que l'erreur maxima de la méthode directe est, pour une expérience-bien faite, de =b3>:«. MÉTHODE INDIRECTE. 1° Azote au début de V expérience. Sol. - 2M3?'',1 do terre sèche, à 8'"g'-,722 pour lOOs' . . Sli^'g^SS 450=^ de solution minérale 12iiigr,.30 Os^lSlo d'azotate de potasse ' 25"'S'-,20 Ssf de mélange de terre, et S'-'^ de delà jure . '13'"S'',60 268'"S'Vi8 Semence. — Un tubercule de topinambour a été divisé en deux 1. Exceptionaellement et pour cette seule expérience I, la solution minérale ordinaire a été addilionnéc de 03'', 1815 d"a/.otate de potasse. 102 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. parties, sensiblement égaies, l'une, de A'-'',31A, destinée au dosage de l'azote (procédé Kjeldahl), l'autre, de 4«'",195, devant servir de semence. Ammoniaque trouvée au dosage (correction faite pour l'alcali existant dans les réactifs employés) 4 a^^'^Si, soit 10™"''. 57 d'azote, soit 10™?, 13 d'azote dans la portion semée. Total de l'azote au début dans le sol et la semence : 268m«i-,18 + 10'"a'',13 = 278m?'-,3. 2° Azote à la fin de l'expérience. Récolte. — Il est venu en même temps que le topinambour une Capselle Bourse-à-pasteur; elle ne représente qu'un poids très faible par rapport à celui du topinambour; elle est jointe à ce dernier pour l'analyse. Azote dans les deux plantes, dosé comme ci-dessus (Kjeldahlj, 46'»K'-,31 . Résidu sableux demeuré insoluble après l'attaque des plantes à l'acide sull'urique et provenant de terre restée adhérente aux racines : 11 gr. Amiante. — Ammoniaque dans l'amiante du tube Q : 0"'"'',688, soit 0"'P'',57 d'azote. Eau distillée provenant de la dessiccation du sol. — Ammoniaque dans cette eau : 0"'sr,l44, soit 0'"Kr,i2 d'azote. Sol après dessiccation. — Poids du sol dont il y a à déterminer l'azote : 2463»'', 7 — 1 1 s-" (résidu sableux resté avec les plantes) = 2-452g'",7. !«'■ dosage d'azote dans le sol desséché. Terre employée : 225-^501 à 0fî^21)2 d'humidité p. 100 de terre sèche, soit terre sèche employée : 224s'',844. Azote gazeux trouvé : (à 0° et 760"'mj 1700^85(5, Coefficient de correction pour la lecture de la cloche : 0,98923. Volume corrigé : 17", 856 x 0,98923 = 17«,GG4. Détermination, par l'analyse eudiométrique ', du degré de pureté de l'azote : 1. On rechercjie dans le gaz étudié la proportion de bioxyde d'azote et celle des gaz carbures. L'analyse se fait par la méthode suivante : On mesure séparément dans l'eudiomètre un volume V du gaz étudié et un volume V d'air pur. On fait passer les deux gaz dans une clocbe-iaboraloire enduite de potasse. Après un quart d'heure, on mesure les deux gaz réunis et l'on compare leur volume actuel V" à la somme V -+ V. On prend pour le volume du bioxyde d'azote disparu g (V -f- V' — V") et pour celui de l'azote correspondant - (V -f- V' — V"j. On ajoute du L'AZOTK LIBRE I-T LES PLANTLS. 103 Il hauteur du baromètre; t température des gaz, constante pour toutes les mesures; F tension maxima de la vapeur d'eau à la température t; h dillerence des niveaux du mercure dans les deux branches do reudiomètre (le mercure est à la même température dans l'eudiomètre et le baromètre]. Gaz à analyser Air '. ... Gaz et air npres potasse Après étincelle . Après potasse . . H mm t F mm h H-F-h H-F-h p. 100 mm mm 765,8 •18", 7 16.0.3 478, s "271,23 100,00/ 765,7 1S>',7 16,03 541,25 208,40 76,83i 763,9 18'J,7 16,03 270.0 479,83 176,90 763.9 I8-.7 16,03 270,0 479.83 176,90 76;;, 9 18", 7 16,03 270,0 479,85 176,90 176,83 176,00 différence 0,07 La différence 0,07 est absolument négligeable. Ainsi, point de bioxyde d'azote. De même, point de gaz carbures (nous négligeons le volume de l'eau formée par la combustion du gaz de la pile, volume qui ici ne modifierait la pression que de 0,0o). On ne pousse pas plus loin l'analyse. Le gaz analysé est considéré comme consistant en azote pur. On a donc : Azote dans ^Mzr^SiS de terre sèche. D'où azote p. tOO de terre sèche .^ . . l'-'^^^Sm = 9 ngi-,875. 2e dosage d'azote dans le sol desséché. Terre employée : 223^^280 à 0,292 d'humidité p. 100 de terre sèche, soit terre sèche employée : 222-'", 630. gaz de la pile, on fait jaillir l'étincelle et l'on observe la contraction produite (en tenant compte, s'il y a lieu, du volume de l'eau formée, d'après la mesure approximative du volume de gaz de la pile introduit); puis on absorbe par la potasse l'acide carbonique qui a pu prendre naissance et l'on mesure l'absorption, i^'expérience a prouvé que, dans les cas que nous avons eu à examiner, le volume des gaz carbures était très sensiblement égal à celui de l'acide carbonique formé; on prend donc pour volume de ces gaz la différence des deux dernières lectures. La proportion de gaz carbures a toujours été tellement faible que si l'égalité que nous admettons n'est pas absolue, il n'en résulte aucune erreur appréciable. Enfin on fait disparaître l'oxygène restant par des additions d'hydrogène et des combus- tions; du volume final occupé par l'azote et l'hydrogène restants, on déduit une vérification du volume de l'azote contenu dans le mélange analysé. Nous parlons ici, pour plus de simplicité, de volumes gazeux; mais il est clair que dans l'eudiomètre on ne mesure et compare que des pressions (les pressions désignées ci-après par H — F — h). 104 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Azote gazeux trouvé (à 0" et 760"™) : iT-^SSô^ Coefficient de correction pour la lecture de la cloche : 0,98848. Volume corrigé \l'%2Gi x 0,98848 = 17^^065. Détermination du degré de pureté de l'azote : Gaz à analyser . Air H t 170,1 170,1 170,1 170.1 170,1 F h H-F-h H-F-h p. 100 186,16 , (lifTérence 0,36 185,80 ) mm 759,6 759,6 759,4 759.35 759,35 mm 14,51 14,51 14,51 14,51 14,51 mm 484,2 520,3 260,15 260,1 260,1 mm 260,89 22i,79 484,74 484,74 484,74 100,00 86,16 185,80 185,80 185,80 Gaz et air après potasse Après étincelle . Après potasse . . De 100 volumes du gaz à analyser, il y a à retrancher 0,36 X § ou 0,12 (différence entre le volume du bioxyde d'azote 0,36 X 5 et le volume de l'azote correspondant 0,36 x 3). Point de gaz carbures. Le gaz à analyser contient 99,88 0/0 d'azote. On a donc : Azote dans 222g'-,63 de terre sèche : l7^-c,06o x 0,9988 = 17«c,045 A ajouter une petite bulle d'azote mesurée à part. . . . 0^'",07l Azote total dans 222s'-,63 de terre sèche. . . . t7'=Sll6 Soit p. 100 de terre sèche. . . . 7-^%688 = 9m?'-,C64. Moyenne des deux dosages : Azote dans 100 de terre sèche 9mgr.875 + 9mpi-,6G4 9mg>',77. Par suite, azote dansles2452o'',7de terre sèche ci-dessus : 239™s'',63. RESUME DE LA METHODE INDIRECTE. Azote an début. Sol 268nis'-,t8 Semence lOmgi.lS 278'"g'-,3I Azote en plus à la fin : 8""g'',3. Azote à la fin. Récolte 46mgr,31 Amiante 0"'g'-,57 Eau distillée du sol. 0"ig'',12 Sol desséché. . . . 239mgi',63 286"'g'-,63 L'AZOTE LUÎRE ET LES PLANTES. 103 L'écart existant ici entre les deux dosages d'azote dans le sol final (9'"si,87o et 9™-'",GG i) est le plus grand qu'on ait rencontré. Il donne une idée de l'approximalion avec laquelle se détermine l'azote du sol à la fin de l'expérience, détermination qui est, de beaucoup, la principale source d'erreur. Nous estimons à =h 4'"-'' l'erreur maxima que comporte la méthode indirecte pour une expérience bien faite. COMPARAISON DES RÉSULTATS DES DEUX MÉTHODES. Méthode directe. Azote gazeux disparu. 9'"Si',2 Méthode indirecte. Gain d'azote 8ngr^3 La concordance est très satisfaisante. RÉSULTATS DES ANALYSES DE GAZ EXÉCUTÉES AU COURS DE l'eXPÉRIENCE ; QUANTITÉS d' ACIDE CARBONIQUE INTRODUIT ET d'oXYGÈNE ABSORBÉ. (Ces quantités sont données en centimètres de mercure observés sur le tube H. — L'analyse a toujours précédé l'introduction ou l'absorption de gaz faite le même jour.) 19 mai 3) mai 2 juin 6 juin.. . . . 7 juin 10 juin.. ... 12 juin 13 juin 1.3 juin 17 juin 18 juin 20 juin 22 juin 23 juin 2G juin 27 juin ANAL Acide carbonique. i YSES Oxygène. /o Acide carbonique introduit. (Kygène absorbé. 3,7 0,1 0,9 1,8 1.3 6,9 2,6 6,0 .3,6 3,3 4,8 22,9 27.0 23,2 22.3 27.3 i6,9 22,1 24.0 24,0 18,3 3,3 3^3 2^0 3c,3 o«.5 3s0 6^2 oc,2 7.,2 6c,3 8^5 3c,3 34^2 Total de l'acide carbonique introduit : 34«,2; total de l'acide carbo- nique décomposé : environ 32'', soit 2 litres 0. Il ne faut pas établir de comparaison rigoureuse entre les quantités 106 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUll. d'acide carbonique décomposé par la plante et les quantités d'oxygùne apparu; les mesures ci-dessus n'étaient pas assez exactement faites pour permettre une telle comparaison; elles nous suffisaient ainsi amplement. Nous résumerons maintenant les expériences de la 1''^ série de 1891. Nous donnerons, avant les chiffres, quelques renseigne- ments sur les cultures. I. Topinambour. — Un demi-tubercule, pesant i"^,i9^, mis enterre le 2 mai. Récolte le 30 juin. L'expérience a été plus courte que toutes les autres. Elle a été interrompue prématu- rément, parce que le topinambour ayant grandi rapidement et atteint depuis plusieurs jours le sommet de son allonge, com- mençait à souffrir du manque d'espace. Son extrémité supérieure s'était développée abondamment dans la partie étroite de l'al- longe ; la tige y était contournée sur elle-même. La consommation d'acide carbonique, qui permet de suivre le développement des plantes, avait été très active vers le 15 juin ; mais dès le 20 juin, elle s'était beaucoup ralentie. Total de l'acide carbonique décomposé : environ 2''^0. Poids de la plante fraîche, après lavage des racines : à peu près 17 grammes. Hauteur 50*^, une seule tige. La plante n'a pas été jusqu'à floraison. IL Avoine des Salines. — 5 graines, pesant O^'^ISO, semées le 7 mai; 3 lèvent. Les plantes manquent aussi d'espace en hauteur. Elles se développent beaucoup dans la partie étroite de l'allonge, sous le bouchon. Elles jaunissent finalement en grande partie. Récolte le 4 août. Total de l'acide carbonique décomposé : environ 6 litres. Hauteur des tiges 49^ Un des pieds porte 5 tiges, un autre 4, un autre 3. Aux nœuds, nombreuses racines adventives. Une grappe avec 3 épillets normaux et 2 avortés sur une tige restée verte. Racines très ramifiées, longues de 30^ Poids des plantes fraîches, 23 grammes. ni. Pois (FiUbasJa't). — 3 graines, pesant 1 -■',257, semées le 7 mai. Toutes trois lèvent. Récolte le 7 août. Total de l'acide carbonique décomposé : environ 4 litres. Hauteur des plantes 49- ; un des pieds porte 1 tige, un autre 3 en bon état, un autre très peu développé a 3 tiges malingres. 10 fleurs de dimen- sions normales et complètes, toutes sur le second pied; nom- L'AZOTH LIIUIE ET LES PLANTES. 107 brouses nodosités sur les racines. Un pied do Poa annua esl venu avec les pois; il a 8 tiges et porte des grappes d'épillets; il mesure 62'^ de long-. Il est joint aux pois pour l'analyse. Poids des pois frais : 17 grammes; poids du pied de poa : 4 grammes. A la fin de juin, les pois sont d'un beau vert. Le 4 juillet, on constate qu'ils sont plus pâles ; les feuilles du bas jaunissent. Le 13 juillet, il y a des feuilles sèches dans le bas ; d'autres par- lies, 3 rameaux nouveaux, sont bien vertes; les boutons floraux apparaissent. IV. Tabac (graine d'Isère, originaire du Paraguay). — Deux graines semées le 9 mai (on les enferme chacune dans une petite boulette de terre qu'on enfouit à 3 ou 4 millimètres de profondeur dans le sol). Une seule lève. Récolte le 7 août. Total de l'acide carbonique décomposé : environ 4 litres. Trois liges, deux de 10c et une de 9*^. Les plus grandes feuilles ont 10^5 de longeur et 5*^ de largeur. Racines assez ramifiées. V. Témoin. — Mis en expérience le 9 mai. Fin de l'expérience le 8 août. L'allonge renfermant le sol fait partie d'an appareil complet, tel que celui qui a été décrit et qui est employé pour les expériences avec culture. YI. Témoin. — Du 14 mai au 3 juillet. —Le sol, identique sous tous les rapports à celui des expériences précédentes, est enfermé dans un flacon. YII. Témoin. — Du IS mai au 7 août, même disposition que pour YI. A ces deux derniers témoins, on applique seulement la méthode directe. Yoici maintenant les résultats numériques de ces expériences. METHODE DIRKCTE. Azote gazeux jin;iiaL.. En plus j=i"'^î'^'b"t- (à la fin. . I Topinambour II AVOI.NE III 1> I s IV TABAC V TÉMOIN VI TÉMOIN VII TÉMOIN 29?.5'^^M 2927-^^8 2660^-'--,3 2629«S7 29o5t:c,7 2881''c,7 3241>.-'!,8 3222CC 7 3203cm 3i92c^-,l 901cc,9 903'-c,4 8o2»;c,9 Sol'^c.G 7«c,3 = 9™;-', 2 30c'^,6 = 38"'S,.5 = 93"i;-'.3 = 24>iig,0 » 1 ice, 1 = 13n'g,9 » lcL-,3 1G8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. HH l-H > HH > 00 O cr oo lyt ^^ ,^ (M •CD cc^ CD 20 05 o O^ CO r- 00 t," L,*^ t^*^ ^* ï- '^' :_' t. t,' ^ "* t,** > te te CD te te se' te to s 5 p E = != := c c s% P -<* iô S^ o rM S^ O O sT: f- •^ ^ .—H '^ S 5j ëb 5: te c Te te tC' C te p 1 te « S ■^ ■5i "5^1 O 'fi Ô o O CO Ô ce :?■ S-» ■^ ce (M S^ 'M (N 3-1 oo O O -<* (M œ O CO t- O 00 «D îO (M (M CO -r^ o (N (M «-M l-l H-4 te ec ti' tp te «) & t. te 5) te 5c « a ■^ îÔ ^M Ô cô ^^ Ô Ô sq ■^ vH -r- —.^ ~* 00 e^i o 00 O sï S^l "^ 5-1 CO -th 00 O O S^ C 1^ ce SO (M c 00 œ iO 00 00 "^ _ C o ce 3^ ~* u t- t- HH 6p Et te CD to te te te te te tp l-H ■^ C (?1 a ft Ô Ô f^ h fOi •^ -ir-< "^ ce '^ 00 CO iM (M (?1 3-1 00 O o Oî _^ _^ r-- 'M CO CO 00 CO^ r-^ ce ot îO ce 00 hH ce te r^" f-c tp te te te te te tp ■^ JO r- C ôc ÎC Ô Ô &. c ce cô — T^ ce r- '^ et OC (M (M <3^ 3-1 co OJ ij ; «^ ■OJ D ^ i 3 ; o ■o 3 .£, O Terre sèche correspondant aux 5 grammes de mélange de terres. 4si',7 i ~ ~ •- Sels ajoutés avec la solution minérale If, 3 ) A déduire : 556r,8 Sol sous-jacent : i'416i;'',4 Azote dans le sol sous-jacent: 0'"gs09755 X 2415,4 — 235i"f,G2. 2. Azote dans les 2472g'', 2 de sol, supposé sec, au début : 24.2i"oi',!)8 (voir le tableau ci-dessus des résultats des expériences). D'où : azote au début dans 24l5gi-,4= 237mg',/i.9. 3. Au 'aux de 9'ngi',7oS pour 100 grammes, les aosi',8 de terre de la couche superficielle renfermaient 5"io'',44. d'azote. Il y avait donc dans les plantes vertes inférieures 22">si',12 — Siiisi',.U ou 16'"oi',68 d'azote, c'est-à-dire que ces plantes conte- naient tout l'azote fixé dans l'expérience aux dépens de l'azote libre (-f- 2mS'' environ tires du sol, mais ce dernier nombre est de l'ordre des erreurs possibles). L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. Hl absorption de composés azotés, absorption dont les végétaux sont généralement capables pour tous les physiologistes, et avaient rejeté Tidée d'une fixation d'azote libre (Comptes rendus, t. CYJ, 1888, et t. CXIII, 1891). Nous tenons à rappeler que ce que nous avons désigné sous le nom de plantes vertes inférieures, était un ensemble com- plexe d'êtres parmi lesquels ont été reconnues des algues et des mousses que nous avons nommées, ces dernières atteignant parfois plusieurs millimètres de haut. C'est à cet ensemble qu'a été due la fixation d'azote libre; nous ne saurions actuelle- ment préciser davantage. 2"^ SÉRIE d'expériences (août-octobre). Il était nécessaire d'entreprendre de nouvelles expériences dans lesquelles l'influence des plantes vertes inférieures serait éliminée. C'est ce résultat qu'on a cherché à obtenir dans la 2^ série. Les expériences ont été disposées et exécutées comme les précédentes. On a réussi à éviter le développement des plantes vertes inférieures par un artifice très simple, consistant à recou- vrir la surface des sols, après l'enfouissement des g-raines et l'arrosage avec la délayure de terre, d'une couche de quelques millimètres de sable quartzeux calciné. Dès lors, aucune trace de matière verte n'est apparue, et, sauf pour les pois on n'a plus observé d'absorption d'azote libre, ainsi qu'il ressort des chiiïres donnés plus bas. Il eût été bon d'employer dans cette seconde série les mômes plantes que dans la première; mais, comme semence de topi- nambour, on n'a pas trouvé de tubercule qui fût demeuré, au milieu d'août où l'on était, en bon état de conservation; et quant au tabac, il était trop tard pour songer à en semer. Conditions communes aux expériences de VII à XIII. 2,000 grammes de terre de Montretout à i,46o d'humidité p. 100 de terre sèche, soit terre sèche employée : 1, 9718'", 1. Cette terre contient 8"'sr,722 d'azote total p. 100 de terre sèche, soit dans les l,971g'',l de terre sèche, I71'"fe'',92 d'azote ; 5 g^rammes d'un mélange de diverses terres riches conte- 112 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. liant, avec S"^*^ de délayure obtenue comme dans la première série, 18"^g^33 d'azote; 28', 5 de carbonate de chaux pur; 15'='^ d'eau de lavage; 2-jO" d'une solution minérale de même composition que dans la première série, si ce n'est qu'elle est exempte d'azote (on n'y a ajouté de l'azotate de potasse que pour les expériences XII etXIII). Total de l'eau contenue dans la terre : 298"'', 9, soit 13,2 d'eau p. 100 de terre humide ou 15,2 p. 100 de terre sèche. Le sable quartzeux calciné renferme 0'''^,230 d'azote pour 100 grammes de s:ible sec. Observations sur les cultures. Vin. Témoin. — Du 14 août au 17 octobre. La surface du sol a été, comme pour toutes les expériences suivantes, arrosée avec la délayure des terres, avant d'être recouverte de sable quartzeux calciné. Aucune trace verte n'y est apparue. Poids du sable quartzeux : 151o'",6. IX. Avoine des Salines. — S graines, pesant 0°r,204.j, semées le 11 août. Récolte le 20 octobre. Total de l'acide carbonique décomposé : 2''',6* Hauteur des tiges : 0'^,oO. Les axes des pani- cules sont formés; mais il n'y a pas d'épillets. Racines assez ramifiées, longues de 0'",25. Un accident survenu lors de l'ex- traction des gaz empêche de mesurer l'azote g-azeux existant à la fin de l'expérience. Poids du sable quartzeux : 134^'", 5. X. Pois (Fillbasket). — 3 graines, pesant lfe''',024, semées le 17 août. Deux graines germent. Récolte le 29 octobre. Acide carbonique décomposé : 3''', 7. Hauteur des liges : 0'",64. Qua- torze fleurs avec corolle blanche, les unes fermées, les autres épanouies ou près de s'épanouir. Volumineuses nodosités sur les racines. Poids du sable quartzeux : 94&'',5. XI. Moutarde blanche. — 7 graines, pesant 0"'',072, semées le 17 août. Récolte le 24 octobre. Acide carbonique décomposé : 2'", 2. Hauteur des tiges les plus élevées : 0''\55; la plus petite a 0'°,25. Une lige porte un bouquet de boutons non épanouis. Poids du sable quartzeux : 99g'',6. L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 113 XII. Cresson alénois. — 20 graines, pesant Os'', 047, semées le 18 août. Récolte le 24 octobre. Acide carbonique décomposé : 3''*,0. Hauteur des tiges : 0'",G5. Elles ont donné de très nom- breuses fleurs; silicules développées normalement; un petit nombre seulement renferment des graines. Poids du sable quart- zeux : 92g%8. XIII. Spergule géante. — 30 graines, pesant 0s'',0285, semées le 18 août; quatorze ont levé. Récolte le 25 octobre. Les plantes sont restées petites. Hauteur 0",06 environ. Poids du sable quartzeux : 93 grammes. Le tableau ci-après présente les résultats numériques des mesures et dosages. MÉTHODE DIRECTE Azote gazeux! i^'H'^l"-- ^ (final .... lau début En plus { fàlafin..^ 1 VIII TÉMOIN IX A V (J I iN E X POIS XI . MOL'IAIltlE XII CHESSON XIII S|'Ktl(;ULE 3.101cc^3 3.100'-c,5 3.023cc,9 3.103^^3 2.996^'«,!2 3..y03cc.,l 3.;j0.jc^2 3..48.5'-S7 3. 488 '-^'•,7 3.4.77ci!,S 3.479'-«,4 » » )) 107c«,l =134''>ë,6 » » 3'-'-,0 = 3'"S,8 lcc,9 = 2'"g,4 METHODE INDIRECTE Azote initial. Azote final. . En plus.. Terre de Montretout. . ogr.de mélange de terre et .^cc de délayure... Azote nitrique ajouté.. Sable (juartzeux Semence Total . Récolte Amiante Eau distillée du sol , Sol Total. f Au début, j A la lin... VIII 171,92 18,33 0,33 .90,60 0,10 0,02 194,47 194.,ii9 4,0 IX nig 171,92 18,33 0,31 3,05 193,61 18,38 0,10 0,02 176,96 19o,'î6 1,S X 171,92 1 8,33 0,22 32,76 223,23 170,54 0.08 0,01 193,06 365,69 142,4 XI 171,92 18,33 0,23 3,98 194,46 17,31 0,19 0,03 174,44 191,97 2,0 XII 171,92 18,33 14,00 0,22 1,92 206,39 28,65 0,19 0,0 179,39 208,44 2,0 XIII 181,92 18,33 14,00 0,22 0,49 :i01,96 10,16 0,16 0,01 197,83 208,16 iU ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Les résultats des deux méthodes concordent, aux erreurs admises près. En ce qui concerne les pois, nous renvoyons à une observation déjà faite pour expliquer l'excès du gain d'azote résultant de la seconde méthode sur la quantité d'azote fixée d'après la première (page 95). On le voit, dans cette deuxième série, en l'absence de toute trace de végétations vertes inférieures, le sol nu du témoin n'a point fixé d'azote en quantité mesurable ; l'avoine (d'après la méthode indirecte), la moutarde, le cresson, la spergule, n'en ont point fixé non plus ; dans des conditions identiques, les pois en ont absorbé abondamment. RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS Les expériences qui viennent d'être rapportées, ont toutes, sauf de rares exceptions, été exécutées avec le concours des deux méthodes que nous avons appelées directe et indirecte. Les deux méthodes, destinées à se contrôler l'une par l'autre, la première mettant spécialement en évidence l'origine de l'azote fixé, quand il s'en fixe, ont toujours concordé dans les limites des erreurs admises. Au point de vue des résultats numériques, les expériences sont donc satisfaisantes et paraissent dignes d'inspirer confiance. Dans une première campagne (1890), on a voulu vérifier le fait de la fixation de l'azote libre par les Légumineuses. On a fait pousser des pois dans un sol presque absolument exempt d'azote, stérilisé par la chaleur, puis ensemencé des microbes producteurs des nodosités. Les pois ont emprunté à l'azote libre de l'air plus de la moitié de l'azote qu'ils contenaient finale- ment, le reste leur ayant été fourni par leurs graines. Des pois venus en même temps, dans un sol identique mais sans microbes, n'ont point fixé d'azote libre. L'année suivante, les recherches ont été étendues à des plantes autres que des Légumineuses. Le sol a consisté en une terre naturelle, pourvue, autant que possible, des divers orga- nismes vivants qui se rencontrent dans de bonnes terres. On a cultivé des plantes appartenant à diff"érentes familles botaniques et, en même temps, des pois, représentants de la famille des Légumineuses. Deux séries d'expériences ont eu lieu. Dans la L'AZOTE LIBRE ET LES PLANTES. 115 première, la surface de tous les sols s'est recouverte, à des degrés variés, de plantes vertes inférieures ; mais pour deux témoins, le développement de ces plantes a été très faible. Toutes les expériences, sauf ces deux dernières, ont fait consta- ter une absorption d'azote gazeux certaine. Dans l'une d'elles, sans plante supérieure, le sol s'étant couvert d'une notable quantité de plantes vertes inférieures, on a étudié la répartition de l'azote dans le sol et les plantes; on a trouvé dans les plantes tout l'azote gagné, et dans le sol situé au-dessous un gain d'azote nul. On a réussi, dans une deuxième série d'expériences, à éviter absolument la production des végétations vertes infé- rieures. Dès lors, on n'a plus constaté de fixation d'azote libre, ni par le sol, ni par les plantes, si ce n'est toujours par les pois. Nous devons faire remarquer que les plantes obtenues dans ces diverses expériences n'ont pas pris tout le développement qu'elles sont susceptibles d'acquérir en pleine terre *. Mais plusieurs, l'avoine, la moutarde, le cresson, sans parler des pois qui, dans la 2^ série, étaient très beaux, ont atteint des dimensions fort convenables. De tout ce qui précède, nous tirerons les conclusions sui- vantes, que nous ne donnons pas comme nouvelles, mais comme trouvant dans nos expériences une base solide qui leur manquait : 1° Les Lég-umineuses, ou du moins les pois, peuvent préle- ver larg-ement de l'azote libre sur l'atmosphère, et faire passer cet azote dans leur propre substance à l'état de combinaison ; 2° Il y a des plantes vertes inférieures qui jouissent de la même propriété ; 3° Dans les conditions de nos expériences, les sols nus, c'est- à-dire exempts de toute végétation apparente, n'ont point fixé d'azote libre en quantité mesurable ; l'avoine, la moutarde, le cresson, laspergule, n'en ont pas fixé davantage, alors que, dans des conditions identiques, les pois en fixaient abondamment ^. 1. Il est difQcile (non impossible, croyons-nous) d'obtenir en vase clos des plantes à très peu près normales. Mais ici, il y avait encore un obstacle au déve- loppement des plantes, savoir la faible teneur du sol en azote facilement assimilable, 2. M. Gagnebien nous a prêté, dans l'exécution de ces rechercbes, le plus habile concours. Nous avons plaisir à lui en exprimer ici tous nos remercie^ ments. m L'HISTOIRE DU DiVELOPPlMT ET DU MODE DE PROPMATION DE lA TUBERCULOSE DES ARTICULATIONS Par m. a. D. PAWLOWSKY, professeur a l'université de kiew. Parmi les questions encore controversées de l'étude de la tuberculose, une des plus importantes est celle de l'origine du tubercule et de son mode de développement. Faut-il attribuer sa formation aux cellules du tissu conjonctif, comme le veut M. Baumgarten, ou aux leucocytes, comme le pensent quel- ques autres savants? Dans l'espoir d'avancer la solution de cette question et de contribuer ainsi à édifier la doctrine de développement du tubercule, j'ai étudié au laboratoire de l'Insti- tut Pasteur la tuberculose des articulations. Pour cela j'ai injecté des cultures du bacille tuberculeux sur glycérine peptonée ' dans les articulations du genou des cobayes. Ensuite j'extirpais ces jointures après 1/2-1-2-3-4-6-8-10 jours, et après 2-3-4-5-6-8 semaines, pour les soumettre à l'examen histo- logique. Des morceaux de tissu, provenant des animaux tués par le chloroforme, étaient conservés dans l'alcool, ou dans le liquide de Flemming, ou dans une solution à 0,2 0/0 d'acide chromique (d'après Baumgarten), ou inclus dans du celluloïde, et étudiés après coloration par la safranine ou le carmin alu- mine pour les tissus, par la méthode d'Ehrlich, de Weigert et de Ziel pour les bacilles. Avant tout je dirai quelques mots sur les changements macroscopiques de l'articulation inoculée. C'est seulement vers le quatrième jour qu'apparaît une hyperémie du cartilage. Vers L Les mêmes que celles qu'employait M. Yersiii, ;'i côté duquel je travaillais au laboratoire. TUBERCULOSE DES ARTICULATIONS. 117 le sixième jour, l'articiilalion esL gonflée, rinjection du cartilage est forte; la membrane synoviale est tant soit peu raboteuse, et d'une couleur grise ; quelquefois il y a un peu de liquide laiteux dans la cavité de la jointure. Les glandes inguinales sont gonflées. Vers le douzième jour, le tissu périarticulaire est œdé- mateux. Après trois semaines l'articulation est assez souvent remplie de pus, les cartilages sont rongés, d'une couleur grise ; la tunique synoviale est fortement épaissie, couverte d'une couche de pus caséeux et de granulations molles; les os sont mous. Vers la sixième semaine, la jointure est fortement grossie et remplie de granulations épaisses; la membrane synoviale est parsemée de petites nodosités grises, quelquefois de petites pustules caséeuses; il y a bien rarement une suppuration caséeuse dans le tissu périarticulaire ; les glandes ing-uinales et abdominables sont gonflées. L'état se maintient ainsi quelquefois durant deux mois, tantôt avec une suppuration plus ou moins copieuse, tantôt avec la complication de gTanulations fong-ueuses plus ou moins abondantes. L'examen microscopique des coupes de la tunique syno- Fig. 1. Coupe verticale de la membrane synoviale, a, cellules du tissu conjonctif (endothélium) avec des bacilles. — b, cellules du tissu conjonctif de la paroi articulaire avec des bacilles. Hartnack 1/12 Hom. Oc. i. viale (fig. 1), fait après 42 heures, montre que les bacilles pas- sent d'abord de la jointure du genou dans son endothélium, et de là dans les fentes lymphatiques du tissu conjonctif de la tuni- que articulaire. Là, ils rencontrent et infectent les endothé- liums ou les cellules immobiles du tissu conjonctif, et pour il8 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. cela, ils passent d'une cellule à l'autre (fig. 2), en se servant de leurs prolongements comme de ponts. Après 12-24 heures, on voit souvent, dans le tissu conjonctif encore complètement inaltéré, loin des endroits déjà dégénérés et granuleux, des groupes de cellules, infectées par les bacilles, dont la voie de pénétration est comme jalonnée par quelques exem- plaires restés en arrière. De même on voit déjà après 12 heures, Fig. 2. Propagation des bacilles dans le tissu conjonc- tif de la paroi articulaire, 12 heures après l'injection. Fig. 3. Bacilles tuberculeux dans le liquide synovia de l'articulation du genou, 12 heures après l'injection, a, leucocytes avec bacilles. — b, cellules du tissu conjonctif (endothéliales) de l'articulation. quoique rarement, de vrais globules blancs dans le liquide synovial, avec des bacilles dans le protoplasme. Bientôt aussi, quelquefois après 24 heures, se révèlent des parties envahies de part en part par des cellules fongueuses, et on commence à apercevoir, quand on y regarde avec attention, des bacilles dans les cellules fusiformes polygonales du tissu conjonctif (fig. 3), celles dont le protoplasme est granuleux et le noyau grand et pâle ; il y a aussi des bacilles dans les globules blancs. Cette pré- sence simultanée des bacilles dans les cellules du tissu conjonctif et dans les globules blancs se rencontre à toutes les périodes de la tuberculose des articulations, provoquée artificiellement, de 12 heures jusqu'à deux mois inclusivement. 11 est certain que dès les premiers moments de l'infection, s'engage, dans les tissus, une lutte vive à laquelle les corpus- cules blancs prennent une part active. On ne peut pas en suivre les progrès dans la région fongueuse, là où la mêlée est la plus confuse; mais, aux limites de celte région, on trouve une zone TUBERCULOSE DES ARTICULATIONS. 119 oïl les globules blancs sont plus rares et les phénomènes histolo- giques plus visibles. Là on voit quelquefois (fig-. 4), réunis autour d'une cellule du tissu conjonctif infectée de bacilles, 1-2-3 globules blancs, étendant leurs prolongements vers les bacilles; il y a aussi des bacilles dans les g-lobules blancs, mais en quantité moindre que dans les cellules du tissu conjonctif. Quel- quefois les bacilles se trouvent déjà dans le prolongement du globule blanc, quelquefois aussi seulement en face de lui, et encore situés dans la cellule, etc. Ce phénomène se rencontre Fig. L Amas de leucocytes {b,b) autour des cellules {a, a) du tissu conjonctif. Migration des bacilles dans les leucocytes, 30 heures après l'injection. • encore souvent, plus tard, dans le développement de la tubercu- lose des jointures. Après 36 heures, la région envahie par les granulations compactes s'est élargie, et le réseau du tissu adipeux périarticu- laire présente déjà, çà et là, des globules blancs chai'gés de bacilles. En dehors de cette zone de granulations compactes et de cellules du tissu conjonctif, entourées de globules blancs, s'en trouve une autre en apparence intacte. Les bacilles se trouvent déjà, par-ci par-là, dans les cellules du tissu conjonctif de cette zone, et aussi dans les fentes lymphatiques. Un peu plus loin, tout semble être resté à l'état normal, et pourtant on peut y voir, par-ci par-là, quelques exemplaires de globules blancs chargés de bacilles. Déjà après 24 heures, plus souvent après 3G heures, on 120 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. voit sur des coupes (fig. 5, 6), des globules blancs, chargés de bacilles, dans le tissu conjonctif, entre les fascicules des fibres musculaires et dans le réseau du tissu adipeux périarticulaire. Après 40 heures, les bacilles sont toujours dans le liquide articulaire, en grande partie dans les cellules endothéliales dont ils repoussent le noyau, en quantités plus faibles dans les globules blancs. En même temps le processus inflammatoire s'étend dans le tissu, en suivant toujours la même marche, et pendant toute la période du développement du tubercule, l'érup- Fig. 5. Bacilles contenus exclusivement dans les leu- cocyes b, — o, cellules du tissu conjonc- tif, 64 heures après l'injection. Fig. 6. Leucocytes (a) chargés de bacilles, entre les faisceaux musculaires inaltérés (i), loin du point d'injection, 12 heures après l'opé- ration. tion des tubercules neufs et jeunes se continue aussi bien que la propagation des bacilles tuberculeux dans l'organisme. Dans chaque coupe, on peut suivre l'envahissement des éléments des tissus, étudier les premiers commencements du tubercule et construire toute l'histoire de son développement. Aussi, en continuant celte description, me bornerai-je à signaler, à mesure de leur apparition, les faits nouveaux et saillants que révèle l'examen microscopique. Yers le sixième jour, on peut en signaler un : c'est l'appari- tion de petites pustules contenant un pus caséeux, visible macroscopiquement, sur la tunique synoviale et dans sa substance. Sur dos coupes on voit des parties entières de la synoviale criblées d'éléments pyogènes (avec des contours indistincts), de fragments de noyau qui se colorent mal, et qui sont parfois disloqués en granules présentant les signes de la dégénération adipeuse. Outre cela on voit clairement, ça. etlà, des bacilles tuberculeux, dispersés sur un fond pâle de granulations TUBERCULOSE DES ARTICULATIONS. 121 indistinctes et amorphes provenant des éléments cellulaires. Je n'ai eu delà suppuration tuberculeuse que dans quelques expériences; mais dans d'autres, lorsque la quantité de bacilles injectés était faible, on observait des changements progressifs aboutissant à la tuberculose miliaire de la jointure. Au huitième jour, à côté des globules blancs typiques on en voit de plus grands, polygonaux, ovales, avec un protoplasme volumineux. A côté de ceux-ci se trouvent déjà des globules blancs tout pareils, couchés auprès des cellules du tissu conjonctif, dont les noyaux sont fortement teints, mais qui ont encore conservé leurs dimensions et leur affinité pour les couleurs d'aniline. Enfin il y a aussi des cellules épithéliales jeunes, avec un noyau de la même dimension que celui des cellules du tissu conjonctif, mais encore fortement coloré. Vers le 10"-12^ jour, on voit par-ci par-là, répandus dans le tissu, des amas de cellules épithélioïdes du tissu conjonctif, avec des globules blancs insinués entre elles, et des formes de transition, depuis les globules blancs jusqu'aux cellules épithé- lioïdes jeunes. Peut-être ces changements progressifs dans les globules blancs se manifestent-ils un peu plus tôt dans le tissu; mais je ne les ai pas remarqués avant le terme indiqué plus haut. En poursuivant le développement du procès tuberculeux dans la jointure, j'ai vu, outre l'infection incontestable et successive de tout un système de fentes et de cellules du tissu conjonctif, de la karyokinèse apparaître du 15^ au 21^ jour dans le tissu. Les cellules du tissu conjonctif, tombées danslazonedePinfection, s'agrandissent au fur et à mesure que le procès tuberculeux se développe; leur protoplasme se gonfle, et elles se métamor- phosent en cellules polygonales formatrices ou épithélioïdes {Bildimgszellen, Epitheliuidzellen de Ziegler). Comme nous l'avons vu plus haut, une partie de ces cellules provient des globules blancs, par agrandissement de leur protoplasme et de leur noyau. C'est justement dans ces cellules épithélioïdes que les phéno- mènes de la karyokinèse s'observent, c'est-à-dire des figures en forme de pelotes, d'astres et de métakinèse, et point celles de la division directe, au moins en colorant avec de la safranine ou par la méthode de Gram. Cette karyokinèse, dont l'existence est siire pour les cellules du tissu conjonctif, est-elle exclusive à leurs descendantes épithélioïdes dans le tubercule, ou s'étend-elle 122 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. aussi aux cellules épithélioïdes dérivant des globules blancs? Je ne saurais le dire avec précision, rien nepermettant de distinguer ces différentes cellules épithélioïdes les unes des autres. Mais qu'il y en ait provenant des globules blancs, c'est ce que démontrent les formes transitoires observées. Ainsi donc, je ne peux que confirmer le fait de la karyokinèse dans les cellules épithélioïdes du tubercule, en reconnaissant la double origine de ces dernières. Les cellules épithélioïdes des tubercules jeunes ont assez de résistance dans la lutte contre l'infection. Ordinairement on ne voit pas de symptômes d'une métamorphose régressive, ni dans leur protoplasme, ni dans leurs noyaux, ni dans leurs rapports avec les substances tinctoriales. D'un autre côté, il n'y a pas de doute que les bacilles ne se multiplient dans leur intérieur. Une fois arrivés dans le protoplasme, ces bacilles se trouvent générale- ment en amas multiformes repoussant parfois le noyau devant eux. Pendant que la multiplication se poursuit, ce noyau résiste, mais à la fin il est atteint, la cellule se détruit, et à sa place on trouve un amas debacilles qui en conserve grossièrement la forme. En outre de ces amas de bacilles, et des cellules mortes du tissu conjonctif, il y a encore des cellules épithélioïdes d'une dimension plus grande que celles dont j'ai signalé l'apparition au 8^-10^ jour. Les unes ont un noyau grand et pâle et un proto- plasme clairement délimité, tandis que les autres portent des signes de la karyokinèse. Des globules blancs se sont insinués entre elles avec un noyau tantôt divisé et distinctement coloré, tantôt déjà avec un noyau rond, mais conservant encore un coloris bien prononcé. Le cercle de protoplasma qui entoure ce noyau est tantôt grêle, tantôt plus épais ; enfin il y a aussi des cellules polygonales riches en protoplasme, presque de la même dimension que les cellules du tissu conjonctif: ce sont des cellules jeunes, épithélioïdes, avec un noyau encore fortement coloré et un protoplasme succulent. Leur lien de parenté avec les globules blancs saute promptement aux yeux, vu la ressem- blance des protoplasmes, celle de la dimension etde la coloration du noyau, vu aussi toutes les formes transitoires, du globule blanc jusqu'à la cellule épithélioïde. Donc nous avons dans cette période des tubercules épithélioïdes jeunes. Après 21 jours, en dehors des parties envahies par des gra- nulations compactes, et loin d'elles, on trouve de petits tuber- TUBEIICULOSE DES ARTICULATIONS. 123 cules microscopiques où les cellules épithélioïdes sont plus larges que dans les préparations de IS jours. On les rencontre en nids composés de 6-7 pièces, dont 3-4 ont un noyau grand et pâle. Les autres, à noyau plus petit et distinctement coloré, conservent tous les signes de leur filiation avec des globules blancs, dont quel- ques exemplaires se rencontrent au nombre d'un ou de deux entre les cellules épithélioïdes. Lorsqu'on colore avec de la safranine et selon la méthode de Gram, on observe des figures de karyokinèse en forme de pelote et d'astre dans les cellules épithélioïdes. Fig. 7. Infiltration des trabécules du tissu cellulaire Tubercule dans l'articulation d'un cobnyc adipeux autour de l'articulation, a, a noyaux 2 mois après l'infection, a, a, leucocytes et des trabécules. b, b, leucocytes avec bacilles. leurs formes de transitions, b, cellules épi- thélioïdes. c, cellules en karyokinèse. Vers la quatrième semaine apparaissent par-ci par-là de grandes cellules épithélioïdes du tissu conjonctif avec 2-3 noyaux ; des tubercules typiques. Il y a aussi, quoique rares et épars, entre les cellules épithélioïdes, des globules blancs et leurs formes transitoires, progressives, vers les cellules épithélioïdes. Les cellules épithélioïdes contiennent moins de bacilles tuberculeux. Quelquefois on rencontre des endroits dont la texture est entiè- rement pénétrée de cellules épithélioïdes. Rarement on y voit des phénomènes de karyokinèse, mais entre elles apparaît un réseau grêle formé des fibres du tissu conjonctif, restes de l'ancienne texture normale, écartées et désunies par les cellules épithélioïdes nouvellement formées. On ne voit pas de cellules géantes. Vers la.^'^-G^ semaine, on voit des tubercules épars, typiques, dans le tissu. Les bacilles ne s'y rencontrent qu'en nombre insi- gnifiant, par un ou deux, dans une cellule épithélioïde. Par-ci 124 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. par-là on observe des tableaux histologiques semblables à ceux que nous avons dépeints plus haut, comme étapes de l'infection tuberculeuse croissante; on observe enfin une série de métamor- phoses régressives, en forme de décomposition et dégénération adipeuse. Les noyaux des cellules dég-énérées se teignent mal; le protoplasme est granuleux, inégal, mal limité. En un mot, dans ces parties, la suppuration tuberculeuse s'est établie. Ce procès de suppuration est distinct de la suppuration chaude typique, provoquée par les coccus pyogènes. Le premier est un procès nécrotique et aboutit à la décomposition granuleuse et grais- seuse des éléments du tissu et des globules blancs; tandis que dans le pus phlegmoneux chaud, les éléments figurés sont bien conservés, et les globules blancs sont même doués de mouve- ments amiboïdes. Après deux mois d'infection, on voit particulièrement bien la zone de la dégénération tuberculeuse du tissu et, dispersés par-ci par-là au milieu d'un tissu conjonctif sain (fig. 8), des groupes microscopiques de tubercules, composés de G-8-10 cellules épithé- lioïdes, de vieilles cellules du tissu conjonctif, et déjeunes descen- dantes des globules blancs : ni karyokinèse ni cellules géantes. En comparant les faits observés par moi avec ceux qu'a décrits Baumgarten, on voit d'abord que les phénomènes évolutifs s'ac- complissent plus rapidement dans mes expériences, et ensuite sont beaucoup plus compliqués que ne l'admet ce savant. Les faits que je viens d'exposer me mettent à même de con- clure que déjà 12 heures après l'infection, — par conséquent dès les premiers moments de l'entrée des bacilles dans le tissu, — on observe deux phénomènes parallèles dans la tunique syno- viale : l'infection des cellules du tissu conjonctif et des fentes lymphatiques par les bacilles, et l'engloutissement des bacilles par les globules blancs. On peut distinguer trois zones de pro- pagation de l'infection : la zone extérieure, dans laquelle les bacilles sont libres dans les lacunes du tissu conjonctif et se trouvent rarement dans les cellules de ce tissu, la zone intermé- diaire, où les bacilles sont enfermés dans les cellules du tissu conjonctif, bien souvent entourées de globules blancs; la zone intérieure, celle de l'envahissement compact de granulations sur une large étendue^ où, pour la plupart, les bacilles se trouvent dans des globules blancs. De plus, j'ai trouvé des bacilles dans TUBERCULOSE DES ARTICULATIONS. 125 le liquide synovial, et, de la comparaison des situations qu'ils y occupent avec ce qu'on sait sur la structure normale de la tuni- que synoviale, sachant en même temps qu'entre les cellules de l'endothélium se trouvent, dans l'articulation, des orifices des vaisseaux lymphatiques ', on déduit facilement la voie par laquelle les bacilles tuberculeux ont fait leur entrée dans le tissu syno- vial, en quittant la cavité articulaire. Grâce aux mouvements de l'animal, les bacilles tuberculeux sont poussés, dès les premières heures après l'infection , dans les petits orifices et dans les glandes lymphatiques, en infectant avant tout ces fentes et les cellules du tissu conjonctif. Ici apparaissent des globules blancs qui commencent à s'emparer des bacilles. Leur nombre augmente là oià il y a beaucoup de bacilles. Il y a des endroits où ils se montrent en rangs serrés, et l'observation révèle qu'ils sont chargés d'ennemis. Quelques globules blancs des rangs anté- rieurs (je nomme rangs postérieurs la couche qui est plus près de la surface intérieure de la synoviale) émigrent en emportant des bacilles avec eux. Ce sont eux que j'ai trouvés 24 heures après l'in- fection, éloignés du lieu de celle-ci, entre des fascicules de mus- cles et entre des lobules de graisse (fig. 6 et 7). Ceux-là voyagent tant que leurs mouvements amiboïdes persistent, c'est-à-dire tant que les bacilles ne les ont pas tués. Quand ils périssent, ils infectent les tissus et donnent naissance à un tubercule neuf. Les autres, qui n'ont pu émigrer, périssent sur place; leurs noyaux et leur protoplasma subissent la métamorphose régres- sive, en un mot on observe les signes de la suppuration nette- ment précisés plus haut. En même temps les bacilles continuent à progresser autour du centre d'attaque par les conduits du suc, par les fentes lymphatiques, infectant ainsi peu à peu, chemin faisant, les cellules du tissu conjonctif. Les globules blancs, qui accourent pour secourir l'organisme, s'arrêtent d'abord auprès de ces cellules infectées et essayent de les entourer. D'oîi provient cet arrêt? Est-ce d'une attraction chimiotaxique? ou bien la cellule gonflée par l'incorporation des bacilles ferme- t-elle le chemin aux leucocytes? Quoi qu'il en soit, ces groupes 1. Hagen Thokn, Développement et construction ^de la tunique synoviale. Dissertr- lion, Saint-Pétersbourg, 1883, pages 47 et 48. L'auteur a prouvé aussi que l'endo- tiiélium proprement dit n'existe pas dans les jointures, mais seulement une couche de cellules du tissu conjonctif interrompue non cohérente (p. 49). Pour abréger, je nomme endothélium les cellules intérieures de la tunique synoviale. 126 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. de cellules du tissu conjonctif, entourées de globules blancs, tiennent la première place dans l'explicationdu développement du tubercule, en ce que j'y vois les germes primitifs du tubercule. J'ai décrit plus haut les phénomènes qui témoignent que les globules blancs vont chercher les bacilles dans les cellules (fig. 4). On pourra me dire que ces globules blancs n'ont pas emprunté aux cellules les bacilles qu'ils contiennent et ne se sont arrêtés auprès d'elles que lorsqu'ils étaient déjà infectés. On peut prétendre aussi que ce sont eux, au contraire, qui infectent les cellules du tissu conjonctif. Contre la dernière objection, on peut invoquer la présence des bacilles dans les cellules du tissu conjonctif de la zone la plus avancée, avant que les globules blancs ne soient apparus. Contre la première objection, parlent les allongements amiboïdes du globule blanc vers la cellule du tissu conjonctif et ce fait que, quelquefois, les bacilles se trouvent en partie dans le corps de la cellule, en partie déjà dans le globule. Tl faut donc admettre que les globules blancs peuvent aller chercher les bacilles dans les cellules du tissu conjonctif. Ces groupes de cellules se retrouvent dans toutes les périodes de l'évolution du tubercule jusqu'à la sixième semaine inclusivement, mais avec des changements caractéristiques pour les périodes avancées de la tuberculose. Théoriquement, ces changements peuvent être de deux genres : les globules blancs voisins des cellules du tissu conjonctif ne peu- vent que succomber, ou bien subir une série de métamorphoses progressives. Or, je n'ai pas observé de phénomènes régressifs dans ces groupes de cellules lorsque le nombre des bacilles était faible, tandis que plus tard, à côté des globules blancs typiques, j'ai vu des formes de trlnsition avec des cellules épithélioïdes, et j'ai observé la karyokinèse dans ces dernières. De là, je conclus que le globule blanc du sang j)articipe activement à la construction du tubercule, après avoir subi une série de changements progressifs jusqu'à la cellule épithélioïde typique. Le tubercule provoqué artificiellement est donc, d'après mes recherches, un produit des cellules épithélioïdes dérivées des globules blancs aussi bien que des cellules du tissu conjonctif. A l'appui de cette conclusion, on peut invoquer la structure compliquée du tubercule typique, avec ses cellules géantes, épithélioïdes, ses éléments fongueux et sou réseau. TUBERCULOSE DES ARTICULATIONS. 127 Cotte diversité d'éléments constitutifs avait frappé Baum- garten. Plus d'une fois, il avait signalé la présence des globules blancs dans le tubercule : il l'explique par une irruption secondaire de ces globules entre les cellules du tissu conjonctif ; mais il ne se préoccupe pas de savoir ce que deviennent ces globules blancs. Ni lui, ni d'autres observateurs n'ont vu, chez ces derniers, de changements progressifs ou régressifs. M'appuyant sur les faits que j'ai trouvés, je dois me prononcer d'une manière décisive contre l'opinion de Baumgarten, que le tubercule provienne de la cellule du tissu conjonctif, et que les cellules épithélioïdes ne soient que les dérivées de cette cellule. Selon mon opinion, elles sont les descendantes aussi bien des cellules du tissu conjonctif que des globules blancs. Cette opinion est d'accord avec les recherches connues deZiegler*, qui démontrent que les cellules épithélioïdes ou les cellules formatrices du tissu coxiioncliî {Bildiimjszellen) dérivent des globules blancs; elle est aussi d'accord avec mes expériences ^ sur le développement du tissu conjonctif, pendant lesquelles j'ai observé aussi bien des formes transitoires depuis les globules blancs jusqu'aux cellules épithélioïdes, que la karyokinèse dans ces dernières. Dans mes expériences sur le développement du tubercule, nous rencontrons les mêmes phénomènes de participation de la part des globules blancs, dans la construction de la subtile organi- sation épithélioïde, mais dans la tuberculose il n'y a plus de chan- gement, tandis que, dans le développement du tissu conjonctif, il y a une série de métamorphoses progressives ultérieures, jusqu'à atteindre la forme des fibrilles du tissu conjonctif. Ainsi, le tubercule est le produit d'une inflammation chronique contagieuse., avec tous les attributs capitaux et caractéristiques des organisations inflammatoires. Après s'être introduit dans l'orga- nisme, le bacille tuberculeux infecte d'abord les cellules du tissu conjonctif, qui, lorsque la quantité des bacilles est insi- gnifiante, se multiplient et forment les cellules épithélioïdes et périssent lorsqu'elle est grande. De même pour les globules blancs qui peuvent ou périr, lorsqu'ils sont trop envahis, ou se 1. ZiEGLER, Experimentelle Untersachungeti ûber die pathologische Bindegewcbes, und Gefassneubildung. Wûrsburg, 1876. 2. V. ma dissertation : Les tumeurs de la moelle des os et les cellules géantes (en russe). 428 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. métamorphoser en cellules épithélioïdes qui prennent part à la construction du tubercule, ou transportent les bacilles dans l'organisme. Dans cette manière de voir, la cellule du tissu conjonctif est la seule qui préside à l'infection locale du tissu. Le rôle des globules blancs, c'est : 1° la lutte contre les bacilles au point d'infection, lutte qui se manifeste par la ruine du leucocyte, ou par sa part active dans la formation du tubercule ; 2° la propagation des bacilles dans l'organisme. Cette conclusion résume mon étude sur l'histoire du déve- loppement de la tuberculose des articulations. Mais je voudrais, avant de terminer, ajouter quelques mots au sujet du mode de propagation de l'infection tuberculeuse, depuis son entrée dans l'articulation jusqu'à l'envahissement de l'organisme. Nous avons vu plus haut les bacilles inoculés envahir peu à peu l'organisme par la voie lymphatique. Seuls, en dehors de cette voie, les globules blancs ont un rôle à jouer. Je n'ai jamais trouvé de bacilles dans les vaisseaux sanguins de l'articulation. 11 était donc indiqué d'examiner, à ce point de vue, les glandes les plus voisines du lieu de l'infection. J'ai, en effet, trouvé des bacilles après six jours, quelquefois môme en quantité considé- rable, dans les glandes inguinales; après huit jours dans celles du bassin; quelquefois déjà, vers le dixième jour, les glandes lombaires en logeaient. Ces faits nous permettent de compléter notre déduction et de la formuler ainsi : Le virus tuberculeux se répand loin de V articulation par les conduits lymphatiques; il infecte un système après Vautre, les glandes les plus proches et ensuite les plus éloi(j?u'es. Ce mode de propagation de la tuberculose par les voies lymphatiques était déjà connu et accepté pour d'autres tissus ; mais il n'avait pas été observé avec la rigueur nécessaire pour la tuberculose des articulations, et l'ensemble des faits connus nous autorise à admettre que la propagation du bacille se fait partout de même, par les conduits lymphatiques, mais non par le système sanguin. Il va sans dire que la vitesse de dilïusion de la tuberculose est variée pour les tissus divers, et dépend du point de première infection et du nombre de systèmes isola- teurs, des glandes lymphatiques, placées sur son chemin vers les organes profonds. Ainsi, les articulations sont une région défavorable pour la propagation rapide du poison tuberculeux TUBE1{CUL0SE DES ARTICULATIONS. 129 à travers rorganisme, puisqu'elles sont séparées des organes intérieurs par les glandes lymphatiques inguinales superfi- cielles, les profondes et celles du bassin; aussi, la propagation est lente. Un seul de mes cobayes sur seize m'a montré des bacilles tuberculeux dans la rate, 14 jours après l'injection dans la jointure du genou. Chez deux autres, il y avait des bacilles danslarate, après deuxmois. De môme, deuxlapinspérirentd'une suppuration tuberculeuse locale et étendue de la jointure du genou et de la jambe, 2o ou 2G jours après l'injection d'une culture dans cette articulation ; mais on n'a trouvé chez eux ni de bacilles dans la rate, ni dans le foie, quoiqu'il y en eût dans les glandes lym- phatiques. Ce fait s'accordeparfaitement avec le cours prolongé et local de la tuberculose des articulations chez l'homme. Cette loi de propagation du poison tuberculeux par les con- duits lymphatiques, et son retard dans les glandes lymphatiques, se manifeste d'une façon encore plus frappante, lorsque l'injec- tion des cultures se fait dans la moelle des os. Selon certains auteui^s, cet organe n'a pas de vaisseaux lymphatiques. Si nous détruisons, en expérimentant, la pulpe de la moelle de l'os, nous mettons la substance injectée en contact direct avec des veines sans parois, et on sait qu'à la suite des injections artificielles de la tuberculose par le sang, les animaux périssent vite. Si on injecte au contraire la moelle sans détruire la pulpe, les bacilles ne peuvent se répandre qu'à l'aide des globules blancs et des cel- lules de la moelle, par le système lymphatique. Dans le premier cas, la tuberculose inoculée doit évoluer beaucoup plus vite que dans le second, et cette conclusion est confirmée par l'expérience. Deux lapins, auxquels fut injectée une culture tuberculeuse dans la moelle, sans lésion, au moyen d'un tube courbé émoussé, et après trépanation du fémur, moururent après deux mois et demi d'une tuberculose générale. A l'autopsie on trouva chez eux des chaînes continues de tubercules jeunes, suivant le trajet des con- duits lymphatiques de la cuisse et du tissu cellulaire de l'abdomen, une dégénération caséeusedes glandes lymphatiques le long de ces chaînes, et des glandes inguinales et pelviennes gonflées. Dans ce cas l'infection avait laissé des traces nettes de la moelle vers les organes intérieurs, et les bacilles introduits dans la moelle non lésée ont passé, pour se généraliser, par les 9 130 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. voies lymphatiques. Mais pour un troisième lapin, où l'injectiou a été faite avec lésion de la moelle, la mort est arrivée après 19 jours à la suite d'une tuberculose générale, c'est-à-dire dans le même espace de temps qu'après l'injection d'une culture dans le sang. Je ne voudrais pourtant nier la propagation delà tuberculose par le sang, défendue par Muller' en ce qui concerne les os. Cette voie est praticable et possible, par exemple, lors de l'envahis- sement et de la destruction des parois des veines ou des arlères" par les bacilles; mais c'est une exception rare, qui ne se réalise guère qu'au voisinage du foyer de la lésion. Comme règle, ce sont les voies lymphatiques qui servent de chemin naturel au poison tuberculeux lorsqu'il se généralise. Dans la clinique de mon maître, feu le professeur E. -F. Bogda- nowski, j'ai pu observer des faits d'accord avec mes conclusions au sujet du gonflement et de l'infection des glandes lymphatiques les plus voisines dans la tuberculose des jointures ; plus d'une fois j'ai trouvé un gonflement des glandes inguinales dans la tuberculose du genou, et dans la tuberculose du poignet, même d'un seul doigt, les glandes du coude furent gonflées. En résumé, je crois pouvoir dire qu'aux découvertes pré- cieuses de Baumgarten sur le rôle de la cellule du tissu conjonc- tif dans la tuberculose, j'ai ajouté des faits nouveaux sur le rôle du globule blanc du sang dans la lutte avec les bacilles, et sur sa participation dans la conslrucVion du tubercule. Je suis d'ac- cord avec Yersin au sujet du rôle important des globules blancs dans la tuberculose, mais je ne considère pas uniquement les leu- cocytes comme destinés à combattre les bacilles. Je crois qu'ils participent à la construction du tubercule et travaillent en outre, par leur émigration, à l'infection générale de l'organisme. Ils sont donc à la fois utiles et nuisibles. Il en est de même pour le système lymphatique, qui est une voie de transport par ses canaux et un obstacle par ses glandes. d. Dculsclic Zeitsclirift far Chirurçiic, p. o7-SI. Après avoir injecté du pus tuijer- rnleux dans l'artère nutritive du fémur, l'autour trouvait des foyers tuberculeux souvent en formes d'infarctus cunéiformes, dans la moelle des os. 2. Tels sont, par exemple, deux cas communi(|ués par Laugerhans où, directe- ment ajtrès une hémoptysie, des tubercules niiliaires aigus se développèrent qui tuèrent les tualades en 18-19 jours {Virchow's Archiv, I, cxir, 1888, p. -KJ). SDR U PRODUCTION DRS ACIDES VOLATILS DANS LES CULTURES DU BACILLE CHARBONNEUX, Par m. s. IVVANOW. On sait qu'un grand nombre de microbes donnent naissance, dans leurs milieux de culture, à des acides gras variés. Quand ces acides proviennent du dédoublement d'une matière hydro- carbonée, le mécanisme de leur filiation avec la substance mère est en général facile à saisir: il n'en est plus de même quand ils proviennent du dédoublement d'une matière albuminoïde complexe. De quelle source proviennent, par exemple, ceux que donnent les divers microbes vivant dans le lait, ceux qu'on ren- contre comme produits à peu près constants dans la dig-estion des aliments azotés? M. Duclaux a démontré, pour ceux qu'il a étudiés, que leur origine était surtout albuminoïde, mais il n'a pas recherché quelles étaient les circonstances de leur apparition, la façon dont ils variaient avec l'âge de la culture, l'influence du milieu sur leur composition qualitative et quantitative. J'ai profité d'un trop court séjour dans le laboratoire de M. Duclaux, à l'Institut Pasteur, pour aborder ce sujet, qui est trop vaste pour que j'aie pu l'étudier tout entier, mais où j'ai trouvé quelques résultats qui me semblent utiles à publier. Les microbes que j'ai mis en œuvre sont surtout le bacille du char- bon, le Tyrothrix tennis de M. Duclaux, et le Bacillus sublilis. Je les ai ensemencés dans du lait écrémé et stérilisé, placé en faible épaisseur dans des ballons à fond plat. La culture avait lieu à 33-35". Dans ces conditions, il y a d'ordinaire coagulation au commencement de la culture, et redissolution ultérieure du coagfulum. L'analyse du lait avant et après culture, la détermination de la caséine en suspension et de la caséine dissoute se faisaient suivant les méthodes indiquées par d32 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. M. Duclaux, et sur lesquelles je ne reviendrai pas. Je me con- tente dedirequ'avecle Tyrothrix tenuis et le bacille charbonneux, les analyses montrent que la quantité de matières g-rasses ne subit, avant et après culture, quB des variations iusensibles, tandis qu'elle décroit nettement avec le Bacillus subtilis. Quant à la caséine, le Tyrothrix tenuis l'amène tout entière à pouvoir passer au travers du filtre de porcelaine. Il n'y en a plus en suspen- sion muqueuse, tandis qu'il en reste des proportions sensibles, environ S grammes par litre, dans les cultures de bac.téridie charbonneuse. De plus, avec tous ces microbes, le sucre n'est pas atteint, et pourtant le résidu d'évaporalion d'un volume donné diminue de plus en plus à mesure que la culture vieillit. Il faut évidemment mettre celte diminution au compte de la caséine. Je n'insiste pas plus longtemps sur ces analyses, auxquelles je demandais surtout une confirmation de ce qu'on savait déjà, que c'est la caséine qui est la plus atteinte avec ces ferments, et qui fournit sans doute les acides volatils qu'on trouve dans les cultures. Ce qui m'intéressait plus, c'était de savoir si la production decesacides, enquantitéet en qualité, dépendait exclusivement de l'espèce du microbe, ou de son milieu de culture, ou des deux à la fois. En cultivant dans les mêmes milieux les bacilles char- bonneux sporogène et asporogène, des bacilles virulents et le premier et le second vaccin charbonneux, je pouvais espérer mettre encore en évidence, outre les caractères d'espèce, les caractères de race de ces divers bacilles. Ces cultures présentent déjà des différences faibles, mais appréciables. Avec le bacille asporogène et le bacille sporogène virulent, il se forme, au bout de 3 à 4 jours, des coagulums floconneux qui disparaissent ensuite en 2 ou 3 jours. Le lait prend graduellement une couleur rouge brun, demi-transparente, et à sa surface flottent des flocons de filaments mélangés à des gouttelettes de graisse, dont quelques-unes sont très larges. Avec le premier et le second vaccin, la coagulation est plus tardive, et les coagulums formés ne se redissolvent plus. L'infériorité vitale de ces vaccins, au point de vue des sécrétions, se mani- feste donc ici comme sur beaucoup d'autres points. Le Bacillus subtilis caogule le lait un peu plus lentement que le bacille du charbon, et les coagulums se redissolvent aussi un ACIDES GRAS DU BACILLE DU CHARBON. 133 peu moins vite. C'est le Tijrothrix tennis qui est le plus actif sous ce double rapport. Pour l'étude des acides volatils, je commence par le cas qu'on avait le droit de supposer le plus simple, le cas du bacille asporogène, pour lequel il n'y avait pas à compter avec la formation de la spore. L'étude de ces acides a été faite suivant la méthode indiquée par M. Duclaux, c'est-à-dire qu'après avoir mis en liberté les acides, on soumettait le liquide qui les con- tenait à une distillation fractionnée, avec saturation à l'eau de chaux des diverses prises. Je ne reviendrai pas sur cette méthode dont les détails ont été suffisamment indiqués par M. Duclaux dans ses Mémoires sur le lait. Elle démontre l'existence, dans les cultures du bacille asporogène, d'un mélange d'acide caproïque et d'acide acétique, dont les proportions varient avec l'âge de la culture, ainsi que le montrent les chiffres suivants, qui sont des grammes par litre de culture. Acide acétique. Acide caproïque. Rapport en équivalents. Culture de 15 jours 0, 37 1, 37 0, 41 — 23 — 0, 78 2, 08 0, 55 — 37 — i, 408 3, 52 0, 60 On voit que les deux acides sont présents à tous les âges de la culture, mais que l'acide acétique augmente plus rapidement que l'acide caproïque. La matière grasse du lait contient de l'acide caproïque, et peut se saponifier pendant la culture. Onpourrait donc être tenté d'y voir l'origine de l'acide caproïque observé. Pour éliminer cette objection, et aussi celle qui ferait rechercher l'origine des acides gras dans le sucre du lait, j'ai fait une culture dans une solution à 2 de peptone Chapotot, qui contient par elle- même un peu d'acide acétique, environ O^^OS par litre. L'étude de la culture par la méthode des distillations frac- tionnées nous a donné des nombres qui se rapportent mieux à un mélange d'acide formique et caproïque que de tous autres acides. L'acide caproïque manifestait sa présence par les pelli- cules cristallines qu'il forme en se condensant sur les parois refroidies du réfrigérant. Quant à l'acide formique, qu'on n'a que rarement signalé parmi les acides volatils d'origine micro- bienne, j'ai tenu à m'assurer de sa présence par une de ses réac- tions caractéristiques. 134 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Dans ce but, lorsque dans ma distillation fractionnée j'avais retiré, pour les dosages à l'eau de chaux, les huit premières prises, je faisais une nouvelle prise de 10 ou 20 centimètres cubes, que j'alcalinisais avec une goutte d'ammoniaque, et que j'additionnais, après l'avoir fait bouillir pour chasser l'ammo- niaque en excès, d'une goutte de solution de nitrate d'argent. Le liquide devient alors brun, et quelquefois fournit un abon- dant précipité d'argent métallique. Les quantités d'acide formique et d'acide caproïque trouvées dans des cultures à 2 0/0 de peptone, de divers âges, ont été les suivantes, pour le bacille charbonneux asporogène : Culture de 6 joues. — 18 jours. Ac. formique. Ac. caproïque. Rapport en équivalents. 08%50 05% 31 3.0 Os',82 05^31 2.8 En comparant ces chiffres à ceux qui précèdent, il semble légitime de conclure que, qualitativement et quantitativement, les acides produits par le même microbe sont différents suivant les milieux : quantitativement, la chose n'est pas douteuse quand on se rapporte à l'acide caproïque; mais d'un autre côté nous ne sommes pas sûrs qu'une partie de celui que nous avons trouvé dans le lait ne provienne pas de la saponification du beurre. Qualitativement, la différence semble plus marquée parce que, dans un cas, nous avons de l'acide acétique et dans l'autre de l'acide formique. Mais la marche de la distillation de l'acide acétique, surtout quand on se borne aux 8 premières prises, diffère trop peu de celle de l'acide formique pour que nous prenions parti tout de suite. Cherchons d'abord ce que donne la culture du bacille charbonneux sporogène. Je l'ai cultivé dans le lait et dans les solutions de peptone, à 2, 4 et 6 0. J'ai essayé ici des solutions concentrées de peptone, pour me rapprocher de la teneur en matières albumi- noïdes du lait, qui contenait environ 4 de caséine, et pour voir si on n'arrivait pas, en forçant la dose de peptone, à obtenir dans ces milieux autant d'acide caproïque que dans le lait. Les chiffres ci-dessous résument les expériences que j'ai faites sur ce sujet. Ujie culture de 14 jours, d'un charbon sporo- gène très virulent, capable de tuer le chien, a donné par litre : AGIDKS GllAS DU BACILLE DU CHARBON. 135 Rapport Ac. forniique. Ac. caproï(|iic. en é(iiiivnlents Dans le lait Dans la peptone à 2 0,0. (6M2 28^40 1.15 0«^57 0«^82 2.4 Une culture de 16 jours, du charbon sporogène de virulence moyenne, a donné de même : Rapport Ac. forniique. Ac. caproïque. en équivalents. Dans la peptone à 2 0/0 0e^90 05%u8 2.9 — 4 0,0 0'%79 0s'-,32 4.2 Enfin, avec une culture de 20 jours, de virulence moyenne, j'ai trouvé, dans une solution à 6 de peptone, ls'",81 d'acide formique et 1^''",30 d'acide caproïque, ce qui donne un rapport en équivalents de 2,4. On voit que la proportion d'acides dans les solutions de peptone est inférieure à ce qu'elle est dans le lait, et que c'est la qualité de l'aliment et non sa quantité qui intervient surtout. Mes expériences mettent aussi en évidence l'intervention de la virulence. Dans un même milieu, dans le lait par exemple, le charbon sporogène virulent, capable de tuer le chien, donne plus d'acides que le charbon sans spores. En 15 jours, une cul- ture du premier dans le lait m'a donné 2e'", 40 d'acide caproïque et 1^'",12 d'acide formique. Une culture du second, en 15 jours, a fourni {s'',31 d'acide caproïque et 0s'',37 d'acide acétique. Les acides qui accompagnent l'acide caproïque sont, en outre, différents, mais c'est un point sur lequel nous allons revenir tout à l'heure. Le charbon sporogène de moyenne virulence est, relative- ment à la production d'acides, tout à fait comparable au char- bon asporogène. Dans une solution à 2 0,0 de peptone : Rapport Ac. formique. Ac. caproïque. en équivalents. Le premier a donné en 16 jours. . . 0s%90 0^^.58 2.9 Le second — 18 jours. . 0s^82 os^5I 2.8 De même, dans le lait : Ac. acétique. Ac. caproïque. Rapport en équivalents. Le premier a donné en 27 jours. . . 16^63 3s',41 0.7 — — 37 jours... lS'-,40 3gr,52 0.6 136 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. On voit que, relativement à la production d'acides volatils, le bacille sporogèrie est seulement un peu plus actif que le bacille asporogène. La production des spores ne modifie donc que d'une manière insig^nifiante la nature et la proportion des acides volatils. Enfin, si nous arrivons aux bacilles charbonneux encore moins virulents qui constituent le l*''" et le 2^ vaccin, voici les quantités d'acides trouvées dans un litre de culture : !<'■■ vaccin, 24 jours, lail 2* vaccin, 25 — 4" vaccin, 20 j. sol. à 2 0/0 peptone. :. acétique. Ac. caproïque. Rapport en équivalents, lg',36 Is^TO 1.2 ^s^04 Ig'Ji 1.2 is^,l2 0g'-,8l 2.1 On voit que la quantité totale d'acides volatils est encore plus faible qu'avec le charbon de moyenne virulence. Reste maintenant à envisager l'influence du temps. J'ai étudié pour cela des cultures de 14 jours (A) et de S7 jours (B) de charbon sporogène très virulent, celui qui tuait le chien au- quel on l'inoculait. J'ai trouvé, pour des cultures dans le lait ; A Sg^iO acide caproïque et lg'',l2 acide formique. B 2gr,33 — et 1p'',93 acide acétique. De même, dans une solution à 2 0/0 de peptone : A 0ç'",82 acide caproïque et 0sr,57 acide formique. B ^g^ 60 — et ls'',24 acide acétique. Le fait que révèlent ces deux séries de chiffres m'a paru tout à fait générai. J'ai toujours trouvé que les cultures jeunes con- tenaient de l'acide formique, les cultures âgées de l'acide acé- tique. Je ne réponds pas, vu les difficultés qu'il y a à caracté- riser ces deux acides et à les doser quand ils sont en faibles quantités, qu'il n'y ait pas aussi un peu d'acide acétique dans les cultures jeunes et d'acide formique dans les cultures âg-ées. Mais l'acide formique m'a paru dominer de beaucoup dans les premières, l'acide acétique dans les secondes. On ne peut évi- demment pas songer à une transformation chimique du premier dans le second. Il est plus conforme aux faits d'admettre que des acides gras, surtout lorsqu'ils sont aussi instables que l'acide ACIDES GRAS DU BACILLE DU CHARBON. 137 acétique et Tacido formique, se font et se défont d'une façon continue. La production d'acide formique, qui correspond à une oxydation plus complète, correspond à la vie active des premiers jours de l'ensemencement. L'acide acétique corres- pondrait surtout à la vie pénible que le microbe mène dans son milieu de culture, et qui aboutit plus ou moins rapidement à la mort. En étudiant ces acides à un moment quelconque, on les a, si Ton veut, au même âge de la culture, mais non à la même période de son évolution, si les milieux de culture sont diffé- rents, et l'on s'explique ainsi quelques-unes des bizarreries qu'on pourrait relever dans les nombres que j'ai cités jus- qu'ici, par exemple à propos des bouillons de peptones, où la solution à 4 donne, au même âge de la culture, moins d'acides que les solutions à 2 et 6 0. Quant à l'origine de ces acides, il est naturel de les considé- rer comme des produits de vie cellulaire, et, en quelque sorte comme des matériaux d'excrétion. Ils se retrouvent, en effet, à peu près les mêmes pour les divers microbes, quel que soit leur mode d'alimentation, que ce soient des ferments des matières hydrocarbonées ou albuminoïdes. La complexité de composition que présentent le plus ordi- nairement les sécrétions cellulaires conduit à se demander si les acides que nous venons d'indiquer et de caractériser sont bien les seuls produits dans la culture. La méthode de la distillation fractionnée, que j'ai utilisée dans ce travail, est la seule qui puisse donner quelques indications précises sur la nature et la proportion des acides volatils quand ils sont en aussi faible quantité, mais sa sensibilité a des limites, et en outre, elle ne s'applique bien qu'aux mélanges de deux acides. Ainsi, je ne voudrais pas assurer qu'il n'y a pas un peu d'acide valérianique mélangé à l'acide caproïque dans les cultures du bacille char- bonneux. Pour le Tyr. tenuis, j'ai observé qu'en outre de l'acide valérianique signalé par M. Duclaux, il y a de l'acide caproïque et un peu d'acide formique. Mais pour pousser plus loin cette étude, il faudrait une installation en grand qui ne s'est encore imposée à aucun laboratoire. REVUES ET ANALYSES LA DÉSINFECTION DES MURAILLES REVUE CRITIQUE. KoNiG. Centralbl. f. Chemie, i88o, 11° 12. — IJeraeus. Deutsche med. Woch., 1885, no 22. - Kummel. Ibid., eiZeitschr. f. Hygiène, 1886. — KocH ET Gaffky. Recherches sur la désinfection des vaisseaux. ArO. a.d. Kais. Gesund, 1. 1, 1886. — Khui-in. Zeitschr.f. Hijgiene, 1887. — GuTTMANN et Merke. Vlrclioïc' S Arcliiv , 1889, t. CVII, — Eî^march. La richesse en germes des murs, et leur désinfection. Zeitschr. f. Hyg., 1887, t. II. — Gerlogzy. Jfihresberirht de Baumgarten, 1889. — de GiAXA. Sur l'action désinfectante du blanchiment des murs au lait de chaux. Ani)alesde micrographie, 1890. — Gaffky. Désinfection des habitations. Deutseh. Viertel Jahrschrift f. off. Gesund., 1891. — G. Bordoni-Uffreduzzi. Sur la désinfection des locaux. Archivio per le Scieuze mediche, t. XVI, 1892. Quelle est la richesse en germes des murs de nos habitations, et comment peut-on parvenir à les désinfecter quand on y soupçonne la présence de quelques germes dangereux. Voilà une question, à la fois théorique et pratique, qu'on a beaucoup étudiée sans être parvenu encore à la résoudre d'une façon complète. C'est que sa simplicité est apparente. Il y a murs et murs : celui du salon ne doit pas ressembler, au point de vue du nombre et de la nature des germes, à celui de la chambre à coucher ou de la salle à manger, celui de la cuisine à celui du grenier. D'un autre côté, toutes choses égales d'ailleurs, une chambre où a vécu un tuberculeux, un diphtérique doit être traitée autrement que celle qui a été occupée par un varioleux. Un mur baigné de soleil a chance d'être plus pauvre en germes qu'un mur restant à l'ombre, un mur peint à l'huile qu'un mur rugueux, etc. On doit donc s'attendre à trouver très variable la quantité de germes existant en divers lieux sur l'unité de surface, et c'est, en effet, ce qu'on a partout constaté. Le travail le plus complet à ce sujet est celui d'Esmarch, qui opérait par la méthode suivante. Une éponge fine est découpée en morceaux de la grosseur d'un pois, qu'on chauffe pendant quelques minutes, à l'ébullition, dans un tube en verre à moitié plein d'eau. On évacue l'excédent de liquide, et on conserve dans ce tube, à l'abri d'un tampon de coton, les fragments d'épongé, qui s'y gardent humides et stériles. Quand on veut s'en servir, on les saisit avec une pince flamljée et on les promène sur la surface à étudier, en pressant d'abord peu, puis en frottant plus for- REVUES ET ANALYSES. 139 tement. Le fragment souillé est alors introduit dans de la gélatine nutritive, et agité avec elle de façon à obtenir une distribution aussi uniforme que possible des germes dans le liquide, qu'on soumettra à la culture suivant la méthode d'Esmarch. Le fragment d'épongé aété, au préalable, porté dans un autre tube, et il a besoin quelquefois de 2 ou 3 nettoyages successifs pour perdre tous ces germes. Voici quelques nombres, trouvés par cette méthode, en opérant sur un carré de muraille de cinq centimètres de côté. Stalle d'écurie. Mur peint à la chaux 7.087 colonies. Laboratoire. Peinture à la colle 115 — — Porte de bois 30 — Chambre d'habitation. Tenture de velours. . . 19 — — Autre point to8 — Je ne cite que quelques chiffres. Les autres sont du même ordre, et on a le droit d'être surpris qu'ils soient tous, ou presque tous, si petits. On se demande si la gélatine employée par M. Esmarch était bien nutritive, et si, par hasard, elle n'était pas un peu trop acide. Ce qui tendrait à le prouver, c'est que souvent le nombre des végétations cryptogamiques dépasse dans ses cultures le nombre des colonies de bacilles ou de micrococcus. C'est le cas ordinaire dans les milieux acides. Un milieu neutre alcalin renverse la proportion en donnant le pas aux cultures non mycéliennes, dont le nombre, petit tout à l'heure, devient tout de suite très grand. Il est possible que cette cause d'erreur ait beaucoup diminué les chiffres relevés par M. Esmarch. Une autre cause d'erreur a été relevée par Gerloczy, qui a réussi à trouver encore de très nombreux germes, sur la paroi frottée avec l'éponge de M. Esmarch, à la seule condition d'en racler un peu la surface. Mais M. Esmarch a eu lui-même le sentiment qu'il ne nettoyait pas complètement la surface lavée, puisqu'il s'est ensuite borné à un seul nettoyage à l'éponge, au lieu d'en faire plusieurs. Tous ses chiffres sont donc trop petits, mais leur intérêt résulte surtout de leur comparaison, et il suffit qu'ils varient dans le même sens que les chiffres réels. Je passe rapidement sur les résultats relatifs à l'étude de diverses pièces de maisons habitées, dont la conclusion générale est l'inégalité de la distribution des germes dans les divers locaux et même sur les divers points d'une même chambre. Voici comme exemple les nombres de germes sur les parois de la stalle d'écurie de l'Institut hygiénique, à hauteur d'homme. Côté de la fenêtre 6,070 colonies. — autre point très voisin 6,391 — Côté opposé 3,185 — — autre point très voisin 2,170 — Plus près de la stalle de l'animal 14,200 — — un mètre plus haut 1 ,386 — 140 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le nombre des germes semble donc décroître à mesure qu'on s'éloigne du sol, et il y a, en effet, très peu de germes sur le plafond. Rappelons que M. Canalis a depuis trouvé (v. ces Annales, t. III, p. 198) des résultats analogues pour les wagons à bestiaux. Dans une salle d'opérations, servant surtout à des laparotomies, et dont les murs, couverts de carreaux vitrés jusqu'à hauteur d'homme, sont lavés chaque fois avec de l'eau contenant 2 0/0 de savon phé- nique, les parois de verre se sont montrées très pauvres en microbes. Mais ce n'est pas tout que de compter les germes. Il serait aussi très intéressant de savoir quels sont ceux qui sont pathogènes. La science s'est enrichie beaucoup sur ce point, dans ces dernières années. On se rappelle les faits curieux mis en évidence par Cornet et Kruger sur la diffusion des bacilles tuberculeux dans les locaux habités par des phtisiques. Emmerich a de même signalé le pneumocoque de Friedlander dans le plancher d'une prison, le strepto- coque de l'érysipèle sur celui d'une salle d'autopsie. Ullmann a trouvé très répandu partout le coccus pyogène; on sait l'ubiquité du vibrion septique et du bacille du tétanos, et tout récemment Kelsch cherchait dans les poussières du sol et des planchers les causes des épidémies de typhus qui éclatent quelquefois dans les casernes, sans qu'on puisse incriminer d'autres causes. C'est de tous ces éléments nocifs qu'une bonne désinfection du sol et des murailles doit réussir à nous protéger, non pas d'une façon absolue, car l'absolu n'est jamais réalisable, mais de façon à faire apprécier ses effets, et à se concilier la faveur du public, qui ne craint rien tant qu'il n'a pas été échaudé, et qui craint tout ensuite. Une bonne méthode de désinfection des locaux doit assurer l'intégrité absolue des parois, et des matériaux, papiers ou tentures, qui la recouvrent : elle doit être inoffensive pour ceux qui l'appliquent et pour ceux qui viendront ensuite habiter l'appartement désinfecté : elle doit être d'une application facile, peu coûteuse. Enfin, elle doit être efficace. Tout le monde est d'accord sur les premières conditions que nous venons de poser, et qui sont de sens commun. L'accord semble aussi absolu sur la dernière, mais cet accord n'est qu'apparent. Les théori- ciens demandent qu'on ne puisse plus retrouver un germe vivant sur la paroi récemment nettoyée. Les praticiens disent utinam! mais comme ils ne peuvent y arriver, ou n'y arrivent qu'au prix de dépenses considérables que ni le public ni les administrations ne veulent ou ne peuvent faire, ils perdent courage, et font trop souvent leur besogne en sceptiques, en dignitaires d'une religion à laquelle ils ne .croient plus : les gestes y sont, mais la foi y manque. La vérité est à moitié chemin entre ces opinions extrêmes, et le meilleur procédé REVUES ET ANALYSES. 141 de désinfection est celui qui est à la fois le plus facile, le plus efficace, et le meilleur marché. Il est clair pourtant que la condition d'efficacité prime toutes les autres, et l'expérience peut seule nous renseigner à son sujet. Sans entrer dans le détail de toutes celles qui ont été faites, on peut dire qu'elles ont éliminé du concours les fumigations au chlore et à l'acide sulfureux, qui sont toujours difficiles à appliquer, et irrégulières dans leurs effets, parce que la dissémination du gaz antiseptique n'est pas assurée. Ces pratiques doivent être réservées à quelques cas spéciaux, où les irrégularités ou les anfracluosités du local sont telles, que les divers points n'en sont pas abordables. M. Esmarch a proposé une autre méthode, très employée en ce moment en Allemagne, celle du nettoyage à la mie de pain. On coupe des morceaux, grands comme la main, de croûte à laquelle on laisse adhérer une mince couche de mie, et on frotte sans trop appuyer. En une seule opération, la paroi est suffisamment nettoyée, et les chiffres de germes qu'on y relève ne sont pas supérieurs à ceux qu'on trouve après un lavage antiseptique. Il faut seulement que le mur ne soit pas couvert de trop grosses impuretés, de croûtes, sur lesquelles la mie est sans action. Le procédé a l'inconvénient d'être long, et de coûter assez cher, tant à cause du prix de la matière première que du temps employé à l'opération. II ne s'applique pas, d'ailleurs, au plan- cher de la pièce, sur lequel tombent lesfragments demie provenant du frottement sur la muraille. Pour ce plancher, il est recommandé de le baigner avec une solution à 5 0^ d'acide phénique, qui laisse long- temps dans la pièce une odeur de chambre mortuaire à laquelle le public ne s'habitue pas facilement. Telle est aussi une des raisons qui rendent peu populaire l'emploi des pulvérisations à l'acide phénique ou au lysol. D'après les expé- riences de Gerlach, ce lysol à 3 0/0 est un peu plus actif que l'acide phénique à 5 0/0, Mais il faut au moins arriver à ces degrés de con- centration pour que ces substances soient efficaces. Comme, sans être chères, elles ont encore un certain prix, l'opération devient coûteuse. Le bichlorure de mercure semble échapper à tous ces inconvé- nients. Il peut être efficace à doses beaucoup plus faibles, et il est tout à fait sans odeur. Il est vrai qu'on l'a accusé d'être dangereux. Gom- ment mettre entre les mains du public une substance aussi toxique? Comment renvoyer des habitants dans une chambre dont les parois auront été lavées au sublimé, et d'où partiront constamment, pour se répandre dans la pièce, des poussières qu'on ne saurait respirer ni avaler impunément? Voilà ce qu'on se demandait à l'origine. Mais l'expérience a eu raison de toutes ces appréhensions. Comme je le rappelais à propos des expériences de M. Ganalis dans l'article cité 142 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. plus haut, on a employé à Messine, pendant la dernière épidémie de choléra, plus de -400 kilogrammes de sublimé corrosif sans qu'il en soit résulté aucun inconvénient. Gaffky rappelait récemment au congi'ès d'hygiène à Brunschwig que des centaines de navires avaient été désinfectés à la Louisiane, au moyen de bichlorure de mercure à la dose de 26 kilogrammes par navire, sans danger pour personne. Krupin a fait de même une désinfection de salles d'hôpital à Péters- bourg, et d'après M. Bordoni-Uffreduzzi, on fait depuis deux ans à Turin des désinfections au sublimé dans des locaux où on renvoie les habitants au lendemain de l'opération, sans qu'il se soit révélé aucun inconvénient. M. Bordoni-Uffreduzzi a rendu l'opération très pratique en pulvé- risant la solution mercurielle avec un appareil analogue à celle qui sert pour combattre les maladies de la vigne. L'opérateur, portant sur le dos un vase rempli de la liqueur antiseptique, fait mouvoir avec ses deux mains une pompe très maniable qui projette le jet à la hau- teur qu'on veut. En une heure, on peut ainsi parcourir toute la sur- face des parois d'une chambre de dimensions ordinaires. L'opération ne détériore ni les papiers, ni les tentures : elle a l'inconvénient de noircir les dorures, mais il n'y a pas de dorures partout. Elle est donc très pratique. La note nouvelle que M. Bordoni-Uffreduzzi apporte dans la ques- tion, c'est que la concentration de la dissolution de sublimé ne doit pas être toujours la même, mais différer suivant la nature des matériaux, leur degré de porosité, et aussi leur degré de saleté. Pour juger de l'efficacité des lavages au sublimé, MM, Guttmann et Merke, qui ont les premiers proposé cette méthode de désinfection, avaient appliqué contre les murailles des fils chargés de spores, qu'ils détachaient et reportaient, après l'opération, dans un liquide nutritif. Il est clair qu'ils introduisaient ainsi, dans leur gélatine, un peu de sublimé corrosif qui devait gêner le développement des germes. Leurs expériences, de même que celles de M. Esmarch, relevaient de cette cause d'erreur, signalée par M. Geppert, et qui pouvait faire croire morts des germes encore vivants. M. Bordoni-Uffreduzzi, qui a renoncé aux fils tendus de Guttmann et Merke, et qui se contente de racler un fragment de la paroi stérilisée, après l'avoir protégée, aussitôt la pulvérisation terminée, contre toute nouvelle chute de germes, s'expose aussi à croire stérile un fragment qui eût peut-être donné des cultures, si on l'avait soustrait à l'action du sublimé en précipitant le mercure de la liqueur. Mais cette objection est surtout théorique. Dans la pratique, il est indifférent que le germe nocif soit mort ou vivant. Il suffit qu'il ne se développe pas, et la solution de bichlorure qui produira ce résultat est celle qu'il faut employer. IIEVUKS ET ANALYSES. 143 D'accord avec MiM. Guttmann et Merke, M. Bordoni-UtTreduzzi trouve la solution à 1 1000 trop souvent inefficace, et ne la recommande pas. Ce n'est qu'avec une solution à 3 millièmes, acidulée avec 5 mil- lièmes d'acide chiorhydrique,qu'ila obtenu la stérilisation des murailles nues ou couvertes ; cette même solution est suffisante pour les plan- chers formés de briques à surface vitreuse, de ciment, d'asphalte, ou les planchers de bois cirés ou vernis, lorsqu'ils sont en bon état, et pas très sales. Il faut porter la dose à 4 ou 5 millièmes pour les pavés de briques couvertes d'un enduit, et à 7 ou 8 millièmes pour les pavés de briques ordinaires, à cause de leurs propriétés absorbantes. On part pour la maison à désinfecter avec une Hqueur mère, ce qu'il faut pour l'étendre au degré voulu, et un petit outillage, très réduit et très portatif. On commence par enlever de l'appartement tout ce qui peut et doit passer par l'étuve de désinfection; on réunit le reste au milieu de la chambre; on commence par baigner le parquet pour que tout ce qui tombera des parois tombe dans un liquide désinfectant, et on procède ensuite à la pulvérisation, qu'on pousse jusqu'au moment où le mur parait uniformément mouillé, et où le liquide qui le baigne commence à se réunir en gouttelettes. Quant au plafond, on ne le désinfecte que dans les cas de variole, de scarlatine, de rougeole et de typhus exanthématique. En même temps que la désinfection de l'appartement, on fait celle des latrines, et éventuellement celle des lieux où ont pu être déposés des objets contaminés. Enfin, à chaque opération, on prélève une taxe de 5 francs non sur le locataire, mais sur le propriétaire. 11 y aurait profit et justice à faire aussi payer le locataire, quand il le pourrait. Dx. INSTITUT PASTEUR Personne morte de la rage après le traitement. Lacombe Ernest, 30 ans, menuisier à Paleslro (Algérie), mordu le 17 mars 1891 par un chien kabyle qu'on n'a pu rejoindre. Les morsures au nombre de six sont réparties sur les faces interne et externe du poignet gauche et sur la périphérie de la jambe gauche, à la hauteur de la crête tibiale; toutes sont profondes et ont donné beaucoup de sang; elles ont été cautérisées au thermocautère un quart d'heure après. Lacombe a suivi le traitement antirabique du 25 mars au 14 avril. Vers le 10 décembre, il est pris de bâillements incoercibles; le 20, il ressent des fourmillements dans le bras gauche, puis des douleurs violentes partant du poignet, gagnant i'avant-bras, le bras et l'épaule; le 23 il refuse de boire et manifeste de l'aérophobie ; le 25, il est pris de délire, devient furieux et succombe. L'incubalion de la maladie a été de 267 jours. 144 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE — JANVIER 1892. Morsures aux mains Morsures à la tête l simples et à la figure ( multiples . . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de catitérisution simples multiples . . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem- | simples bres et au tronc \ multiples . . . . Caxitérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps. . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu Trttaiiv ! Français et Algériens . lotaux. i Etrangers 1/, 31 ;5 î|2 7/ li Total général 100 7 3 1 jio » » » „ 24 18 U2 » » „ „ 10 7 17 » » » » » » » » » » 3 3 » » » » » » » » » » — 69 3 72 li' 13 4^1 l5 17* 20 ■1. La colonne A comprend les personnes mordues par des animaux dont la rage est reconnue expérimentalement; la colonne B celles mordues par des ani- maux reconnus enragés à l'examen vétérinaire; la colonne C les personnes mordues par des animaux suspects de rage. Les animaux mordeurs ont été : chiens, 95 fois; chats, S fois. Le Gérant : G. Masson. Sceaux. ~ Imprimerie ChaT'aire et C'a. ■^, r^s ~\ II r ^My &. ^ /"' /■ a t t^v .imales de i'insUtul lasiear l.ir^c I ; f.. 10 ^V^^^; 4" 12 Oino ANNÉE. MAUS 1892. N» 3. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR MMMm m\ Il PAMSITISMl IMRAfELLlLAIRE ET I^TRAMJCLÉVIIÎE CHEZ L'HOMME Par m. SOUDAKEWITCII, Prosectenr à l'Institiu pathologo-anatoiïiiqus de Kiefl*. PARASITISME INTRACELLOLÂIRE DES lOPLÂSIES CAIlREOSES I Un observateur, initié à la pathogénèse et aux tableaux microscopiques des diverses maladies infectieuses, n'admet pas sans peine que les microbes jouent un rôle dans Tétiologie du développement des néoplasies épithéliales et conjonctives. D'ordinaire, en effet, les microbes n'édifient pas, ils détruisent. Les néoplasies que l'on rencontre dans les maladies micro- biennes ne sont constituées que par des leucocyte et autres phagocytes mésodermiques. Dans aucune de ces maladies, on n'observe de modifications progressives des tissus, tels que les tissus épithéliaux, par exemple, et si, dans quelques alfections de la peau, comme la lèpre, la tuberculose cutanée, on observe un développement assez intense de la couche papillaire, ce n'est pas à l'influence directe des bactéries qu'il est dû. Les microbes paraissent éviter le tissu épilhélial. 10 146 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Le rôle des microbes dans le développement des condylômes aig-us (condjjlomata aciuninata) n'est point non plus bien établi. Tl n'est donc pas étonnant que les recherches bactériolo- giques n'aient pas donné de résultats positifs au sujet de l'étio- logie des carcinomes. Les travaux de MM. Nedopile, Scheurlein et Koubassow n'ont pas résolu cette question, qui est donc à reprendre. Les cinq dernières années ont vu paraître des descriptions de plus en plus fréquentes de divers corps inclus dans les cel- lules cancéreuses. Quelques auteurs prennent ces inclusions pour des Sporozoaires ou des organismes voisins. Ils inclinent même à leur attribuer la cause du cancer (Thoma, Darier, Albar- ran, Russel, Wickham, Malassez, Michaux, Nils Sjôbring, Pfeifîer, Kossinsky, etc.). D'autres savants croient que ces corps ne sont autre chose que des leucocytes ayant pénétré dans les cellules cancéreuses, où leur protoplasme subit une dégénérescence partielle (Borel, Klebs, Schlitz, Ilauser, Firket, Chattock-Ballance, Éberth, etc.). Il est évident qu'on ne peut nier la possibilité d'une dégéné- rescence partielle, par exemple hyaline, graisseuse ou muqueuse des cellules. La supposition, émise déjà en 1868 par Stendener *, d'une invagination des cellules cancéreuses les unes dans les autres, est aussi parfaitement plausible, surtout vu l'accroisse- ment si rapide de certains cancers et la résistance des tissus environnants. Je vais pourtant tâcher de prouver dans cet article que la plupart des corps inclus, décrits dans les cellules cancéreuses, doivent être reg-ardés comme des produits étran- gers, je dirai même comme de vrais parasites appartenant au groupe des Sporozoaires. J'ai d'autant plus hâte de le faire, que dans son dernier tra- vail sur ce sujet, M. Steinhaus^ dit que les formes qu'il a vues dans les cellules cancéreuses ne suffisent pas pour établir le parasitisme. En examinant de temps en temps des carcinomes, opérés dans la clinique chirurgicale du professeur llineck ou provenant d'autopsies, j'ai souvent pu observer des inclu- sions tantôt intracellulaires, tantôt intranucléaires. Elles se ■1. Ueber d. invaginirte Zellen. Arch. f. m. Anal., B. 4-, s. 188. 2. Ueber Carcinom-Einschlùsse. Virchoio's Archiv., t. 12(i, [i. 533. UEGHEaCllES SUll LE PAIIASITISME. 147 présentaient sous forme de cavités rondes ou ovales, quelquefois à parois distinctes. Ce n'est que nirement que j'eus la chance do voir à leur intérieur une ou plusieurs j^ranulalions centrales ou excentriques. Dans rautomnc de Tannéo 189U, le professeur MorosolT eut ramabilité de mettre à ma disposition une tumeur de parotide opérée par lui. L'examen microscopique démontra que cette tumeur était un cancer glandulaire. Il contenait de nombreuses inclusions intracellulaires et surtout intranu- cléaires. On en trouvait souvent 3 à 10 sur un môme champ visuel. Ces corps inclus avaient une forme ronde ou ovale, et des parois résistantes. Leurs dimensions étaient différentes, depuis celle d'un point jusqu'à une dimension beaucoup plus grande. Dans ce dernier cas, la substance nucléaire était complète- mentrefoulée et atrophiée. Malheureusement je ne trouvai aucun contenu dans ces cavités (la tumeur était conservée dans le liquide de Millier et ensuite dans de l'alcool). Pendant mon séjour à Paris, je montrai des préparations de ce cancer à M. Metchnikoiï, qui se prononça pour la nature parasitaire des corps inclus. Après mon retour en Russie, je me mis à étudier divers cancers, surtout les cancers glandulaires. Je commençai par examiner le matériel de l'Institut pathologo-anatomique, con- servé dans le liquide de Miiller et l'alcool. Naturellement, j'étu- diai de préférence le matériel chirurgical et non anatomique. Je commençai parles nombreux cancers de la glande mammaire, en examinant toujours les ganglions lymphatiques enlevés avec le foyer primordial. Les coupes faites avec le microtome de Reichert étaient incluses dans de la celloïdine, et étaient colorées par différentes méthodes. C^est surtout le carmin borique que j'employais, en prenant pour couleur supplémentaire le bleu de méthylène aqueux, le vert iodé ou l'hématoxyline et l'éosine. J'ai étudié en tout 59 cas de cancers (cancers des glandes mammaires, de la lèvre inférieure, des glandes lacrymales, du cerveau, du foie, de l'estomac, du duodénum, de l'œsophage, de la langue, du testicule et du rectum). Je trouvais toujours des corps inclus intracellulaires et intranucléaires. Dans certains cas, ils étaient très nombreux (comme, par exemple, dans un carcinome de la glande mam- 148 ANNALES DE L'INSTlïUT PASTEUR. maire); dans d'autres, beaucoup plus rares; il n'y avait pas d'exemple où ils fussent absents. En examinant les prépa- rations, je choisissais les vacuoles renfermant un contenu quel- conque, sans oublier jamais les possibilités d'erreur et de confu- sion indiquées plus haut. Mes observations me permettent de donner une planche de figures (PI. V), représentant les formes les plus nettes que j'ai pu voir. Pour économiser la place et simplifier les dessins, j'ai cru pouvoir ne point reproduire toujours le corps des cellules et leurs noyaux. La figure 1 (PI. V) représente la première inclusion qui attira mon attention. Une cellule cancéreuse de la glande mammaire renfermait un corps régulier, sphérique, qui avait refoulé et visiblement comprimé le noyau. Ce corps faisait l'etïet d'une bulle à parois résistantes; sur la surface intérieure des parois étaient disposés de petits corps clairs et arrondis. Ils étaient bien visibles à cause de la coloration intense de la paroi par riiématoxyline. Ces corps inclus étaient indubitablement étran- gers à la cellule cancéreuse, et on ne pouvait les confondre ni avec le noyau, ni avec le protoplasme dégénéré, ni avec les leu- cocytes. Le reste des figures est disposé sur la planche à peu près d'après la marche graduelle de complication de leur structure. Chaque corps inclus est muni d'une capsule plus ou moins épaisse. Leurs formes sont très variées, tantôt rondes (fig. 2, 3, 19, 23), tantôt irrégulières, dans le genre d'une cellule amiboïde (fig. 9, 10, 11, 12), tantôt vermiformes (fig. 13, 14), ou semilu- naires (tig. 15, 16, 20). Dans quelques-uns, aut'our des corps amiboïdes apparaît une couche annulaire de substance finement granuleuse (fig. 17, 18). Puis on aperçoit une formation ana- logue au noyau (fig. 15, 20, 21) et, enfin, un vrai noyau, ayant une affinité pour les couleurs spécialement nucléaires (fig. 22). Finalement, je trouvai dans la cellule cancéreuse une autre cel- lule moins grande, ayant une capsule distincte et se rapprochant d'un leucocyte par sa structure et ses dimensions (fig, 25). Les inclusions les plus complètes sont celles représentées sur les figure 23, 20, et sur la figure 1, Planche VI. Elles ont, ou bien deux capsules {{\<^. 20 et 1, Pi. Vl), ou bien peuvent être regar- dées comme des inclusions doubles [tii^. 27). Le contenu des IIECIIEIICIIES SUR LK ]>AIIASITISME. 149 inclusions f sL parfois multiple, tantôt volumineux (fig. Jk 6j, lantôtlrès petit (fig. 7). Dans des cas comparativement rares, il y avait 2, 3 et même o corjis inclus dans une cellule (fig. 2, PI. VI). Ces corps étaient alors tDUJours moins grands que lorsqu'ils étaient à l'état d'in- clusions isolées. Tous les tableaux représentésdanscemémoire, ainsi que toute une série d'autres observés par moi, me coniirmèrent de plus en plus dans l'idée que les cellules cancéreuses renfermaient des parasites. Dans de vieilles préparations de cancer, faites à ditférentes époques et conservées dans le liquide de Flemming', je retrou- vai de petites cellules dans celles du cancer; elles étaient renfermées à l'intérieur de vacuoles à parois distinctes, prove- nant évidemment de la solidification du protoplasme (PI. VI, %. 3, 4). Il fallait donc attendre de nouveaux cas et modifier la méthode de durcissement. Au mois de novembre 1891;, mon honoré collègne, M. le D"" Favorsky, rencontra dans une autopsie (à l'hôpital militaire) une carcinomatose étendue dans la cavité abdominale. îl eut la complaisance de mettre ce matériel à ma disposition. C'est le pancréas qui servait évidemment de foyer pri- mordial. On trouva de plus une inliltration cancéreuse accusée des gang-lions rélro-péritonéaux et des ganglions lymphatiques du mésentère. Le foie, la rate, les poumons, l'intestin grêle conte- naient des métastases volumineuses. Les lésions de l'intestin grêle se présentaient sous forme d'ulcères ronds à bords nette- ment infiltrés. Enfin il y avait une dégénérescence cancéreuse accusée du ganglion de l'aine droite. Cette tumeur avait la dimension d'un œuf de pigeon. — La veine cave inférieure était bouchée sur l'étendue de 1,5 centimètre, en partie par un coagulum sanguin pâle, en partie par un thrombus can- céreux. Je conservais en général mon matériel dans le liquide de Millier. Mais en même temps je découpais de petits morceaux dans les régions les plus typiques et non dégénérées, que je divisais en deux parties. L'une était piacée dans le liquide de 150 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Mûller.raiilre dans une solution à 1 0/0 d'acide osmique. J'opérais ainsi afin de pouvoir comparer les résultats des deux méthodes. Les morceaux restaient pendant deux jours dans Tacide osmique, et étaient ensuite transportés dans le liquide de MûUer * pour 3 à5 jours. Après un lavage soigneux dans de l'eau, on les transportait dans de l'alcool à concentration de plus en plus forte jusqu'à durcissement complet. Les coupes, faites avec des morceaux qui n'avaient été inclus dans aucune matière, se coloraient très bien par l'héma- toxyline ancienne de Ranvier. Les tableaux que j'observai sur les premières préparations me déconcertèrent. Sur le fond légèrement jaune sale de la préparation, on voyait à côté des noyaux, colorés comme d'habitude, des formations .sphériques et régulières, disséminées et colorées en violet pur plus ou moins intense (phénomène de métachromatie). Cette couleur était tout à fait analogue à une coloration par un violet d'aniline. La structure des nodosités cancéreuses était parfaitement typique. Dans le foyer primordial on observait le tableau du cancer glandulaire mou, tandis que les métastases présentaient un accroissement du tissu conjonctif et ollraient un caractère cirrhotique. Les cellules cancéreuses se distinguaient par leur grande dimension. Leur protoplasme était tantôt normal, à fines granu- lations, tantôt consistait en grains brillants, sphériques et homo- gènes. Ces grains ne se coloraient nullement par l'hématoxyline. Quelquefois, parmi eux, étaient dispersées des gouttes graisseuses beaucoup plus petites et colorées en noir par l'acide osmique. On pouvait observer sur les préparations les transformations progressives du protoplasme en grains homogènes. Ces cellules, que j'avais observées antérieurement dans d'autres cas, avaient beaucoup d'analogie avec les cellules hyalines des granulomes du rhinosclérome. Pourtant les granu- lations de ces dernières étaient uniformément fines, et je n'avais pas rencontré du tout de grands amas. 1. J'ai remarqué que les tissus fixés par l'acide osmique se coloraient mieux par l'hématoxyline après avoir séjourné, même peu de temps, dans le liquide de Millier. RECHERGIIES SUR LE PARASITISME. lot Les corps violets avaient des dimensions très difl'érentes, depuis celle d'un coccus, jusqu'à celle de la cellule cancéreuse elle-même. Souvent on voyait des formations petites ou grandes d'une couleur olive; elles ne se coloraient pas du tout. Tous les corps inclus, à de rares exceptions, avaient une capsule distincte à double contour. Ce n'est que rarement qu'on pouvait voir dans les prépa- rations deux corps complètement semblables ; ils différaient tous par leur dimension, et par leur structure très variée. Les corps les plus simples avaient l'aspect d'un amasolivaire arrondi, de consistance colloïde; mais ils devenaient de plus en plus compliqués. Le petit amas s'entourait d'une nouvelle couche, tantôt homo- gène et tantôt finement granuleuse (PI. Vil, fig 4, 5, 8). Dans certains cas on observait encore un nouvel anneau avec des intervalles minces etréguliers (fig. 13). Quelques-uns avaient à leur périphérie comme des rayons tantôt minces et tantôt épais; ces rayons étaient ou bien uniformes dans leur par- cours, et pointus à l'extrémité, ou bien portant de petits renlle- ments aux bouts (PL YII, fig. o, 6, 7, 11, 14). La capsule externe en contenait une autre, pas aussi régulière, plissée, on aurait dit affaissée sur elle-même (fig. 14). Les rayons de certains corps étaient plus longs, se coloraient par l'hématoxyline, et ressemblaient beaucoup à des pseudo- podes (fig. 3, 10). La capsule contenait souvent plus d'une inclusion; quelque- fois il y en avait plusieurs, — 6, 8, 12 et plus. Leur forme était tantôt sphérique, tantôt elliptique, tantôt celle de bâtonnets un peu courbés et renflés aux bouts (fig. 15, 18). De telles capsules, contenant plusieurs corps inclus comparativement volumineux, ne se coloraient pas en violet. Il y avait des cellules qui renfermaient plusieurs corps inclus, — jusqu'à 15. Ils étaient d'une dimension à peu près égale, ayant chacun une capsule séparée. Leur contenu était tantôt semblable, tantôt ditîérent. Plusieurs fois j'ai trouvé des cellules dont les inclusions étaient de dimension et de structure différente (PL VI, fig. 7, 8; PL VII, fig. 19). Les cellules cancéreuses à corps inclus multiples étaient hypertrophiées, et atteignaient de très grandes dimensions. Enfin 152 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 1rs nodules métastatiques renfermaient des capsules à contenu multiple. Ce dernier consistait en granulations tantôt fines et serrées, tantôt rangées en filaments. Les granulations se colo- raient en violet foncé par l'hématoxyline. On observait au centre ou à la périphérie de l'amas granuleux une petite masse protoplasmique incolore (PI. YII, fig. 20, 21). 11 y avait aussi sur les préparations beaucoup de formes sem- blables aux leucocytes, renfermées dans les vacuoles. Ne pouvant décrire les nombreuses formes dans toutes leurs diversités, je me contente de donner ici des figures exactes (PI. YII), plus démonstratives que toute description. La figure 1 représente un foyer métastatique, comparativement rare, du foie. On peut y observer sur le même champ visuel 28 inclusions différentes de grandeur variée. Un examen superficiel des premières préparations de ce cancer me montra parfaitement que j'avais affaire à un vrai organisme animal étranger, et non à des noyaux déformés, à du protoplasme en voie de dégénérescence, à des leucocytes incor- porés, ou à des cellules cancéreuses invaginées. Il m'était beaucoup plus difficile de définir la nature et la place de cet être dans le système zoologique. J'abandonnai donc aux spécialistes la solution de ce pro- blème, ainsi que l'éclaircissement des relations mutuelles entre les diverses formes, et je continuai à étudier ce cas ainsi que d'autres encore. Je fis des coupes avec des morceaux du cancer du dernier cas décrit, en les durcissant dans le liquide de Miiller. Je vis alors que sur ces nouvelles préparations, les sporozoaires indubitables que je viens de décrire avaientun tout autre aspect. Par exemple on n'observait presque pas de phénomènes de méta- chromatie après la coloration par l'hématoxyline. Les parasites étaient très nombreux, mais on ne retrouvait plus en eux la trace de la structure compliquée décrite plus haut; ils ressemblaient beaucoup aux formes représentées sur la première planche. Ce sont surtout des corps parfaitement sembla- bles à des colloïdes, ou à une substance muqueuse sans structure, que l'on trouve sur ces préparations. De tels tableaux pouvaient être facilement interprétés comme RECIIEIÎGHES SUR LE PARASITISME. 133 provenant de la dégénérescence protopiasmique des cellules cancéreuses. Parmi le matériel de l'Institut pathologo-anatomiqiie, je trouvai encore deux cancers de pancréas (l'un secondaire, après un cancer de l'estomac, l'autre primaire, les deux accompagnés de métastases du foie) conservés dans le liquide de Millier. En examinant les préparations faites avec ce matériel, je compris la signiiication de ces inclusions intracellulaires, volumineuses parfois, que je prenais autrefois pour une modification des noyaux ou pour une dégénérescence protopiasmique. Les figures 9 et 10 (PL YI) présentent les inclusions les plus caractéristiques de ces cas. Les tableaux étaient quelque peu différents dans le cas d'un cancer extirpé des reins. Ici les inclusions (PI. VI, fig. 11, 12, 13, 14, 15) avaient l'aspect de bulles sphériques, fortement colorées par l'hématoxyline; leur contenu était différent. On ne pouvait confondre ces bulles qu'avec les noyaux. Les trois cas que je viens de mentionner ( 2 du pancréas et 1 des reins), ainsi que 14 autres cas observés par moi dans le matériel de llnstitut patholog-o-anatomique (cancers du foie, des glandes mammaires, du testicule et de la matrice) présen- taient des inclusions d'aspect très semblable à celui des forma- tions que je regardais comme de vrais sporozoaires. Ces observations prouvèrent de plus que le premier cancer pancréa- tique étudié avait un gjrand intérêt, non seulement comme cas isolé de cancer contenant quantité de vrais sporozoaires, mais aussi comme point de départ dans l'explication de toutes les autres inclusions cancéreuses. Je fixais les carcinomes frais par le liquide de Flemming et l'acide osmique. Je constatais toujours la présence de parasites. J'ai étudié jusqu'ici 18 cas semblables (cancers du foie, de la glande mammaire, glande lacrymale, matrice et lèvre infé- rieure). C'est surtout dans un carcinome du foie (dans la clinique chirurgicale du professeur Rineck) que je trouvai la plus grande quantité de parasites. Le cadavre nous parvint assez frais, de sorte que l'autopsie fut faite bientôt après la mort. L'examen macroscopique démontra que le foie était complète- ment envahi par une quantité de nodules, surtout petits, et que 154 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. le parenchyme était réduit au minimum. Il n'y avait point du tout de métastases. Les cellules cancéreuses étaient très grandes, et présentaient des figures karyokinétiques géantes et asymétriques bien mar- quées, de l'hypochromatisme, etc. Ces cellules contenaient des parasites tantôt isolés, tantôt multiples. Après nne coloration prolongée par la safranine, quelques préparations présentèrent des phénomènes de métachromatie et prirent une couleur violet pâle (comme dans les observations faites sur la coloration du système nerveux d'après la méthode d'Adamkiewicz). Il y avait des formes très ressemblantes aux formes rayonnées du cancer du pancréas (PL YII, fig. 19, 20, 28); d'autres étaient tout à fait originales (fig. 22, 23). Très souvent, on trouvait ici non seulement des formes intracellu- laires, mais aussi intranucléaires (fig. 2.j, 26) de dimensions différentes. Dans ce cas, les cellules cancéreuses contenant des parasites présentaient des modihcations très caractéristiques ; leur noyau était tantôt refoulé et contracté, tantôt agrandi (il rappelait le stade monaster). Les contours cellulaires étaient irréguliers comme à l'ordi- naire, mais, en outre, ils étaient munis de longs prolongements lins, dans le genre des pseudopodes. Je ne me prononce pas encore sur ce phénomène, observé par moi antérieurement (sur la lèvre inférieure). Je ne puis qu'indiquer une modilication analogue de l'épithélium rénal de Hdix hortensis sous l'influence de l'introduction delà Klossia (Pfeilïer, Protozoen aïs Infections- erreger, II AulL, s. lo, 7G, 77). Tels sont les faits que j'ai observés. En les résumant, je me crois autorisé à dire que dans tous les 95 cas de cancers étudiés par moi, j'ai toujours trouvé des parasites intracellu- laires de la classe des Sporozoaires. La présence du parasite causait d'un côté une hypertrophie de la cellule et parfois une modification de son protoplasme, et d'un autre, différentes modifications du noyau, souvent dans le sens de la karyokinèse. Ce n'est que sous forme de supposition plausible que je peux ajouter que les parasites, observés dans les divers cancers, appartiennent à des espèces différentes. REGllEllCIlES SUR LE PARASITISME. 155 Même eu laissant de côté les nombreux travaux* sur le cancer, travaux qui prouvent qu'on avait, sans aucun doute, alFaire à de vrais parasites, nous pouvons multiplier les cas de parasitisme, observés dans les cellules cancéreuses, en nous adressant ù la littérature médicale des décades précédentes. Il suffit de lire les articles de Leubuscher-, W. Braum\ Erichsen* et d'autres, et de voir leurs dessins pour se convaincre que ces observateurs avaient alîaire à des parasites du cancer. D'après ce que je sais, Virchovv a le premier observé ces parasites, il y a quarante ans de cela. On le voit d'après les dessins exacts joints à ses articles : Sur IHistoire du, développe- ment du cancer. Archic. de Virchow, t. I, 1847, p. 94, et La for- mation endogène des cellules dans le cancer, Ibid., t. III, 1831, p. 127. Surtout voir le T. I, PI. II, fig. 5, et T. III, PI. II, fig. 2 f, (/, (', /', g, II, i,j: iig. 3 b, c, e; lig. 4 a, a' b, c, d, /", ; fig. 6 a, b, e. Dans un article prochain je tâcherai d'exposer mes observations sur les relations des parasites envers le proto- plasme et le noyau, et sur les cellules géantes typiques, dans les néoplasies cancéreuses. 1. M. A. Kossinsky, Contribution d l'étude des phystaU phares des tumeurs cancé- reuses. Annales de VUniversilé de Varsovie, 1890, n° 7, p. o, fig. i, 2, 8, 9. L. Wickham, Contribution à l'étude des psorospcrmoses cutanées. Maladie de Pacjct. 1890. PI. II, fig, 4, o, 6. PI. III, fig. 12, lo. D. Hansemann, Ueb. assimetrische ZeUtlicHung in Epithelkrebsen u. d. biolo- gische Reieulung. Vir. Arch., T. 119, 1890, p. 299, PI. IX, fig. 4, 8, 17, 18. H. Stroebe, Zur Kenntniss verschiedener cellidurer Vorrionge und Erscheinungen in Geschwiilstcn. E. Zieglcr's Beitrdgc. T. XI. 1890, p. 1. Pi! I, fig. 8, 9, 13, ia, 17. J. Steinliaus, loco citato, pi. XVIII, fig. 3, 13, Li, lu, 12, 18, 19, 20 et toute la planclie XIX. Foa, Gazzeta medicn di Torino, 1891. 2. PatliologischeBindegewebscntwicIcelunj ini Gehirn. Virchow's Arch , t. XIII, 1858, s. 494, pi. VIII, fig. 6. 3. Zur Schleini-metnmorphose der Krebses, Id., t. XVII, 1859, p. 46-4, pi. X, fig. 2. 4. Zwei Fdlle von Carcinosis miliaris acuta. Id., t. XXI, 1861, p. 465, Pi. VII, fig. 3. Voir aussi les travaux sur le cyiiiulrome, Koester, Boeltcher, etc., ainsi que leurs dessins. 156 ANNALES DE LLNSTfTUT PASTEUR. EXPLICATION DES PL/^NCHES PLANCHE V Beaucoup de figures représentent les inclusions dans le corps cellulaire et le noyau. Toutes les figures sont prises avec l'objectif et l'oculaire 3 de Hartnack. Les fig. 4 et 26 avec l'apochromatique âjO"™, oculaire compensât. IV Hartnack. Fig. 1, 2, 3. — Cancer do la glande mammaire. Carmin, Bleu de méthy- lène. Fig. 3. — L'inclusion s'insinuo dans le noyau. Fig. 4. — Ganglion du même cas. Le canal du vaisseau lymphatique renferme deux cellules cancéreuses avec des inclusions irrégulières. Le traitement des préparations est le mèm e. Fig. 5, 6. — Autre cancer de la glande mammaire. Carmin, vert iodé. Fig. 7. — Cancer du cerveau. Capsule distincte à contenu finement et peu coloré. Elle a refoulé le noyau. Carmin, bleu de méthylène. Fig. 8. — Cancer du testicule non descendu. Les parties foncées de l'inclusion colorées par l'hématoxyline, le centre par l'éosine. Fig. 9, 10, M, 12, 13, 15, 16, 17. — Cinq cas de cancer de la glande mammaire. Carmin, bleu de méthylène. Fig. m. — Cancer du ganglion de la poitrine. Même traitement. Fig. 18, 19, 20. — Métastases miliaires du péritoine, accompagnant le cancer de l'estomac. Même traitement des préparations. Fig. 21, 22. — Morceaux du foyer primitif du cas précédent. Carmin, vert iodé. Fig. 23. — Inclusion double du cancer du duodénum. Carmin, bleu de méthylène. Fig. 2-i. — Cancer du rectum. Même traitement de préparations. Fig. 23, 26. — Inclusion du cancer de la glande mammaire. Hématoxy- line-éosine. PLANCHE VI Fig. 1, 7, 8. 10 et 28. — Système apochromatique. 2,0°"", oculaire compensât. IV. Les autres figures avec les objectifs 8 et 9 et l'oculaire 3 de Hartnack. Fig. 1. — Coupe d'un vaisseau sanguin (?) du cancer de l'estomac. Le canal de ce vaisseau contient deux cellules cancéreuses, dont Tune ren- ferme une inclusion et deux corpuscules sanguins. Hématoxyline-éosine. Fig. 2. — Cellule du cancer de la glande mammaire contenant des inclusions multiples. Carmin, bleu de méthylène. Fig. 3, 4. — Deux cellules d'une ancienne préparation du cancer du foie ; l'une contenant deux inclusions. Flemming, safranine, acide picrique. Fig. 5, 6. — Diverses formes des parasites du 1" cas du cancer du pan- créas. [{KCllEllCHKS SUR LE PARASITISME. 157 FiG. 7 cl 8. — Deux cellules à parasites niulliples. Phénouicnes de « Mehi'lings infecUon ». FiG. 9. — Inclusion du â* cancci* du pancréas. Héniatoxyline-éosine. Fk;. 10. — Cellule avec inclusion d'une métastase du foie, accompagnant un cancer primaire du pancréas. (IIP cas). Carmin, bleu de méthylène. FiG. Il, 12, 13, 14, 15. — Inclusion du cancer des reins. Hématoxjline- éosine. FiG. 16. — Inclusion avec capsule épaisse d'un ancien cas de cancer pri- maire du foie. Carmin, bleu de méthylène. Fu;. 17. IS, 19, 20, 21, 22, 23, 2i, 25, 26, 28. — Inclusions du cancer primaire du foie. Flemming. Safranine. FiG. 21. 22. 23. — Capsules à contenu multiple non coloré par la safra- nine. La formation semi-lunaire sur la fig. 22 est colorée par la safranine. Le contenu de la capsule sur la fig. 23 ressemble à un groupe de bacilles courts et épais, collés ensemble. FiG. 25. — Noyau agrandi d'une cellule cancéreuse avec deux inclusions. Fig. 26. — Inclusion intranucléaire. FiG. 27. Cellule du cancer de la glande mammaire avec une inclusion et une figure karyokynétique. Flemming. Safranine. Fig. 28. — Cellule avec deux corps inclus, dont le plus petit est en dehors du foyer. PLANCHE VII La fig. 1 est reproduite avec l'objectif 7 et l'oculaire 3. Les autres avec l'objectif 9, l'oculaire 3 de Hartnack. Acide osmique. Coloration par l'hémaloxyline. Fig. 1. — Région de métastase du foie. P'' cas du cancer du pancréas. Acide osmique. Dans l'angle inférieur gauche du dessin on voit un groupe d'érytrocytes jaune pâle. On voit 28 formes diverses du parasite sur la figure. La forme a correspond à celle de la fig. 1 représentée avec un plus fort grossissement. La forme b ressemble aussi à celle de la fig. 4. Seulement les filaments sont beaucoup plus minces et l'enchevêtrement formé par eux plus épais. Fig. 2, 3, 6, 7, 8, 9, 10, \ 1, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 20, 21. — Diverses formes des parasites ilu 1" cas du cancer du pancréas. Acide osmique, hématoxyline. Fig. 4. — Au centre de la capsule est disposé un corps rond, de couleur olive. Il contient un noyau. Le reste de l'espace est occupé par des filaments tantôt grêles et tantôt épais entrelacés et de couleur violette. Fig. 5. — Formation en pelotte à épingles. Les filaments sont colorés en violet, et leurs bouts renflés (spores) en violet foncé. Fig. 19. — Cellule à infection multiple du même cas. Même traitement des préparations. AU SUT DB MÉMWIIE M M. SOliDAKEWlTCtt Pau xAI. E. METGHNIKOFF, M. Soudakewitch a joint à son manuscrit plusieurs pré- parations du cas de cancer principalement étudié par lui, c'est-à- dire d'un cancer du pancréas et des ganglions lymphatiques, siège de métastases. Partout on voit toute la série de formes exactement décrites dans son mémoire. Ce sont d'abord de très petits corps ronds, nettement délimités et siégeant sûrement dans l'intérieur du protoplasma des cellules cancéreuses. 11 ne peut être question ni d'invagination des cellules cancéreuses ni d'une dégénérescence des cellules dans ces corps ronds. La seule interprétation qui puisse être en harmonie avec les connais- sances actuelles est celle-ci, que les corps intracellulaires sont des parasites qui se sont introduits dans l'intérieur des cellules et y ont acquis des proportions considérables. La structure de ces parasites, leur enveloppe solide, ainsi que leur contenu proto- plasmique indiquent que nous avons aifaire plutôt avec des Coccidies qu'avec aucun autre groupe d'organismes. Parmi les données d'autres savants qui ont précédé M. Soudakewitch, il faut citer surtout celles de M. Foa, qui a trouvé dans un cas de cancer de la mamelle des corps ronds tout à fait semblables à ceux de M. Soudakewitch. J'appuie cette .analogie sur l'examen des préparations qui m'ont été obligeam- ment montrées par M. Foa, et surlesquelles on aperçoit plusieurs états du parasite rond, correspondant à ceux de M. Soudakewitch. Mais le parasite décrit par les auteurs cités n'est point évidemment le seul qu'on trouve dans des tumeurs malignes. Depuis quelques années j'ai eu l'occasion d'examiner les pré- parations de M. Malassez et de ses élèves, MM. Albarran, Darier, Wickham, sur lesquelles on voit bien des parasites dans l'intérieur des cellules des néoplasies. Ce qui frappe surtout l'observateur, c'est la ressemblance frappante qui existe entre ces intrus et les jeunes stades de la coccidie du lapin, décrits RtCIIEIlClIES SUR l^l'] PARASITISME. 139 par M. JMalassez ', ainsi que l'analogi»^ outre la néoplasie épilhéliale des canaux biliaires du lapin alteint de psoro- spermose et les véritables tumeurs épithéliales. Ces deux rapprochements, appartenant à M. Malassez, ont servi de point de départ aux études sur l'éliologie des tumeurs, études entre- prises par M. Malassez lui-même et ses élèves. Les découvertes de M. Soudakewitch constituent un pas nouveau et très intéressant dans cette voie. Une fois orientés dans la question du parasitisme dans le cancer, on pourrait tracer une sorte de programme pour les études subséquentes. Comme dans ces tumeurs on ne trouve qu'un nombre limité de stades qui ne résument point le développement complet des coccidies, il faudrait rechercher ce que deviennent les parasites en dehors de lorganisme malade. Les parasites devraient être étudiés surtout à l'état vivant, dans leurs évolutions après l'abla- tion de la tumeur. L'étude des pièces durcies n'est point suffisante pour éclaircir toutes les questions principales. Pour ce qui concerne les inoculations, il ne faudrait point perdre de vue que les coccidies sont des parasites très délicats, dont chaque espèce n'est capable de vivre que dans une espèce de cellules d'une seule espèce animale. Voilà pourquoi on ne peut pas espérer inoculer avec succès le cancer de l'homme à des animaux. D'un autre coté l'analogie des cancers avec la psorospermose des lapins oblige d'entreprendre les inoculations non avec des pièces fraîches, mais bien avec des cancers qui ont séjourné pendant un temps plus ou moins long en dehors de l'organisme. La psorospermose des lapins est une maladie miasmatique typique, se propageant par des spores qui se déve- loppent après la mort des lapins, dans le milieu ambiant. L'ana- log'ie avec le cancer fait présumer de même que ces néoplasies appartiennent au nombre des maladies miasmatiques, qui se répandent aussi à l'aide de spores formées en dehors de l'orga- nisme. Toutes ces hypothèses peuvent servir au moins comme point d'appui pour des recherches ultérieures sur cette maladie des plus importantes. 1. Archives de médecine expérimentait', 18'Jl, p. 1. ETUDE EXPERIMENTALE m mh mm\m ou cobra cape ET EXPOSÉ D'UNE MÉTHODE DE \EliTlî.\llSATIO.\ DE CE WJIN II.WS l/OIKIAMSME Par m. le D"" Albert CALMETTE. Médecin de l''" classe du corps de santé des colonies. Directeur de l'Inslitut bactériologique de Saigon. Un village des environs de Bac-Lieu (Cochinchine), a été assailli, au mois d'octobre 1891, à l'époque des grandes pluies, par une bande de serpents venimeux appartenant à l'espèce Naja tripiidians ou cobra capel. Ces animaux, refoulés jusque dans les cases indig'ënes par l'inondation, ont mordu quarante individus, dont quatre, d'après ce qui nous a été rapporté, sont morts presque aussitôt. Un Annamite a pu capturer et enfermer dans un baril dix-neuf de ces cobras, et l'administrateur de l'arrondis- sement, M. Séville, eut l'obligeance de les adresser au labo- ratoire. Quatorze d'entre eux arrivèrent encore vivants. Nous en sacrifiâmes immédiatement onze pour extirper leurs glandes à venin. On sait que le naja tripudians est le serpent le plus redou- table de toutes les espèces venimeuses : sous le rapport de la puissance destructive, il dépasse de beaucoup les crotales et les trigonocéphales ou serpents fer de lance du nouveau monde. Dans l'Inde anglaise seule, où il est extrêmement répandu, il occa- sionne, d'après les rapports officiels, une mortalité de 20, 000 per- sonnes chaque année Ses victimes sont nombreuses aussi en Birmanie, dans la péninsule malaise, à Sumatra et Java. En Cochinchine, les Annamites le redoutent beaucoup, mais, ETUDE EXPEIUMKNTALE. 161 bien qu'il soit assez commtin, on entend rarement parler d'acci- dents mortels occasionnés par ses morsures, du moins aux environs de Saigon. La variété la plus répandue dans ces parages porte sur la face supérieure de la dilatation du cou une empreinte circulaire blanche, en monocle, au lieu de la forme en lunettes qui est plus commune dans l'Inde, surtout à Ceylan. Les autres caractères zoologiques sont les mêmes, d'ailleurs, pour les deux variétés, et elles n'ont rien à s'envier l'une à l'autre, en ce qui concerne l'intensité de leur venin. Les laboratoires d'Europe ne sont pas bien placés pour fies recherches sur le venin des najas, des trigonocéphales ou des crotales. Aussi nos connaissances sur ce sujet sont-elles restreintes. Weir Mitchell et Reichard en Amérique, Wall et Armslrong- en Ang-leterre, le professeur A. Gautier en France, ont cependant pu étudier la composition chimique de ces venins, et quelques-unes de leurs propriétés physiologiques. M. A. Gautier a préparé, en 1881, avec des échantillons de venin authentique de trigonocéphale et de naja, deux alcaloïdes nouveaux (najine et élaphine) présentant les réactions habituelles des ptomaïnes, mais qui ne constituent pas la partie la plus dan- gereuse de ces venins : ils ne font pas succomber les animaux; tout au plus leur donnent-ils un peu d'essoufflement ou d'hébé- tude, quelquefois de la somnolence. D'après ce savant*, « la partie essentiellement active du venin des ophidiens est azotée, mais non alcaloïdique ; bien mieux, la composition centésimale du venin se rapproche singulièrement de celle de la partie incristallisable extractive des urines nor- males ». La nature du principe actif des venins nous est donc inconnue ; mais leur mode d'action physiologique et la disposition anato- mique des glandes qui les sécrètent font supposer une analogie entre eux et la salive parotidienne. Les glandes des najas repré- sentent exactement les parotides des autres animaux, et même, à l'état normal, la salive des vertébrés supérieurs, celle de l'homme par exemple, contient des substances toxiques. M. k. Gautier en a retiré un extrait, venimeux au moins pour les oiseaux, et, 1. Séances des 12 et 19 janvier 1886, Bulletin de l'AccuL de méd. 11 162 ANNALKS DE L'INSTITUT PASTEUR. d'après lui, le venin des serpents diffère de notre salive par l'intensité des effets bien plus que par sa nature intime '. En dehors des recherches que nous venons de citer, aucun travail d'ensemble n'a été entrepris encore, avec des matériaux d'expériences suffisants, sur la physiologie de l'envenimalion par le naja, et sauf la Thanatophidia indica de Fayrer (Londres 1872) et le mémoire lu par le même auteur à la Société médicale de Londres le 28 janvier 1884% qui résume à peu près tontes les connaissances que l'on avait acquises, à cette époque, sur le venin des serpents en général, nous n'avons pu relever, dans la bibliographie médicale, aucun document un peu complet sur ce sujet®. Aussi ne pouvions-nous pas laisser échapper l'occasion exceptionnelle qui s'offrait d'en poursuivre l'étude, à l'aide des vingt-deux glandes venimeuses fournies par nos cobras. Nos expériences, entreprises avec la collaboration de M. le D' Gaston Lépinay, médecin adjoint du laboratoire de bactériologie, ont porté sur 215 animaux. Nous avons cherché, malheureusement sans succès, à produire l'état réfractaire, l'immunité artificielle contre l'envenimalion, en appliquant tour à tour chacune des méthodes à l'aide desquelles on a pu, récomment, créer l'immu- nité contre les toxines microbiennes ou contre les albumoses végétales toxiques telle que la ricine (Ehrlich). Mais, par contre, nous avons trouvé une méthode qui permet d'arrêter sûrement i'envenimation à son début, pourvu que les symptômes de paralysie bulbaire ne se soient pas encore manifestés. Cette méthode s'est montrée efficace sur les animaux de laboratoire, lapins, cobayes, singes, chiens, et bien que nous n'ayions pas eu l'occasion de l'appliquer à l'homme, nous pensons qu'elle con- serverait sur lui son efficacité. 1. Les alcaloïdes dérivés des matières proteiques sous l'influence de la vie des ferments et des tissus. Journal il'anat. et de plujsiol. sept.-oct. i881. '2. Traduit par M. le D'' Treille dans les Archives de méd. navale, juillet 1884. 3. En revanche les travaux sur le venin de la vipère {Pelias bcrus) commune en Europe sont nombreux. Les plus importants ont élé publiés par M. Viaud Grand- Marais, de Nantes. On en trouvera, du reste, la bii)liographie rompiète dans ['ar- Wç,\ii Serpents venimeux du même auteur, dans le Dicfioinifiire encijclopcdiqu^, 3c série t. IX. ETUDE EXPÉRIMENTALE. 163 PRÉPARATION ET CONSERVATION DU VENIN, Les glandes à venin du naja adulte ont à peu près la grosseur et la forme d'une amande décortiquée. Le liquide qui s'en écoule lorsqu'on les comprime, est transparent, filant; mélangé à l'air, il forme des bulles très persistantes comme une émulsion de blanc d'œuf. Chaque glande en fournit à peu près trente gouttes, et nous estimons que tout l'appareil à venin d'un naja de forte taille n'en contient pas plus de trois grammes. Les vingt-deux glandes dont nous avons pratiqué l'ablation ont été recueillies dans des cristallisoirs stérilisés et divisés en trois lots : i^^ lot. — Sept glandes, finement hachées, ont été triturées dans un mortier de cristal et mélangées avec 30 grammes de glycérine à 30'^ Baume, pure, puis passées à travers un tamis en fil de laiton. Le liquide tamisé a été réparti dans des tubes à essai flambés et dans des tubes à vaccin. 2" lot. — Huit autres glandes ont été mises à macérer dans la glacière, pendant 18 heures, avec 300 grammes d'eau distillée stérilisée. Le lendemain, un quart du liquide recueilli fut mis à évaporer sous une cloche avec de l'acide sulfurique, deux autres quarts stérilisés par filtralion sur une bougie Chamberland, et le dernier quart mélangé daus un ballon avec 10 grammes de phosphate de chaux en poudre. Ce phosphate fut ensuite dessé- ché à l'étuve à 50°. 3® lot. — Les sept dernières glandes, broyées et macérées pendant 18 heures avec 2.j0 grammes d'eau salée à 10 0/0, furent ensuite traitées par 50 grammes d'une solution saturée de sulfate de soude et jetées sur le dialyseur. Douze heures après, on a recueilli dans des matras le liquide visqueux resté sur la membrane du dialyseur, en l'additionnant de quelques gouttes d'essence de santal afin d'éviter la putréfaction. Ces préparations nous ont servi à pratiquer toutes nos expé- riences. Le produit obtenu par la trituration des glandes avec la glycérine s'est montré d'une virulence extrême. Une goutte, placée sous la peau, suffit pour donner la mort en moins d'une heure aux petits animaux, rats, pigeons, et en un peu plus c-^- \.-' d ^ /} i64 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUU. de temps, mais d'une manière tout aussi fatale, aux poules et aux lapins. Le venin ainsi préparé ne s'altère pas et conserve proba- blement très longtemps toute sa virulence, pourvu qu'il soil maintenu dans l'obscurité. Celui que nous avons obtenu par l'évaporalion sous cloche, au moyen de l'acide sulfurique, présente l'aspect de petites lamelles écailleuses jaune brun. Une trace de ce venin desséché, triturée avec un peu d'eau distillée et inoculée dans le muscle pectoral d'une poule, la tue rapidement. La solution aqueuse filtrée sous pression de quatre atmos- phères au filtre Chamberland, est aussi virulente après qu'avant la filtration. Bien que cette préparation représente seulement une dilution de venin à environ 2 0(0, il suffit d'en injecter 3 gouttes à un pigeon pour lui donner la mort en 10 minutes environ. Le lapin en supporte quelquefois i/8 de centimètre cube, mais en injection intraveineuse, deux gouttes le tuent sûrement. PHYSIOLOGIE DE L ENVENIMATION. Nous n'avons pas eu l'occasion d'observer les phénomènes de l'envenimation chez. l'homme, à la suite des morsures de cobras, mais ils ont été décrits maintes fois par les médecins anglais et français de l'Inde et par les missionnaires. La piqûre du serpent n'est pas très douloureuse, paraît-il; elle est surtout caractérisée par l'engourdissement qui survient dans la partie mor due, se propage rapidement dans tout le corps et produit des syncopes, des défaillances; la bouche se contracte, devient baveuse, la langue se gonfle, les dents se resserrent, puis le malheureux blessé tombe dans le coma le plus profond et expire en quelques heures'. La morsure du cobra n'est pas toujours mortelle. Les statis- tiques donnent des chiffres très variables à cet égard. D'après celles de Fayrer et de Desaint, la léthalité moyenne des indi- vidus mordus serait de 25 à 35 0[Û: d'après Huillet, elle attein- 1. C. Desaint, missionnaire de l'Inde, Manuel de médecine, Coiapiègno: 1870, et Sir J. FAYRERy Thaïiatophidia indica. ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 165 drait 45 0/0. Le pronostic dépend évidemment surtout de la quantité de venin inoculée et de sa plus ou moins grande viru- lence, suivant que le serpent qui l'a fourni était à l'état déjeune ou venait de mordre une proie. S'il est introduit dans une région très vasculaire, ou directe- ment dans une veine, il tue presque fatalement. Au contraire, si le derme est à peine entamé, ou si les vêtements ont pu exercer une action protectrice, l'absorjition du venin deviendra presque nulle. On se retrouve ici en présence des mêmes facteurs de gravité que pour les morsures faites à l'homme par des animaux atteints de rage. L'expérience permet d'éliminer tous ces facteurs, de suivre che.-^ un animal inoculé toute la série des phénomènes de l'enve- nimation et d'en graduer l'intensité. Nous avons étudié à ce point de vue toutes les espèces d'animaux qu'il est possible d'utiliser dans un laboratoire. Seuls le cobra, et un autre serpent colubriforme non venimeux que nous avons pu nous procurer, se sont montrés réfractaires à l'envenimation. Les mammifères, singes, chiens, lapins, cobayes et rats succombent plus ou moins rapidement suivant la dose inoculée. Il est impossible de calculer avec quelque précision la dose mortelle pour chaque animal : elle est impondérable, puisque une seule goutte de la macération de huit glandes dans 300 grammes d'eau distillée, introduite dans la veine de l'oreille d'un lapin, le lue en cinq minutes! Toutefois, par l'inoculation sous-dermique d'ime petite quan- tité de venin glycérine à l'avant-bras d'un singe de moyenne taille par exemple, on peut étudier les troubles morbides qui se succèdent alors assez lentement. Le premier signe apparent de l'absorption du poison est une sorte de lassitude générale, puis les paupières se ferment à demi ; l'animal semble chercher un endroit favorable pour se reposer; il se relève aussitôt, marche avec des saccades; ses membres ont de la peine à le supporter. Bientôt, il est pris de nausées, de vomissements et d'anxiété respiratoire; il appuie sa tête sur le sol, la redresse en cherchant à aspirer l'air, porte ses mains à sa bouche, comme pour arracher un corps étranger du pharynx. Il vacille sur ses membres et se couche sur le côté, la face contre le sol. Le ptosis s'accentue et l'asphyxie coaiplète 166 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. survient bientôt. Le cœur continue à battre cinq minutes au moins après que la respiration a cessé, puis il s'arrête en diastole. La rig'idité cadavérique survient très rapidement et persiste long-temps même après le début de la putréfaction. Pendant les derniers moments de la vie, la pupille reste très impressionnable ; l'animal conserve intacte la sensibilité à la douleur et l'ouïe. L'excitabilité électrique des muscles delà face persiste, mais celle des membres et des muscles du tronc est presque totale- ment abolie. L'application de courants volta-faradiques de la nuque au diaphragme ne provoque aucun mouvement respira- toire lorsque l'asphyxie commence à se manifester. Les sphinc- ters de la vessie et de l'anus se relâchent après quelques spasmes qui provoquent fréquemment, chez les mâles, l'éjaculation du sperme. L'urine et les fèces s'échappent ensuite. Les oiseaux présentent à peu près la même succession de phénomènes, mais, chez eux, la période asphyxique est beaucoup plus longue, probablement à cause des réserves d'air accumu- lées dans leurs sacs aériens et leurs canaux osseux. Ils bâillent comme des pigeons qu'on étouffe, reposent la pointe de leur bec sur le plancher des cages, et ont fréquemment des spasmes convulsifs du pharynx accompagnés de battements d'ailes. Les petits oiseaux et même les pigeons meurent très rapide- ment sous l'influence de doses inflnitésimales de venin. La poule est plus résistante. Les grenouilles, grâce àleurrespiration cutanée, succombent très lentement. Nous en avons vu survivre pendant trente heures à l'inoculation de la quantité de venin qui tue le lapin par injec- tion sous-cutanée en dix minutes. Le crapaud meurt plus vite. Les lézards et les caméléons sont très sensibles au venin. Les poissons ne sont pas réfractaires à son action : nous avons expérimenté sur deux spécimens de ces poissons de combat que les Annamites élèvent dans des aquariums pour assister à leurs luttes et engager sur elles des paris. Ils ont succombé S heures seulement après l'inoculation intramusculaire d'une dose mortelle pour le pigeon en 20 minutes. Les invertébrés eux-mêmes, — du moins les sangsues, — sont tués par rinoculation d'une très minime quantité de venin. ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 167 Le serpent semble donc la seule espèce animale réfractaire: Fontana, Weir Mitchell et Yiaud Grand-Marais avaient déjà constaté le même fait pour les vipériens elles crotales. Nous avons inoculé impunément une dose considérable de venin pur g-lycériné (G gouttes) sous la peau d'un petit serpent colubriforme non venimeux, long- de 35 centimètres et de la grosseur du doigt auriculaire. Nous avons aussi injecté à un cobra environ 10 gouttes du même venin pur glycérine, à l'aide d'une canule de seringue hypodermique soudée à un tube de verre. L'aiguille, enfoncée dans la chair du serpent, y est resiée à demeure. L'animal n'a paru nullement incommodé. Je ne veux pas prétendre expliquer les divers phénomènes de l'envenimalion par des théories basées sur la physiologie pathologique des centres nerveux, mais il est bien évident que l'action toxique du venin se manifeste par des phénomènes bul- baires. Le ptosis, symptôme do début, surtout apparent chez le singe, indique l'atteinte de la substance g^rise du plancher du 4e ventricule et des noyaux d'orig^ine des nerfs moteurs oculaires communs. La paralysie bulbaire progresse ensuite rapidement, et, lorsqu'elle a frappé les noyaux d'origine des nerfs pneunio- g-astriques, l'animal meurt en état d'asphyxie. Le venin est charrié jusqu'au bulbe par le sang. Les nerfs périphériques ne semblent pas gênés par son contact immédiat. Si, après avoir dénudé le nerf sciatique d'une grenouille, on dépose sur ce nerf, isolé des tissus environnants, une goulle de venin pur glycérine, l'animal ne manifeste aucune douleur; le nerf n'en conserve pas moins son irritabilité, ainsi qu'il est facile de s'en assurer en le touchant avec une aiguille. Nous avons sectionné la moelle épinière de deux g-renouilles au-dessous du bulbe, et nous les avons inoculées à la cuisse, en même temps qu'une troisième grenouille témoin, avec O'^'',2o de venin dialyse. L'une des premières et la grenouille témoin sont mortes au bout de 26 heures. La troisième, plus vigoureuse, a vécu 30 heures. Si, mettant à nu les deux sacs pulmonaires d'une grenouille, on dépose à la surface de l'un une goutte de venin pur, on voit immédiatement la coloration du réseau capillaire des alvéoles 168 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. devenir rouge foncé, et, au bout d'un très court instant, le sac s'affaisse sur lui-même comme une vessie qui se vide, tandis que l'autre reste dilaté. Le venin porté directement à l'aide d'une pipette capillaire dans le tissu musculaire ou dans les cavités du cœur, ne modifie pas la régularité des contractions de cet organe, jusqu'à ce que l'intoxication bulbo-médullaire ait eu le temps de se produire. Mélangé au sang, il n'altère ni la forme ni la couleurdes glo- bules, jusqu'après la mort de l'animal. Je n'ai pas vu dans les globules ces petits corps ovoïdes, brillants, qu'a signalés Lacerda. J'ai examiné des préparations de sang frais de pigeon avant et pendant Tenvenimalion, sans pouvoir saisir, sous le microscope, le moindre changement dans les hématies. Après l'arrêt du cœur, la coagulation survient très vite ; tout le sang contenu dans les cavités se prend en masse homo- gène offrant l'aspect de la gelée de cassis, La rapidité d'absorption du venin chez les animaux inoculés est incroyable, même lorsqu'il est simplement déposé sous la peau. Nous avons fait plusieurs expériences sur des rats dans le but de la mesurer, mais sans pouvoir y parvenir avec précision : Exp. L — Un rat (no 4) est inoculé au dernier tiers de la queue avec une goutte de venin pur glycérine, au moyen d'une pipette de verre effilée. Cinq minutes après, on lui coupe la queue au premier tiers. L'animal suc- combe au bout d'une heure. Un rat n" 2, témoin, inoculé avec la même dose de venin et auquel la queue n'a pas été sectionnée, meurt en 40 minutes. Exp. II. — Un rat n» 3 est inoculé au dernier tiers de la queue avec une goutte de venin pur. Une minutii après, la queue est sectionnée au tiers supérieur. Mort au bout de quatre heures vingt minutes. Le venin est donc très diffusible : c'est ce qui explique l'inef- ficacité presque absolue des traitements locaux les plus énergi- ques des morsures des serpents. Ni les larges incisions, ni la cautérisation au fer rouge, ni les injections de permanganate de potasse, ni la ligature du membre mordu ne suffisent à enrayer l'absorption du poison : tout au [tins ces moyens la retardent-ils un peu. C'est déjà un résultat utile, il est vrai, car il pourra permettre d'intervenir à temps pour neutraliser le venin déjà entré dans la circulation générale. ÉTUDE EXPÉRLMENTALE. 169 VOIKS 1) INTRODUCTION DU VENIN. Les différentes voies par lesquelles le venin peut être intro- duit dans l'organisme des animaux ne sont pas toutes également propices à son absorption. La plus dangereuse est Y intraveineuse. On peut tuer un lapin adulte en moins de cinq minutes en lui introduisant, dans la veine marginale de l'oreille, une seule goutte de la préparation glycérinéé dont nous avons fait usage. L'inoculation sous-ciUanre, sauf pour les petits animaux, ne lue pas toujours à cette dose, mais deux gouttes font succomber sûrement les lapins et les poules, dans un délai maximum de huit heures. Les séreuses absorbent lentement le venin : l'inoculation intrapéritonéale produit beaucoup plus tardivement l'envenima- tion à quantité égale de substance toxique. Nous possédons même un cobaye qui a résisté à l'inoculation d'un dixième de centimètre cube de venin dialyse dans le péritoine, alors que son témoin, inoculé sous la peau, mourut en trois heures. Le foie nous paraît susceptible d'arrêter le venin dans une certaine proportion, comme il arrête une partie des alcaloïdes végétaux toxiques qui le traversent. Nous avons fait, à cet égard, l'expérience suivante : Exp. III. — Le 13 nove-mbre, un lapin adulte pesant 2 k. 100 est laparo- tomisé à 9 h. 10 du malin. On lui injecte, dans la veine niésaraïque, 4 gouttes de venin dialjsé pur, et l'abdomen est ensuite suturé avec les précautions antiseptiques d'usage. Pendant toute la journée, l'animal est resté couché sur le flanc, ne mangeant pas. Le lendemain matin, il était debout, et la guérison de sa plaie abdominale s'est parfaitement opérée sans autre incident. Sur la muqueuse conjonctivale, le venin amène une inflamma- tion très intense, comparable à celle du jequirity. Toutefois, cette propriété irritative se perd lorsqu'on chauffe le venin à 90", et pourtant sa puissance toxique est à peine amoindrie. Exp. IV. — Un lapin adulte reçoit le 6 novembre sur la conjonctive de l'œil droit, sans lésion préalable, I goutte de venin pur glycérine. Cinq minutes après, l'oeil est tout œdématié, rouge, larmoyant. Le lendemain, la conjonctive est vivement enflammée; il s'est formé des petites ulcératio)is 170 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. phlycténulaires sur la cornée, et l'humeur aqueuse delà chambre antérieure est devenue trouble. La guérison spontanée s'est effectuée en dix jours, mais la cornée reste opaque et dépolie. Pas d'accidents ultérieurs. Ëxp. V. — Un lapin adulte reçoit le '1 1 novembre, sur la cornée de l'œil droit, 4 gouttes de venin chauffé à + 90". Pas d'intlammalion. Trois gouttes de ce venin, injectées sous la peau, tuent pourtant un pigeon en S5 minutes. L'inoculation dans la trachée est moricUe. Dans ï intestin, par la voie rectale, le venin n'exerce aucune action irritative : nous avons injecté dans le gros intestin d'un cobaye mâle, à l'aide d'une sonde, jusqu'à 5'^'^ de venin dialyse, pur, sans produire le moindre accident. Vingestion n'offre également aucun danger réel, à moins qu'il n'existe une lésion de la muqueuse pharyng-ienne ou gas- trique. Fayrer a soutenu une thèse opposée : il prétend que la succion des morsures de cobra offre des dangers. Nos expé- riences contredisent cette assertion : Exp. VI. — Un cobaye adulte mâle a ingéré biquotidiennement, du 6 au 14 novembre, des doses croissantes de venin pur glycérine, en commen- çant par 5 gouttes le matin et autant le soir. Le 13 novembre ce cobaye a ingéré 26 gouttes de venin dans sa journée, sans accident. Il a succombé le 14 à une injection hypodermique de 0^''^,25 de venin dialyse, faite dans le but de constater si le traitement par ingestion avait produit l'immunité. Exp. VII. — Une poule adulte a ingéré, du 6 au 14 novembre, des doses progressives et biquotidiennes de 2 à 12 gouttes de venin pur glycérine, sans accident. Exp. VIII. — Deux pigeons ont ingéré, à partir du G novembre, des doses progressives et biquotidiennes de 2 à 8 gouttes de venin pur glycérine. L'un des pigeons a succombé le 7. Le second continue jusqu'au 9 son traitement, sans accident ultérieur. 11 est probable qu'une petite quantité de venin, chez le pigeon qui a succombé, a pénétré dans la trachée pendant l'ingestion. Exp. IX. — L'inoculation de deux gouttes de venin, pratiquée dans la cliambre antérieure de l'œil d'un lapin, a provoqué immédiatement une inflammation très intense, et l'animal a succombé au bout de cinq heures. Exp. X. — Un autre lapin, inoculé par trépanation, sous la dure-mère, avec la même dose, est mort en une heure quarante minutes. Ainsi, nous pouvons conclure de ces expériences que le venin mis en contact avec les muqueuses saines, sauf la mu- queuse trachéo-bronchique, ne produit pas d'accidents mortels ; ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 171 qu'il s'absorbe plus lentement par le réseau lymphatique des séreuses que par les vaisseaux capillaires sous-cutanés, et qu'il peut-être arrêté en partie par la glande hépatique. DE L\ .\ON-TRANSMISSIBlLITK DE l'eNVENIMATION PAR LE SANG. Lacerda au Brésil et Fayrer aux Indes disent avoir constaté que le sang- d'un animal tué p.irle venin est lui-même venimeux, et que, si on l'injecte à un autre animal, il produit rapidement les mêmes etfets. Fayrer aurait ainsi transmis le venin à une série de trois animaux avec un résultat fatal. ]ci encore les résultats de nos expériences sont en contradic- tion formelle avec les faits annoncés par ces médecins. Nous les avons contrôlés plusieurs fois avec le plus grand soin. Nous n'avons jamais pu réussir à tuer un animal par l'inoculation, même à haute dose, du sang ou de l'émulsion des organes d'un animal de même espèce ou d'espèce différente, tué par le venin de cobra. M. Yiaud Grand-Marais a toujours obtenu le même résultat négatif par l'inoculation du sang d'animaux tnorts d'empoisonnement par les vipères. Pour lui, le venin se détruit dans le sang- en modifiant sa composition chimique. L'erreur de Lacerda et de Fayrer doit tenir à ce que ces auteurs ont peut-être expérimenté avec du sang sortant de la plaie venimeuse. Exp. XI. — Un pigeon reçoit sous la peau du thorax !'■« du sang du cœur d'un lapin qui vient d'expirer à la suite de l'inoculation de 3 gouttes de venin dialyse, dans la veine de l'oreille. Il n'éprouve aucun symptôme de malaise. Exp. XII. — Un pigeon reçoit sous la peau U'^ du sang du cœur d'un pigeon tué par 3 gouttes de venin pur glycérine. Ré.'îisle, sans malaise apparent. Exp. XIII. — Un rat reçoit sous la peau 4''« du sang recueilli dans le cœur d'un autre rat inoculé avec 3 gouttes de venin glycérine pur. Ce sang a été aspiré dans le ventricule droit avant que le cœur ait ce^sé de battre. Résiste. Exp. XIV. — Un cobaye reçoit dans le péritoine toute la rate (triturée dans de l'eau stérilisée) d'un rat tué par six gouttes de venin glycérine. Résiste. Exp. XV. — Un cobaye reçoit, dans le péritoine, tout le foie trituré du même rat. Résiste. Exp. XVI. — Un lapin reçoit sous la peau lO'-'- d'une émulsion du cer- veau et du bulbe d'un lapin tué par l'inoculation de 3 gouttes de venin pur glycérine. Pas d'accident. il2 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. PROPRIETES PHYSICO-CHIMIQUES LU VENIN. Le venin du cobra est parfaitement neutre au papier de tour- nesol. Il se dissout très facilement dans l'eau et dans Talcool étendu. L'alcool fort, l'éther, l'ammoniaque, le tannin et Fiode le précipitent, mais le précipité formé se redissout dans l'eau. Ses réactions chimiques sont identiques à celles des échidnines étudiées par Weir Mitchell : il est donc superflu d'en répéter la description. Nous avons observé qu'il n'adhère pas aux précipités de phosphate de chaux, contrairement à ce qui se produit pour les toxines de la diphtérie et du tétanos. On peut insérer, sous la peau d'un pigeon, une quantité considérable de ce précipité lavé, puis desséché, sans développer le moindre accident. Traité par le chlorure de sodium à 10 0/0, puis parla solution saturée de sulfate de soude, le venin ne forme aucun précipité ap])arent. Jeté sur le dialyseur, il se débarrasse du chlorure de sodium et du sulfate de soude, puis dialyse lui-même, mais fai- blement. Pour produire l'envenimation avec le liquide dialyse après douze heures, il faut en injecter 1" au pigeon. Au con- traire, le liquide albumineux resté sur la membrane tue cet animal à la dose de trois à cinq gouttes, mais plus lentement qu'avec la même quantité de solution aqueuse pure filtrée au filtre 'Chamberland. L'action de la chaleur fait perdre beaucoup plus difficilement ses propriétés virulentes au venin de cobra qu'aux toxines micro- biennes ou qu'aux diastases en général. On peut le chauffnr impunément jusqu'à -f 90° pendant une heure sans lui faire perdre son activité. Les effets sont seulement un peu plus tardifs. Un chauffage d'une demi-heure à -|- 97" au bain-marie laisse encore subsister la virulence, mais si la température monte à -}- 98° pendant au moins dix minutes, celle-ci est détruite. Nous avons injecté, dans la veine de l'oreille d'un lapin, gcc jg venin dialyse, chautfé une demi-heure à -f- 98°, sans pro- duire d'autre accident qu'un peu de somnolence et de dyspnée passagère. KTUDE EXPERIMENTALE. 173 Donc la viraleiice du venin est déLniile exactement entre 4- 97 et -j- 98", et ne résiste pas à une ébullition prolongée, comme l'ont écrit quelques auteurs. Nous avons chauffé du venin à l'autoclave à -|- 100° et à -f- 120° pendant 1 4 d'heure, et jamais l'injection de ces liquides chauffés n'a développé le moindre symptôme d'envenimation chez les animaux, même à doses très élevées et répétées deux fois par jour pendant une semaine. Le chauffage régulier à l'éluve à -|- 38°, prolongé pendant 15 jours, n'altère j)as la virulence. Au contraire, l'exposition à la lumière solaire, en tubes clos, privés d'air, la détruit assez rapi- dement : deux pigeons inoculés chacun dans le muscle pectoral avec Icc d"abord, puis avec 2''' de venin dialyse, exposé pendant deux semaines au soleil, ont résisté, alors que les pigeons témoins, inoculés avec 14 de centimètre cube du même venin conservé à l'obscurité, succombaient eu 15 minutes. ACTION DES ANTISEPTIQUES ET DE DIVERSES SUBSTANCES CHIMIQUES. Nous avons borné nos recherches à l'essai des substances qu'il est possible d'introduire sous la peau des animaux sans développer des lésions ou des accidents de toxicité. Toutes nos expériences ont été dirigées d'une manière uniforme : 1° Nous avons mélangé d'avance une dose mortelle de venin avec la substance à essayer, puis nous avons injecté ce mélange à des animaux; 2'' Nous avons ensuite inoculé le venin pur aux animaux, puis, autour de la plaie d'inoculation, la substance à essayer. L'acide phénique, le bichlorure de mercure au j-^ ^n solu- tion acide, le sulfate de cuivre, l'eau naphtolée, le nitrate d'ar- gent à 1 0/0 ne détruisent pas la virulence du venin et ne retardent même pas l'apparition des symptômes d'envenimation, lorsque ces antiseptiques sont injectés sous la peau en même temps que le venin. 11 en est de même du chlorure de sodium, du carbonate et du sulfate de soude, de l'iodure de potassium, de l'iode, de l'alcool, du chloroforme et de l'éther. 174 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Nous n'avons pas été plus heureux avec les essences de san- tal, de romarin, de girofle, de citron. L'ammoniaque, même dans la proportion de 1 gramme pour 1 goutte de venin glycérine, nous a donné un résultai absolu- ment négatif. Beaucoup de ces corps, particulièrement l'iode, l'ammoniaque, les essences, l'éttier, l'alcool, le chloroforme, le sulfate de cuivre, le nitrate d'argent et le bichlorure de mercure, forment avec le venin des précipités, mais ceux-ci sont solubles dans l'eau ou dans un excès de réactif, et aussi virulents que le venin pur. Le permanganate de potasse., actuellement considéré comme le meilleur neutralisant du venin d'ophidiens, depuis les travaux de Lacerda, forme avec le venin du naja un coagulum albumineux, noir, insoluble dans l'eau. Avec le même venin chauffé à -|-80* et dépouillé de son albumine par tillration, le précipité prend un aspect poussiéreux, brunâtre. Nous l'avons expérimenté sur des pigeons, des poules, des lapins, des cobayes et des rats, en faisant usage d'une solution au centième stérilisée. Les animaux auxquels nous avons injecté une partie de venin mélangée préalablement avec dix parties de la solution de per- manganate au centième ont tous résisté, alors que les témoins inoculés avec les mêmes quantités de venin pur sont tous morts. Si l'on pratique, à un animal un peu résistant, comme le lapin ou la poule, une injection intra-musculaire de venin à dose mortelle, et aussitôt après une injection de permanganate de potasse dans le trajet même de la première inoculation, l'animal no succombe presque jamais. Cependant si l'on tarde, ne fût-ce qu'un très court instant, à porter le permanganate dans le trou où se trouve déposé le venin, l'envenimation se produit. Les petits animaux, chez lesquels l'absorption est presque immédiate, succombent toujours malgré le permanganate. Exp. XVII. — Pigeon adulte reçoit le 3 novembre, en injection dans le pectoral, 2 gouttes de venin pur glycérine, mélangé avec I'''' de per- manganate de potasse à 1 0/0. Résiste. Le 8, il succombe à l'inoculation de 5 gouttes de venin chauffé à 97°. Exp. XVIII. — Poule adulte reçoit sous la peau, le 5 novembre. ÉTUDE EXPERIMENTALE. 175 5 gouttes (le venin glycérine dilué dans i'-o de permanganate do potasse à 1 0/0. Résiste. Le 10, elle succombe àrinoculation de l'aède venin dialyse, chaufîé à +97°. Exp. XIX. — Lapin adulte reçoit sous la peau, le 5 novembre, 4 gouttes de venin glycérine, mélangées à 2'^'' de permanganate à 1 0/0. Même ino- culation répétée le matin et soir, et le 7 au matin. Succombe le 10 à l'inocu- lation de Ici- de venin chauffé à + 97°, sans injection consécutive de per- manganate. Exp. X\. — Lapin adulte reçoit sous la peau, le 3 novembre, 0'^'^,^ de venin dialyse et, aussitôt, au même point, S^"*^ [fi de solution de per- manganate à 1 0/0. Résiste. Exp. XXI. — Un rat reçoit sous la peau da ventre 2 gouttes de venin glycérine, et aussitôt, au même point, Ice de permanganate de potasse. Le rat succombe au bout d'une heure et demie. Exp. XXII. — Une poule adulte reçoit, dans le muscle pectoral droit, 5 gouttes de venin glycérine pur, et, aussitôt, dans le pectoral gaache, Icc de permanganate à 1 0/0. Succombe 1 h. 33 après l'inoculation. Les lapins supportent très bien Tinjection intraveineuse de 2<=*' de la solution de permanganate à 1 0/0, mais cette injection, suivant immédiatement l'inoculation du venin sous la peau, ne les empêche pas de succomber : Exp. XXIII. — Lapin adulte reçoit sous la peau 5 gouttes de venin glycé- rine et, aussitôt après, en injection intraveineuse, 2»^- de la solution à I 0/0 de permanganate. Mort 4 > minutes après l'inoculation. Un lapin témoin reçoit en injection intraveineuse 2^''^ de la solution de permanganate, sans venin. Résiste après une courte période de tremblements et d'agitation. Nous avons fait deux autres expériences qui démontrent l'impuissance du permang-anate à neutraliser le venin lorsque celui-ci a déjà imprégné les tissus voisins du point d'inoculation : Exp. .XXIV. — Le 10 novembre à 8 h. oO matin, un lapin adulte reçoit à la patte postérieure droite 2 gouttes de venin glycérine sous la peau, à l'aide d'une pipette, et sans qu'il se produise la moindre effusion de sang. A o centimètres au-dessus du point d'inoculation, on place aussitôt une ligature élastique bien serrée. Dix minutes aprèfj, on injecte, dans la profondeur des tissus, au point d'inoculation et tout autour, 2cn de solution de permanganate de potasse à I 0/0. Le lien constricteur est enlevé une heure après. Gonflement considé- rable de la patte. Le lendemain, toute la journée, l'animal paraît malade. II ne mange pas. Mort le 12, après-midi. Exp. XXV. — Le 12 novembre, à 8 heures de matin, un lapin adulte reçoit, 176 ANNALES DE L'INSTITUÏ PASTEUR. dans une petite plaie saignante faite au ciseau, à la patte droite posté- rieure, 2 gouttes de venin glycérine. Ligature élastique immédiate à 5 centimètres au-dessus du point d'ino- culation. Dix minutes après, injections interstitielles de 2'-'^ de permanga- nate au 1 0/0 tout autour de la petite plaie et au-dessus, mais non dans la plaie. Mort à 9 h. -40, soit moins de 2 heures après l'inoculation. c. Le permanganate resle donc inaclif lorsque le venin a pénétré dans les tissus. Mais il en arrête l'eflet lorsqu'il est injecté dans la plaie en même temps ou aussitôt après l'inocula- tion venimeuse : il peut alors en empêcher l'effet. NEUTRALISATION DU VENIN ET TRAITEMENT DES 3I0RSURES VENIMEUSES PAR LES INJECTIONS INTERSTITIELLES DE SOLUTION DE CHLORURE d'oR PUR A 1 0/0. La plupart des alcaloïdes physiologiques des tissus animaux possédant la propriété déformer avec le chlorure de platine elle chlorure d'or des sels cristallisables, nous avons voulu étudier l'action de ces corps sur le venin. Le chlorure de platine en solution au centième produit un précipité gélatineux blanc qui, introduit sous la peau, est très vite absorbé et tue l'animal aussi promptement que le venin pur. Le chlorure d'or, au contraire, donne un précipité d'aspect semblable mais insoluble. Le mélange de celte substance, même en proportion très faible, avec le venin, enlève à celui-ci toute sa toxicité : il se produit là une réaction comparable à celle de l'albumine d'œuf en présence des sels mercuriques. On peut en injecter des quantités considérables sous la peau, dans les muscles ou dans les cavités séreuses comme le péritoine, sans que le moindre accident apparaisse. Les tissus fraîchement imprégnés d'une solution faible de chlorure d'or sont rendus incapables d'absorber le venin. Exp. XXVI. — Un pigeon adulte l'cçoit dans le muscle pectoral trois gouttes de venin glycérine diluées dans i^f^ de solution de chlorure d'or au 4/500. Résiste. Un pigeon témoin succombe en o minutes avec la même dose de venin pur. Exp. XXVII. — Une poule reçoit 4 gouttes de venin glycérine diluées dans 1" de solution de chlorure d'or à 1,500. Résiste. ÉTUDE EXPEIIIMENTALE. 177 Une poule Irmoiii suceoiiihe l h. 10 après l'injection. Exp. XXVill. — l'n pigeon reçoit sous la peau et dans le pectoral Oci;,5 de venin dialyse mélangé à l''c 1/2 de solution d'or à 1/100. Hésiste. Exp. XXIX. — lu lapin adulte pesant l's840 reçoit sous la peau O'"^, 25 de venin dialyse et, immédiatement après, en injection intraveineuse, 2e<: de solution de chlorure d'or à 1/500. Résiste. Un lapin témoin qui a reçu la même quantité de venin et pas de chlorure d'or meurt 3 heures 1/2 après l'inoculation. La même expérience est renouvelée sur un autre lapin avec O'',o de venin dialyse sous la peau du ventre et 2''<~,o de solution d'or à 1/500 en injection intraveineuse. Ce lapin a succombé seulement au bout de cinq heures. Exp. XXX. — Lapin adulte reçoit sous la peau 4 gouttes de venin dialyse, le 14 novembre, et aussitôt après 2'^'^ de solution d'or à 1/50C en injection intraveineuse. Résiste. Le 15 au soir, nouvelle inoculation sous-cutanée de 0cc,25 du même venin, et, aussitôt après, injection sous-cutanée de 2'^'^ de solution d'or. L'animal reste bien portant à la date du 5 décembre. Exp. XXX[. — Pigeon adulte reçoit, dans le muscle pectoral, 0''<^,25 de venin dialyse, et aussitôt après, tout autour du point inoculé, une injection de 2*^° de chlorure d'or à 1/500. Mort une heure après. Exp. XXXII. — Un cobaye reçoit sous la peau 0'^''^,25 de venin dialyse, et autour de la piqûre 3i^'- de lasolulion d'or à 1/100. Résiste. Exp. XXXlll. — Lapin adulte reçoit 0<=^,75 de venin dialyse sous la peau du ventre, et tout autour, une injection sous-cutanée de Se»; de solution d'or à dlOO. Résiste. In lapin témoin, inoculé avec la même dose de venin, meurt au bout de 55 minutes. Exp. XXXI V. — Poule reçoit 0l-';.25 de venin dialyse en injection intramus- culaire, et aussitôt après, tout autour, B*"^ de solution d'or à 1/1 00. Résiste. Exp. XXXV. — Lapin reçoit sous la peau 0'^':,75 de venin dialyse et aussitôt après, en injections multiples, 5^c de solution d'or à 1/100. Résiste. Exp. XXXVl. — Poule inoculée dans la cuisse droite avec 5 gouttes de venin glycérine, et, un peu plus haut, puis dans le muscle pectoral, elle reçoit 5'-''^ de solution de chlorure d'or pur à 1/100. Résiste. Une poule témoin meurt au bout de 1 h. 25. Exp. X.XXVII. — Deux lapins reçoivent sous la peau de la patte posté- rieure droite, 5 gouttes de venin glycérine, et aussitôt après, à la racine du membre et dans le tissu cellulaire du cou, sans ligature préalable, b<^'^ de solution d'or à l/lOO. Résistent tous deux. Un lapin témoin meurt 1 h. 45 après l'inoculation. Exp. XXXVIII. — Un lapin pesant 1^,870, traité du 4 au 18 novembre par des injections à doses progressivement croissantes de venins chaufîés, puis virulents, reçoit le 18 novembre sous la peau, O^^'^,!^ de venin diahsé pur, el aussitôt après, tout autour de cette injection, 5'''; de solution d'or k l/lOO. Pas d'accident. Le lapin est encore en bonne santé le 5 décembre. Un autre lapin, pesant li^.SSO, traité du 14 au 17 novembre par les mêmes injections de venins chauffés et virulents, a reçu le 17, 0*^'=,25 seulement du 12 178 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. même venin dialyse pur, sans chlorure d'or ensuite. Il a succombé deux heures après. Exp. XXXIX. — Ciiien adulte de petite race à poils longs (poids 3^,200), reçoit le 21 novembre, à 3 h. 15, sous le ventre, en injection hypodermique, Ici'jS de venin dialyse pur, et aussitôt après, dans la partie supérieure du cou et du thorax, 9'^'^ de la solution d'or à 1/100. Résiste. Est encore en bonne santé le 5 décembre. Un chien témoin un peu plus gros, à poils ras, pesant S'^, a reçu en même temps U"'^,5 du même venin sans chlorure d'or. Il a succombé à 5 h. 1/2 du soir. Exp. XL. — Poule reçoit le 14novembre, à3heures du soir, en4injections, 2i--e de solution d'or à 1/500 sous la peau et dans le muscle pectoral. Le 15, à 9 heures du matin. O'^'CjâS de venin dialyse et, aussitôt après, 2i-i; de la même solution d'or autour du point d'inoculation. Le 15 au soir, la poule est très malade. Bâillements continuels, somnolence. Nouvelle injection intramus- culaire de 2'-L- chlorure d'or à 1/500. Le 16 au matin, la poule va mieux ; elle mange et commence à se tenir debout sur ses pattes. Ckiérison complète. Exp. XLI. — Cobaye adulte mâle reçoit, à 3 heures du soir le 14, 2'^c de solution d'or à 1/500 dans le péritoine et 1''= sous la peau. Le 16 au malin, inoculation sous-cutanée de 0'^'^,25 de venin dialyse et, aussitôt après, tout autour, 3'^'^ de solution d'or à 1/100. Hésisle. Exp. XLII. — Pigeon reçoit à 3 heures du soir une injection de 3«c de solution d'or à 1/100 dans le muscle pectoral. Le 17 au matin, exactement au même point, injection de 0'='^',25 de venin dialyse sans nouvelle dose de chlorure d'or, Résiste. Pigeon témoin succombe au bout de 45 minutes. Exp. XLIII. — Poule reçoit le 18 novembre une injection intramuscu- laire de 3^^' de solution d'or sans venin dans le thorax, à 8 heures du matin. Le soir du même jour, injection de 0'«.25 de venin dialyse, dans la cuisse droite. Morte le 19 à 10 heures du matin. Exp. XLIV. — Pouleadulte reçoit le 16 novembre, dans la matinée, 2'"^ de solution d'or dans un des pectoraux; une heure après, 0''i^',125 de venin dialyse pur dans l'autre muscle pectoral. Le soir, la poule est très niaîade. Impossibilité de tenir sur ses pattes, somnolence et perte absolue d'appétit, bâillements. Elle reçoit de nouveau 2cc de solution d'or à -^. Le 17 au malin, même injection renouvelée, la poule étant encore malade. Mieux sensible dans la soirée. Le lendemain, la poule est guérie. Elle est encore en bonne santé à la date du 5 décembre. Nous avons constaté que pour empêcher ou arrêter l'enveni- mation chez les animaux un peu résistants comme le lapin, la poule, le singe et le chien, il n'est pas nécessaire d'injecter le chlorure d'or dans la plaie par laquelle le venin a été introduit : si Ton intervient avant l'apparition des premiers symptômes morbides, des injections interstitielles disséminées, à une distance même considérable du point d'inoculation, suffisent à préserver sûrement l'animal. ETUDE EXPÉRIMENTALE. 179 Ainsi, nous avons inoculé des doses mortelles de venin à des lapins sous la peau de la patte postérieure, et à des poules dans les muscles delà cuisse, puis nous avons injecté le chlorure d'or dans le tissu cellulaire sous-cutané du cou et du thorax chez le lapin, ou dans le muscle pectoral chez les poules : ces animaux ont résisté. De même, nous rapprochant des conditions qui se réalisent le plus hahituellement pour l'homme, nous avons appliqué une ligature élastique à la racine du memhre envenimé, puis quelques mtnutes plus tard, nous avons imprégné de chlorure d'or les tissus au-dessus de la ligature, sans toucher à la plaie. L'enveni- mation ne s'est pas produite. jXous avons varié nos expériences autant que pouvaient le permettre les ressources matérielles dont nous disposons, et nous avons toujours été conduits à la démonstration de ce fait que le chlorure d'or, introduit en suffisante quantité dans les tissus d'un animal inoculé avec une dose mortelle de venin de cobra, même en dehors du point d'inoculation de ce venin, empêche l'intoxication de ranimai, pourvu que l'on intervienne avant que des symptômes d'asphyxie bulbaire se soient manifestés . Dix gouttes d'une solution à I 100 de chlorure d'or suffisent à détruire entièrement l'activité toxique d'une goutte du venin glycérine dont nous avons fait usage. Mais, comme le chlorure d'or ne possède pasla puissance de diffusibilité du venin, il est indispensable d'en introduire la plus grande quantité possible dans les tissus. L'injection intraveineuse n'est pas pratique : elle est mal supportée à cause de la causticité légère du sel d'or même dilué au 1/500. Cependant nous possédons un lapin qui a supporté sans accident l'introduction, dans la veine marginale de l'oreille, de 2<:c de solution d'or à 1/SOO. L'injection dans les séreuses s'est montrée inofFensive dans nos expériences, mais elle peut avoir des inconvénients pour l'homme, et puisque l'injection intracellulaire ou intramusculaire suffit, nous croyons préférable de la conseiller exclusivement. Nous injectons de 5 à lO^'' de solution à 1 0/0 aux lapins, aux singes, auxchiens etmême aux poules sans provoquer d'accidents. Ces quantités sont très suffisantes pour neutraliser une dose de venin mortelle en moins d'une heure. Nous pensons qu'elles 180 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUK. seraient également suffisantes pour l'homme, car un naja ne peut guère déverser dans les plaies faites par ses deux crochets, plus de 4 à 6 gouttes de venin, et il suffit de 10 milligrammes d'or réellement absorbé pour précipiter cette quantité de sub- stance toxique. Néanmoins, la solution d'or occasionnant tout au plus un peu de douleur par suite de sa faible action caustique, on peut en introduire dans les tissus des quantités considérables sans incon- vénients graves, si elle eslbien stérilisée. Pour éviter la rougeur, l'œdème et la formation de plaques escharoliques, il serait avan- tageux de multijilier les piqûres, comme nous l'avons fait sur nos animaux, et d'injecter seulement une petite quantité de la solution dans chacune d'elles. Avec cette méthode nous n'avons jamais produit d'abcès ni d'inflammation vive. Le traitement n'estpas applicable aux petits animaux comme les rats, les moineaux; l'absorption du venin est chez eux telle- ment rapide que toute intervention est absolument inutile. Il est très difficile aussi de préserver les cobayes, et encore davantage les pigeons, à moins de leur injecter une grande quantité de solution d'or avant l'inoculation venimeuse. La solution simple dans l'eau distillée nous a très bien réussi. La solution dans l'éther sulfurique, que nous avons employée dans l'espoir d'obtenir, grâce à l'éther, une plus rapide diffusion du sel d'or dans les tissus, nous a donné des succès et des insuccès, ces derniers probablement dus à la sensibilité extrême des animaux à l'éther, et, par suite, à l'impossibilité de leur injecter une quantité suffisante de sel d'or. Chez l'homme, le choix de cet excipient n'offrirait pas les mêmes dangers. Nous n'oserions cependant pas en conseiller l'emploi, car il est possible que la présence de l'éther gêne la précipitation du venin parle sel d'or. Exp. XLV. — Lapin atlulte reçoit Oc^^.lS de venin dialyse sous la peau et, au bout de quelques minutes, injection de 5*=" de chlorure d'or à ~. Résiste. Exp. XLVI. — Singe pesant 2 k. 400 reçoit sous la peau du ventre '1'"= de venin dialyse, et, 5 minutes après, 5cc de chlorure d'or en plusieurs injec- tions disséminées. Meurt au hout de deux heures. Exp. XL vil — Lapin inoculé à la patte droite le 19 novembre, à 9 h. 13 du malin, avec 6 gouttes de venin glycérine. La plaie saigne. Ligature élastique presque immédiate. 6 minutes après, injection hypodermique de 5'^'^ de soûl- ETUDE EXPERIMENTALE. 181 lion d'or à 1 0,0 dans la patte et sous la peau du ventre. La ligature est enlevée 1/2 heure après. Mort à 1 heure du soir. Un lapin témoin, de même taille, reçoit à la patte droite, à 9 h. 1/2, 6 gouttes du même venin, sans ligature ni chlorure d'or. Mort à 10 h. 15 minutes. Exp. XLVIIl. — Cobaye inoculé sous la peau du ventre avec l/2«= de venin dialyse. Vingt minutes après, injection sous-cutanée de 5ec de chlorure d'or à 1 0/0. Mort au bout de 3 heures seulement. Exp. XLIX. — Lapin inoculé à la patte antérieure droite avec 5 gouttes de venin glycérine pur. Ligature élastique. Injection, 6 minutes après, de 0^'c de solution d'or à 1 dans le tissu cellulaire du cou et dans la cuisse postérieure droite. Résiste. Exp. L. — Singe adulte reçoit sous la peau de la cuisse droite 6 gouttes de venin glycérine pur. Pas de ligature. Cinq minutes après, injection hypo- dermique de Sec de chlorure d'or dans l'aine, dans la fesse et sous la peau du thorax. Résiste. Exp. LI. — Cobaye reçoit 5 gouttes de venin glycérine sous la peau du ventre. Quelques instants après, 5"'= de solution d'or autour du point d'ino- culation. Mort 4 heures après. Un cobaye témoin, inoculé avec la même dose de venin, succombe au bout d'une heure et demie. Exp. lu. — Poule adulte, traitée du 6 au 14 novembre par des injections à dose progressives de venin chauffé, puis virulent. Reçoit le 14 novembre au soir, en injection intramusculaire, l/4^c de venin dialyse. Le 15 au matin, la poule est trouvée très malade : elle est couchée sur le ventre, somno- lente, bâille comme si elle asphyxiait, ne mange pas et repose fréquem- ment la pointe de son bec sur le plancher de la cage. On lui injecte sous la peau des cuisses et dans les pectoraux 8cc de solution de chlorure d'or à 1 0/0; mieux sensible le soir. Elle est toujours couchée, mais ne bâille plus et mange volontiers un peu de riz qu'on lui présente. Le 16, la poule est tout à fait guérie et debout sur ses pattes. Le 17, à 9 h. 20 du matin, nouvelle injection intramusculaire de 1/4^'= du même venin dialyse sans chlorure d'or (même dose que le 14). La poule meurt à 11 heures. TENTATIVES POUR PRODUIRE L IMMUNITE ARTIFICIELLE CONTRE l'eNVENIMATION. Nous avons essayé dé produire, chez des animaux, l'immunité artificielle contre l'envenimation, soit en leur pratiquant des inoculations successives de venin ciiauffé, puis de doses crois- santes de venin virulent, soit en leur injectant du venin viru- lent mélangé à du permanganate de potasse ou à du chlorure d'or, soit enfin en leur faisant ingérer, pendant dix jours consé- cutifs, des doses progressivement croissantes de venin virulent. Aucune de ces tentatives n'a été couronnée de succès. Nous avons seulement réussi à produire, par les inoculations succès- 182 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. sives de venins chauffés, un état de résistance à des doses mor- telles pour les animaux non préparés : ce n'est point là une immunité, même partielle. Il s'agit plutôt d'une sorte de mithri- datisme, d'accoutumance à des doses faibles de poison, compa- rable à celle qui s'acquiert par l'usage prolongé de poisons végé- taux comme l'opium, ou minéraux comme l'arsenic. Exp. LIIL — Un lapin adulte, pesant lk, 880, reçoit en injection sous-cuta- née, du 4 au 9 novembre, 20'^^ de venin dialyse chauffé à -\- 120% par doses quotidiennes de 4'=''. Le 10, il reçoitS^c du même venin chauffé à. -1- 98° (limite de la non-virulence). Le 11, il supporte sans accident l/4i='- de venin à 4-97», dose mortelle pour le pigeon. Le 12 et le 13, il résiste à deux inoculations successives de 1/4'='' de venin chauffé à + 90o, dose mortelle pour la poule. I^e 14 et le 13, il supporte, avec unjéger malaise, deux inoculations de l/4c>; de venin dialyse non chauffé. Cette dose tue en 4 et 6 heures les lapins non préparés. Le 17, après un jour de repos, il reçoit l/2'="^ du même venin non chauffé, et succombe 2 heures aprèx. Exp. LIV. — La même expérience que ci-dessus est renouvelée sur un lapin adulte pesant l'',870. On s'arrête, le 14 novembre, à la dose de 1/4'"= de venin dialyse non chauffé. L'animal est encore bien portant à la date du 5 décembre. Une poule et deux cobayes, traités en même temps, ont supporté sans malaise apparent la dose de 1/8^= de venin dialyse, mortelle pour les autres animaux de même espèce non préparés. Mais l'inoculation de doses plus considérables les a fait succomber. CONCLUSIONS En résumé, l'étude expérimentale que nous avons faite du venin de cobra nous conduit à conclure : 1° Qu'il est possible de guérix' les animaux del'envenimation en neutralisant le venin absorbé par le sang à l'aide d'injections sous-cutanées de chlorure d'or ; 2" Que tous les agents chimiques préconisés jusqu'ici contre les morsures de serpents venimeux, en particulier l'ammoniaque, l'iode, le nitrate d'argent, etc., ne peuvent exercer aucune action curative. Le permanganate dépotasse détruit l'activité du venin qui reste dans la morsure, mais il est impuissante arrêter les effets de celui qui est déjà absorbé. Le traitement rationnel des morsures de cobras, et peut-être des autres serpents venimeux, devra donc être exclusivement basé sur l'application des propriétés du chlorure d'or. ÉTUDE EXPÉRIMENTALE. 183 On devra toujours s'opposer, autant que possible, à l'ab- sorption du venin en interrompant la circulation veineuse entre la morsure et le cœur, à l'aide d'une ligature élastique. On injectera ensuite dans la plaie elle-même ettoutautour, à laide d'une seringue à injections hypodermiques, 8 à lO''" d'une solution de chlorure d'or à 1 0/0 stérilisée, — mais chaque injection ne devra pas dépasser un centimètre cube de liquide, pour ne pas exercer d'action caustique trop vive sur les tissus. D'autres injections semblables seront praliquéesvers la racine du membre, au niveau et en deçà de la ligature élastique. Ces injections peuvent être faites dans toutes les parties du corps, soit dans le tissu cellulaire sous-cutané, soit dans l'épaisseur des muscles. Elles ne produisent pas d'escarres ni d'abcès, si la solution d'ordont il est fait usage est titrée à 1 0/0 au maximum, stérilisée et conservée dans un flacon de verre jaune ou noir pour éviter sa décomposition sous l'influence des rayons solaires. La ligature élastique peut être enlevée sans inconvénient aussitôt que les injections auront été eirectuées. Ce traitement, appliqué à l'homme, donnera vraisemblable- ment les mêmes résultats heureux que nous avons obtenus par l'expérimentation sur les animaux. Il est aussi probable que son elTicacité s'étendra aux morsures de tous les serpents venimeux, puisque les diverses échidnines (vipérine, crotaline, najine ou élaphine, etc.) ne présentent entre elles que des difl"érences légères d'action physiologique, et tous les auteurs qui ont entre- pris des recherches sur le venin des ophidiens exotiques sont d'accord pour affirmer que celui du cobra est le plus actif. Les symptômes d'envenimation par les morsures de certains vipéridés comme le Daboia de l'Inde, d'après Fayrer et Wall, n'ont cependant pas tout à fait les mêmes caractères que ceux produits par les morsures des serpents colubritbrmes (naja, tri- gonocéphale, crotale). Le venin des Daboia provoque des convul- sions précoces, détruit moins vite la fonction res})iratoire, et empêche la coagulabilité du sang- après la mort, tandis que le venin des najas ne fait que la modilier. Quoi qu'il en soit de ces divergences vraiment peu considé- rables, les effets locaux et généraux de tous les venins sont à peu près identiques, et ne diffèrent que par l'intensité; ilestrationnel de penser que le chlorure d'or devra les neutraliser également. QUELQUES FAITS RELATIFS A LA MÉTHODE DE COLORATION DE LUSTCIARTEN Par m. R. SABOURAUD, interne uks hôpitaux de Paris. Travail du laboratoire de M. le D'^ Tapret, à l'hôpital Saint-Antoine. METHODE DE COLORATION ET BACILLE DK LUSTGARTEN. Au cours de recherches bactériolog^iques sur la syphilis, j'ai dû vérifier les méthodes préconisées pour la coloration d'un microbe spécifique et celle de Lustgarten en particulier. C'est en effet celle qui offrait le plus de garanties d'authenticité et celle qui a eu le plus de retentissement. Rappelons d'abord le manuel opératoire que Lustgarten a indiqué : 1° Les coupes de productions syphilitiques ou les lamelles enduites de l'exsudat spécifique du chancre sont portées, pendant 24 heures à froid et 2 heures à 60° environ, dans un bain colorant ainsi composé : Solution alcoolique saturée de violet gentiane H parties. Eau d'aniline 70 — 2*^ La coloration est suivie d'un lavage de 10 minutes dans l'alcool absolu, 3° Puis la préparation est soumise pendant dix secondes h l'action du permanganate de potasse en solution à 1 1/2 0/0, 4° Et enfin à la décoloration par l'acide sulfureux en solution aqueuse, concentrée et fraîche. Il faut recommencer cette double décoloration autant de fois qu'il sera nécessaire pour qu'elle soit complète. {Liistgarlen.) Je dois dire d'abord que la décoloration par l'alcool absolu pendant dix minutes suffît à rendre inutile toute décoloration ultérieure, car elle est complète si la coupe du tissu est assez fine. METHODE DE COLORATION DE LUSTGARTEN. iSo Quoi qu'il eu soit, j'ai pratiqué celte méthode sur cinquante et une pièces de syphilis, et le résultat a toujours été négatif. Ces pièces ont compris, sauf la roséole, toute la série des lésions ordinaires et indiscutables de la maladie : le chancre initial de tous sièges, les papules et les plaques muqueuses, les ulcères de la syphilis maligne précoce, les gommes, les syphilides serpiginouses tertiaires, etc. Les fragments de tissu ont été prélevés sur le vivant ou à l'autopsie, ils ont été fixés par l'alcool ou le bichromate. Toutes les conditions de l'expérience ont été variées : le colorant et le temps d'immersion dans le colorant, le chauffage qui a été porté jusqu'à 130*^, la durée elle-même du chauffage, l'alcool de lavage qui a été supprimé, ou dont l'action a été diminuée par la saturation du même colorant, lo titre des solutions de per- manganate et d'acide sulfureux, le temps de leur action. Jamais je n'ai rencontré le bacille de Lustgarten ni aucun bacille qui lui ressemblât. Sans doute des faits négatifs, même très nombreux, prouvent moins qu'un fait positif bien observé, aussi je ne puis tirer des expériences que j'ai faites d'autre conclusion que celle-ci : Même en admettant pour vraie la découverte de Lustgarten, on ne peut reproduire à volonté les résultats qu'il a obtenus — en se servant des procédés qu'il a donnés. Et sans discuter le bien fondé des affirmations positives sur ce sujet, une méthode sûre pour déceler le microbe delà syphilis est encore à découvrir. II MÉTHODE DE LUSTGARTEN APPLIQUÉE A LA COLORATION DU BACILLE TUBERCULEUX. Parmi les lésions qui ont été examinées au point de vue bactériologique, l'une a été pour moi l'occasion d'une méprise qui pourrait expliquer peut-être les affirmations de Lustgarten. Comme les circonstances dans lesquelles cette méprise s'est produite ajoutent à l'intérêt qu'elle présente, nous donnerons brièvement l'observation du malade qui en fut l'objet. En juin 1891, se présenta dans un service de l'hôpital Saint-Antoine, un homme porteur d'une tumeur de la grosseur 486 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. du poing siégeant sur la dixième côle. La tumeur, lég-èrement conique, portait en son centre une ulcération cratériforme ronde contenant un énorme bourbillon nécrosé en voie d'élimination. Le diagnostic de g-omme syphilitique fut porté, ^"t le traitement spécifique interne institué. En quinze jours la tumeur diminua des trois quarts et le bourbillon nécrosé s'élimina. C'est dans cette période que le pus de celte gomme, recueilli par moi et examiné, à la fois comme du pus tuberculeux par la méthode d'Ehrlich, et comme du pus syphilitique par la méthode de Lustgaiien, me montra, par cette dernière méthode seule- ment, des bacilles peu nombreux mais absolument évidents, isolés ou en chaîne. En présence des caractères formels de la lésion, et la méthode de coloration tuberculeuse d'Ehrlich étant d'ailleurs restée quatre fois sans résultat, je demeurai convaincu que j'avais retrouvé le bacille de Lustg^arten, et dans une lésion syphilitique. — Celte lésion fut soumise successivement au diagnoslic de trois médecins des hôpitaux dont l'avis fut unanime. Son aspect élait assez caractéristique pour que la photographie en fût prise comme un témoignage de sa nature. Au bout de trois semaines l'ulcère parut en telle voie d'amé- lioration que le malade fut congédié, et ce fut dans l'intention de voir la lésion guérie par le seul Iraitement interne que je fis entrer le malade dans le service de M. le D"" Tapret dont j'étais alors l'interne. Or, malgré la continuation du traitement, l'ulcération ne se détergea pas complètement et demeura stationnaire. Dans le doute je recommençai indéfiniment l'examen microbien du j)us, après décoloration à l'acide nitrique au 1/3. Et en même temps j'inoculai un cobaye. Le neuvième examen me montra des bacilles colorés malgré la décoloration acide — et le cobaye mourut tuberculeux. Dans tous mes examens antérieurs de produits syphilitiques, comme dans celui-là, j'avais pris d'extrêmes précautions pour ne pas èlro trompé sur la nature spécifique des lésions, etmalgré ces précautions, j'y ai élé trompé une fois. Est-ce que la même erreur ne serait pas arrivée à Lustgarten? Et par exemple la nature de cette tumeur du deltoïde qu'il examina avec Weigert et qui fourmillait de bacilles, lui était-elle bien prouvée? Il ne METHODE DE COLORATION DE LUSTGARTEN. 187 parle pas d'inoculations négatives au cobaye, et un examen par les seules réactions colorantes ne suffit pas, nous venons de le voir, à trancher absolument la question. Du reste, ce double examen bacillaire me donnait un résultat qui valait la peine d'être repris. L'examen par la méthode de Lustgarten montrait toujours des bacilles (sauf dans une préparation sur quinze) et l'examen par la méthode d'Ehrlich avait échoué 8 fois sur 10. — J'ai déjà dit que les bacilles étaient fort rares : les plus riches préparations n'en contenaient pas une vingtaine. En contrôlant ces résultats, je me suis assuré plusieurs fois que la méthode de Lustgarten, bien maniée, car elle est un peu délicate, est d'une extrême sensibilité pour le bacille tuber- culeux. Pareillement et dans un cas où les bacilles étaient aussi fort rares — dans une pérityphlite tuberculeuse do diagnostic di- w/^;/^ impossible, c'est par cette méthode que j'ai réussi à prouver l'existence du bacille, contrôlée ensuite parles réactifs ordinaires. Et non seulement la méthode de Lustgarten est bonne pour déceler le bacille dans des tissus où il est rare, mais aussi pour le mettre en évidence dans certains parenchymes organiques comme celui du foie par exemple, où la fuchsine phéniquée de Ziel et la décoloration nitrique donnent de si médiocres résultats. En résumé la méthode de Lustgarten qui, pour ne pas dire plus, est au moins très infidèle dans Ja recherche du microbe de la syphilis, est une très fine méthode pour déceler le bacille tuber- culeux. Elle mériterait donc de prendre rang parmi les procédés usuels de colorations bactériennes, et du reste, il est facile de la simplifier beaucoup sans l'altérer en rien. Pour la recherche du bacille tuberculeux, dix ou quinze minutes au plus d'immersion dans le colorant suffisent quand la coloration est faite à chaud. Rien n'est plus simple que cette coloration quand il s'agit d'une lamelle enduite d'exsudat. Quand il s'agit d'une coupe, je la colle d'abord sur une lame porte-objet ou sur une lamelle, au moyen de caoutchouc dissous dans le xylol, ou d'eau albuminée légèrement phéniquée. On évite ainsi la difficulté d'avoir à étendre après la coloration une coupe que le chauffage a pelo- tonnée sur elle-même. 188 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. Une deuxième simplification vise la préparation de la solution fraîche d'acide sulfureux. On prend une pipette Miquel à moitié remplie d'eau stérile et on la fixe sur un support métallique de laboratoire. A chacune de ses extrémités on monte un tube de caoutchouc : celui qui Fig. 1. part de Textrémité effilée relie la pipette à un de ces siphons d'acide sulfureux liquide qu'on trouve dans le commerce. — Celui qui part de l'extrémité supérieure plonge dans un vase rempli d'eau et sert à éviter tout dégagement de gaz. On appuie sur la pédale du siphon et l'on fait barboter le gaz dans l'eau de la pipette qui s'en trouve saturée en quelques minutes. Rien n'est plus facile même, au moyen d'une simple ficelle et d'une pince hémostatique, que de maintenir automati- quement le débit du courant gazeux. On peut donc préparer sur-le-champ, sur sa table, la solution sulfureuse fraîche et concentrée exigée par Lustgarten. La pipette mobile sur son support métallique devient un véritable tlacon compte-goulteset il suffit d'imprimer du doigt une modi- fication à sa position pour provoquer ou suspendre l'écoulement du liquide qu'elle contient. Ainsi réglée la méthode do Lustgarten n'est plus qu'une MÉTHODE DE COLORATION DE LUSTGARTEN. 189 méthode semblable à celle de Gram, avec ces diftererices que la solution iodo-iodurée est remplacée par une solution de perman- ganate et l'alcool ou l'huile d'aniline par la solution sulfureuse. III UN NOUVKAU PROCÉDÉ DE COLORATION DE LA FIRRINE. En poursuivant mes recherches sur ces sujets et pensant que Lustgarten avait peut-être obtenu des résultats par un hasard de préparation, j'ai été amené à renforcer l'action colorante par un mordançage préalable du tissu. Et ayant observé que quelques mordants employés dans l'industrie, tels que le phosphate et le silicate de soude, le carbonate de potasse, l'émétique, avaient sur les tissus animaux des élections spéciales, j'ai étudié à ce point de vue une vingtaine de mordants usités en teinturerie. Par hasard j'ai rencontré ainsi un procédé de coloration de la fibrine qui me semble supérieur à celui que Weigert a proposé. Le voici : Qu'on prenne par exemple un fragment de chancre d'un centimètre de long" sur trois millimètres dans ses deux autres dimensions, qu'on aura préalablement fixé par le liquide de Muller. Qu'on le laisse passer 13 ou 20 heures dans une solu- tion de tannin au ^, légèrement alcoolisée (lO'"'" d'alcool pour eau ■= 200). Si l'on fait ensuite subir à la préparation la colo- ration au violet aniline d'Ehrlich suivie de la décoloration de Gram Weig^ert, en remplaçant dans la décoloration l'huile d'aniline par l'essence de girofles, on verra un feutrage fibrineux occuper la surface ulcérée du chancre, et de ce feutrage émaner un réseau extraordinairement fin et net, intercellulaire, descen- dant jusqu'aux limites de la néoplasie pour s'y perdre en prenant l'aspect dune multitude de fins cheveux coupés. L'élection fibrineuse est assez forte pour supporter une double coloration à l'éosine ou la safranine. On peut ainsi obtenir des préparations d'une grande netteté et d'un aspect intéressant. Nous mentionnons ce fait qui n'a pas une extrême impor- tance mais qui peut être susceptible d'extension. Si les mordants ont des élections, pourquoi ne pas chercher à les utiliser dans les recherches microbiennes, soit incorporés à des liqueurs colo- rantes, soit mieux, séparément pour des mordançag-es préalables? RECHERCHES SUR LA. S\MBI0S1 DES ALGUES ET DES PROTOZOAIRES Par Félix Le DANTEG. La présence de la chlorophylle dans les tissus de certains animaux a été constatée il y a fort longtemps; depuis une dizaine d'années seulement a été émise et discutée l'idée que cette chlorophylle, dans un grand nombre de cas, n'appartient pas en propre aux cellules animales, mais bien à des végétaux parfaitement distincts, vivant en hôtes bienfaisants à l'intérieur de leur protoplasma. Les partisans de la théorie de l'individualité propre des corpuscules verts qui existent dans quelques Infusoires ciliés, les Spongilles, les Hydres, etc., se sont principalement appliqués à répondre aux deux questions suivantes : (a). Peut-on recon- naître dans ces corpuscules verts les caractères distinctifs d'une cellule végétale complète? — [b). Ces corpuscules verts sont-ils susceptibles de vivre et de se multiplier en dehors du protoplasma des animaux dans lesquels nous les trouvons? [a). A peu près en même temps, C. Brandt ' el Geza-Entz -, qui les premiers ont considéré ces corpuscules verts comme des algues unicellulaires ayant une existence propre, ont décrit à leur intérieur un noyau et des grains d'amidon. Geza-Entz a également attribué à ces corpuscules une membrane d'aspect 1. G Brandt, Ueber das Zusammenleben von Tbieren u. Algen. Sitzb. dcr qcs. naiurf. Freunde. Berlin, 1881. — Ueber die inorphol. u. physiol. Bedeutung des Chlorophylls bei Thiercn. Arch.f. anal. u. phys. {Abtli I. 2J/t//s.),1882, — /(/. :2^ arti- cle. Milthcil a. d. Zoolog. Station zn Neapel, 1883. "2. Geza-Entz, Ueber die natiir des Ghlorophyll Kiirpcrchen niedcrer Thiere. Biot. Centr., 1882. REGHEllCHES SUR LA SYMBIOSE. 191 gélatineux, dans laquelle Brandi dit avoir reconnu chimique- ment la présence de cellulose. Cette substance est aussi donnée par Dangeard ' comme existant dans la membrane des corpus- cules verts du vorlicellien appelé Ophnjdiiim versatile. Beyerinck ^ et Famintzin * s'accordent à considérer les corpuscules verts comme des algues qu'ils rapprochent avec Brandt des Protococcacées sous le nom deZoochlorelles. Famintzin a mis hors de doute l'existence d'un noyau dans ces corpuscules par l'hématoxyline ou le carmin employés dans des conditions bien déterminées ; il a démontré par plusieurs procédés l'exis- tence de la membrane gélatineuse d'enveloppe, mais n'a pas trouvé de cellulose dans cette membrane. Il a décrit comme accidentel chez la Zoochlorelle un point roug-e qui n'est pas décoloré par l'alcool absolu, et comme constant un chroma- lophore, déjà signalé par Brandt, et qui se multiplie par divisio n en même temps que la Zoochlorelle. Lankaster * a été le plus sérieux adversaire de la théorie de l'individualité des corpuscules verts. Déjà avant les travaux de Brandt et Geza-Entz, il les avait assimilés aux leucites chloro- phylliens des végétaux. Son argument morpholog-ique le plus important pour nier leur individualité était qu'il n'avait pas pu trouver de noyau à leur intérieur. Les procédés de coloration employés par Brandt et Famintzin ont réduit cette objection à néant. Il en reste une autre, moins fondamentale, purement physiolog-iqne. Geza-Entz et Brandt avaient considéré les zoochlorelles comme devant, à la lumière, se charger d'hydro- carbures par assimilation chlorophyllienne, et en fournir une partie à leur hôte. Or, Lankaster, et en ceci Famintzin est d'accord avec lui, n'a pas trouvé d'amidon dans les Zoochlorelles, et en a découvert au contraire à leur extérieur dans les cellules amiboïdes de la Spongille ; cet amidon existait concurremment avec des matières albuminoïdes dans des vacuoles de ces cellules ; 1. Daxgeard, Étude sur l'Ophrydium versatile. Botaniste, 1890. 2. Beverinck, Giilturversuche mit Zooclilorellen, Lichengonidien und anderen Algen. Bot. Zcitunçi, 1890. 3. Famin-tzix, Beitrag zur Symbiose von Algen und Thieren. Mem. Ac. Iinp. Se. Pctershourg, t. XXXVIII, 1891. i. Lankaster, The mode ot'occurence of Ghlorophyll in Spongilla. Quart. Journ., 1874. — Ghlorophyll in Turbellarian Worms and other Animais. Quart. Journ., 1879. — On the chlorophyll-corpuscles and amyloïd deposits of Spongilla and Hydra. Quart. Journ., 1882. 192 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. il provenait probablement de l'extérieur, peut-être de proies animales qui en étaient préalablement chargées, comme ces Chilomonas Paramœcium que Famintzin a vu ingérer en grande abondance par des iiifusoires verts. Dans tous les cas, cette observation n'infirme en rien l'hypothèse de l'individualité des Zoochlorelles, et restreint seulement le rôle que l'on peut accorder à ces êtres dans la symbiose avec les cellules animales. {b) Déjà en 1863, Balbiani, plus tard Geza-Entz et Brandt, ont observé que les corpuscules verts se multiplient par division à Tintérieiir des Infusoires. Trompé par ce fait que ])lusieurs êtres peuvent rester vivants un temps plus ou moins long dans les vacuoles d'ingestion des Protozoaires, Geza-Entz a dit que les corpuscules verts mis en liberté par l'écrasement d'un Infusoire continuent de vivre sous les formes les plus variées {Palmella, Totraspora, etc.). Brandt affirme seulement que les Zoochlorelles ainsi mises en liberté continuent de vivre et produisent à la lumière des grains d'amidon. Beyerinck a découvert une algue vivant librement et ressemblant beaucoup aux Zoochlorelles ; il l'a appelée Chlorella vulgaris. Elle se cultive très bien sur la gélatine peptonisée addi- tionnée de sucre ou d'extrait de malt concentré. Après avoir dit d'abord qu'il n'a jamais pu obtenir de culture des Zoochlorelles sur ce milieu, cet auteur ajoute brièvement et sans donner de détails, à la fin de son mémoire, qu'il a, dans les derniers temps, réussi à cultiver abondamment sur gélatine les Chlorelles de l'Hydre, et que cette culture lui a permis de constater une identité certaine des dites algues avec les Chlorella vulgaris. Famintzin donne des détails bien plus précis. Un individu de Paranupcium Bursaria, isolé dans une goulie stérilisée de l'eau de son aquarium, est écrasé entre un porte-objet et un couvre- objet. Les Zoochlorelles mises en liberté adhèrent au verre avec assez de ténacité pour qu'un léger courant liquide produit entre les deux lames ne les déplace pas. Ceci permet de suivre longue- ment au microscope l'une d'entre elles bien déterminée. L'auteur fait pénétrer sous le couvre-objet une couche liquide, fréquem- ment renouvelée, d'une solution contenant pour 100 parties d'eau distillée, une partie de phosphate acide de potasse et une partie de sulfate d'ammoniaque. En opérant ainsi on voit les Zoochlo- relles se diviser en 4 ; chacun des produits de la division atteint RECHERCHES SUR LA SYMBIOSE. 193 à peu près la dimension normale des Zoochlorelles, et se divise de nouveau. Le même auteur est arrivé à un résultat semblable avec les Zoochlorelles du Stcnlor poh/tnorpJins, en tuant ces Protoozaires avec une solution de soude et ajoutant à la préparation, faite comme précédemment, un peu de gélose ou un peu de silice gélatineuse pour éviter le déplacement des algues dans le liquide. L'individualité des corpuscules verts est démontrée par ces expériences, qui montrent la possibilité de leur multiplica- tion dans un liquide parement inorganique. Da)is quelles conditions ces Zoochlorelles se mettent-elles en symbiose avec les Infusoires, c'est cette question que je me propose d'élucider dans ce travail, et les faits que je vais exposer donneront une nouvelle preuve de l'individualité des corpus- cules verts. ' Dans deux réservoirs distincts, j'ai conservé longtemps deux infusions renfermant en grande quantité des Ciliés d'une même espèce Paramœciam Biirsaria. Quoique ces deux réser- voirs fussent tous deux, depuis le début de mes observations, dans les mêmes conditions de température et d'éclairement, les Paramécies de l'un deux étaient toutes hyalines ', celles de l'autre presque toutes vertes. Ce fait qui serait assez étonnant si la chlorophylle de ces Infusoires était une production de leur propre substance, s'explique très facilement si l'on admet l'individualité des corpuscules verts. En réunissant dans un même tube des portions à peu près égales des deux infusions précédentes, j'ai constaté qu'au bout de quelques jours les Paramécies hyalines étaient devenues presque introuvables dans ce troisième réservoir; ce résultat pouvait tenir soit à la supériorité des Paramécies vertes dans la lutte pour l'existence, soit à la nature contagieuse pour ces Infusoires de la propriété d'être vertes. Une expérience très simple m'a permis de m'assurer que la deuxième de ces hypo- 1. Une eau contenant des Paramœcium Bursaria, toutes hyalines, est une chose très rare dans la nature ; j'ai recueilli celle dont je parle ici dans une mare remplie d'algues vertes, située sur le plateau qui domine la grève de Vimereux. Il m'a semblé intéressant de remarquer que le Vimereux, qui coule à peu de distance de cette mare, contient des Paramécies presque toutes infectées de Zoochlorelles. 13 194 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. thèses est vraie (sans que pour cela je puisse affirmer que la première ne l'est pas). Dans une goutte d'eau filtrée de la première de mes infu- sions, i'ai écrasé des Paramécies vertes débarrassées autant que possible des substances étrangères par des passages successifs dans de l'eau filtrée ; puis j'ai introduit une Paramécie incolore dans cette goutte que j'ai suspendue sous un couvre-objet, sur un porte-objet creusé, c'est-à-dire dans une chambre humide. En opérant ainsi, j'avais à peu près complètement éloigné de rinfusoire hyalin toute nourriture autre que les débris de ses congénères verts. J'ai fait un très grand nombre de fois des préparations de ce- genre et dans quelques-unes d'entre elles j'ai vu que la Para- mécie, incolore au début, était, au bout de quelques jours, por- teuse d'un certain nombre de Zoochlorelles, La question de la supériorité pour la lutte des individus verts étant naturelle- ment éliminée dans ce cas, il était bien évident qu'il y avait contagion de la propriété d'êlre vert. La préparation que je viens de décrire est facile à faire et très peu fatigante à observer puisqu'il suffit d'y jeter un coup d'œil rapide tous les jours; mais elle ne donne pas toujours de résultat; quelquefois la Paramécie meurt avant d'avoir été por- teuse d'une seule Zoochlorelle. Si, au lieu d'abandonner cette préparation à elle-même, on la suit au microscope sans perdre de vue i'Inftisoire, l'observation est bien plus fastidieuse, mais donne quelquefois un renseignement nouveau. Souvent, en effet, j'ai vu par ce moyen l'ingestion d'une Zoochlorelle par rinfusoire incolore, et je me suis assuré que, plusieurs heures après, cette Zoochlorelle était encore verte. Contrairement à ce qui se passe pour une Protococcacée ordinaire, elle n'était pas digérée. En conservant la préparation, je voyais, au bout de quelques jours, un nombre variable dezoochlorelles vertes dans le corps de l'Infusoire, comme je l'ai déjà dit plus haut. Cette simple observation prouve que la zoochlorelle s'inocule par ingestion dans le protoplasma animal; mais un doute reste; toutes les Zoochlorelles que nous ^voyons au bout de quelques jours dans la Paramécie ont-elles été ingérées séparément et ont-elles seulement continué à vivre, ou bien l'Infusoire a-t-il éringé un nombre moindre de ces algues qui se sont ensuite RECHERCHES SUR LA SYMBIOSE. 195 miiltiplices à son intérieur? [1 m'a élé facile de m'assurer que la seconde hypolhèse est la vraie. Pour cela, dès que j'avais vu la Paramécie avaler une Zoochlorelle, je la prenais avec une petite pipette et je la portais dans un verre de montre plein de l'eau filtrée du réservoir d'où elle provenait; je la transportais ainsi successivement dans plu- sieurs verres de montre et je la montais de nouveau en goutte sus- pendue. Je m'assurais que la goutte ne contenait aucune Zoochorelle en dehors de la Paramécie, et je conservais la prépa- ration pour l'observer de temps en temps. En opérant ainsi, j'ai souvent vu la Zoochlorelle rejetée par l'Infusoire, mais souvent aussi le nombre des Zoochlorelles a augmenté de jour en jour par quadripartitions successives. lime semble que ceci démontre d'une façon irréfutable la nature parasitaire des corpuscules verts, puisqu'un seul d'entre eux, inoculé à une Paramécie, se multiplie à son intérieur et arrive à l'envahir complètement'. Par quel mécanisme se produit cette inoculation après ingestion? Pour l'étudier, je transporte sur un porte-objet non creusé le couvre-objet porteur de la goutte de liquide dans laquelle une Paramécie vient d'avaler une Zoochlorelle; cette g-outte se trouve ainsi aplatie, et en aspirant avec précaution le superflu de l'eau de la préparation au moyen d'un papier buvard, je com- prime légèrement l'infusoire et je ralentis assez son mouvement pour pouvoir l'observer sans peine avec un fort grossissement. Au début, comme dans le cas d'une protococcacée quelconque, l'algue avalée est comprise dans une vacuole , c'est-à-dire qu'elle se montre à l'œil entourée d'une aire circulaire claire à bords très nets. Mais ce qui est très particulier au cas de l'inges- tion d'une Zoochlorelle, c'est qu'au bout d'un temps très court, 9 à 10 minutes environ, cette aire circulaire a disparu. Elle ne disparaît pas en se rétrécissant de façon à ce que son contour apparent vienne se confondre avec celui de la Zoochlorelle; au contraire, elle conserve son diamètre initial, 4. Il est intéressant de rapprocher ce fait du pliénomène contraire observé par M. Hafkine [Annales de l'Instllut Pasteur, mars 1890, p. 16"2). Quand les Paramécies avalaient les spores da microba causant la maladie infectieuse étudiée par lui, ces spores ne poussaient jamais dans le protoplasma, mais étaient rejetées par l'Infu- soire comme une nourriture indigeste. 196 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. mais ses bords perdent progressivement leur netteté, la réfran- gibilité du liquide que contient la vacuole devenant de plus en plus voisine de celle du protoplasma ambiant. Je pense qu'à partir de ce moment, on doit considérer la Zoochlorelle comme se trouvant eri contact direct avec le protoplasma animal. Le protoplasma végétal est donc séparé de celui du Protozoaire seulement par une membrane de cellulose à travers laquelle peuvent se faire par osmose des échanges réciproques utiles à chacun'. La symbiose est établie. 1. Voici une observation que je n'ai malheureusement pu faire qu'une fois et qui, si elle est difficile à interpréter, semble au moins prouver que les relations de symbiose entre l'algue et le protoplasma animal sont assez étroites. Quand on emprisonne sous un couvre-objet une Paramécie contenant des Zoochlorelles, on remarque que, la pression augmentant par suite de l'évaporatioa de l'eau (il faut pour cela qu'aucun grain solide volumineux n'existe dans la pré- paration), il y a uu degré d'aplatissement que l'animal ne peut dépasser sans danger. Eu un ou plusieurs points de son contour apparent son protoplasma fait hernie à l'extérieur, et si l'on n'a pas soin à ce moment d'ajouter de l'eau, l'ani- mal se crève et meurt. Il reprend, au contraire, ses mouvements si l'on diminue la pression par addition de liquide. Si la pression a été très lente et très ménagée, il n'y a pas eu déchirure de l'enveloppe réticulée de l'animal, le protoplasma extravasé est dépourvu de Zoochlorelles, celles-ci ayant précisément été retenues par le filtre réticulé. Le protoplasma, quand il n'est pas sorti en trop grande abondance, rentre petit à petit dans l'animal après que la compression a cessé; quand il en est sorti beaucoup, il s'en isole une partie qui estentraînée dans l'eau sous forme d'une peiite sphère hyaline. Si la pression a été un peu brusque et qu'on n'ait pas complètement tué la Paramécie, ce qui arrive malheureusement le plus souvent, on a quelquefois produit chez l'animal une déchirure partielle le long du contour apparent. Par cette déchirure sort du protoplasma contenant, dans le cas actuel, des Zoochlorelles; et souvent, quand on diminue la pression par l'addition de liquide, on voit s'isoler dans le milieu ambiant une sphère proto- plasmique contenant une ou plusieurs zoochlorelles (ci-joint un croquis représen- Fig. l. tant la mise en liberté d'une sphère protoplasmique contenant 8 de ces algues). Le reste du protoplasma extravasé demeure fixé à l'animal, et il se produit une cicatrisation que je ne m'arrête pas à décrire ici. Cette sphère protoplasmique peut se maintenir longtemps dans le liquide, roulant au gré des courants sans changer RECIIEUCHES SUR LA SYMBIOSE. 197 Il m'a été impossible de l'aire ingérer eu même temps qu'une Zoochlorelle un grumeau d'alizarine sulfoconjuguée, je ne sais donc pas s'il y a sécrétion d'acide dans la vacuole éphémère qui entoure l'algue au moment de son ingestion; c'est peu probable puisque la Zoochlorelle reste verte et qu'une Zoochlorelle bien vivante introduite, en dehors de la paramécie, dans une solution acide faible, se laisse pénétrer par cette solutioti et brunit rapi- dement. Il est assez rare de trouver dans les infusions naturelles des Pantmœciuni Dursaria dépourvues de Zoochlorelles: on peut se procurer assez facilemeht ces Infusoires à l'état incolore en con- servant plusieurs jours à l'obscurité le liquide qui les contient. Dans ces conditions, la plupart des Zoochlorelles brunissent, subissent probablement une digestion plus ou moins complète et sont rejetées brunes par l'Infusoire ; des Zoochlorelles brunes se trouvent d'ailleurs, en général, en nombre variable mais res- treint dans les Paramécies vertes. On débarrasse difficilement par le séjour à l'obscurité toutes les Paramécies de toutes les Zoochlorelles, mais on en obtient quelques-unes qui sont parfaitement hyalines; ces Paramécies, isolées avec soin, restent ensuite indéfiniment incolores, mais les individus restés dans l'infusion redeviennent rapidement verts si on laisse l'infusion au jour, ceux d'entre eux qui ont de forme, mais je pense que sa substance doit se modifier assez rapidement dans ces conditions anormales. Dans une de ces expériences que je faisais dans le but d'étudier la cicatrisa- tion, j'ai vu la Paramécie même qui venait d'éprouver cette perte de substance avaler, environ une demi-heure après son accident, la sphère protopiasmique con- tenant deux Zooclilorelles qu'elle avait abandonnées. Tout se passa comme si les Zoochlorelles avaient été des algues ordinaires; la sphère protopiasmique fut digérée, les deux algues devinrent brunes au bout de 3/4 d'heure environ; or, il serait difficile de considérer ces algues comme déjà mortes au moment de i'in- gestioo puisque, isolées de leur hùte, elles conservent, en générai, bien plus d'une demi-heure la propriété de s'inoculer dans un être nouveau. Il y a donc relation tellement étroite entre la Zoochlorelle et le protoplasma ambiant, qu'une sphère de cette substance, extraite une demi-heure du contenu cellulaire, se com- portant vis-à-vis du reste du protoplasma comme un corps étranger, les Zoochlo- relles qu'elle contient sont également traitées comme un corps étranger. N'y a-t-il pas quelque chose d'analogue dans ce qu'a remarqué Famintzin (op. cit., p. 10, lignes 31-33), au cours de ses essais de culture des Zoochlorelles du Stentor poly- morphus : « Chose étonnante, restaient vivantes dans l'agar-agar, seulement les Zoochlorelles qui se trouvaient isolées et en dehors du plasma du stentor ; celles qui étaient entourées d'une masse de plasma mouraient presque toutes ; il m'est impossible de m'expliquer cette particularité. » 198 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. conservé des parasites étant une cause d'infection pour Jes autres. Il semble probable qu'à l'obscurité les Zoochlorelles, ne pou- vant plus exercer leurs fonctions chlorophylliennes ordinaires, dépérissent ou même peut-être meurent, et c'est alors qu'elles sont digérées par leur hôte. En résumé, ce que l'on peut affirmer actuellement, c'est que les corpuscules verts des Paramécies sont des algues unicellu- laires très voisines, sinon identiques à une algue vivant en liberté que Beyerinck a appelée C/dorcUa vulgaris. Elles ont une vie propre et sont susceptibles de vivre en iehors de l'organisme animal dans des milieux absolument inorganiques. Elles s'inoculent dans les Paramécies quand elles sont ingé- rées par ces Infusoires et se développent à leur intérieur par quadripartitions successives. REVUES ET ANALYSES LA lllFFÉI!ENflAT10\ DES MATIÈRES ALBFMIMDES REVUE CRITIQUE Gan.xal, Gazette médicale de Paris, i8o8. — Denis, Mémoire sur le sang. Paris, 1859. — Etude sur les substances albuminoïdes. Paris, 1859. — W. Kuhne, Zeilsclir. f. BioL, passim. — S. Lewith, Atrhir. f. exp. PathoL, 24, et Malifs Jahresb. 17. — J. Sebelien, Recherches sur le dosage des matières albuminoïdes. Zeitschr. f. plu/s. Cheniie, t. XIll, 1889. — 11 a été publié sur ce sujet une mul- titude de travaux dont il serait trop long de citer les auteurs et les titres. On les trouvera surtout dans la collection du Zeitschrift fur Biologie, du Mali/s Jahresbericlit, de Pfluger's Archiv. et de Archiv. f. exp. Patliol, dans ces 20 dernières années. — Consulter à ce sujet le livre très condensé et très clair de 0. Hammarsten, Lehrhuch der plujsiologischen Cheniie. Wiesbaden, i89i,ei\e Cours de chimie biologigue, très bien documenté, de M. A. Gautier. Paris, 1892. Je terminais ma dernière revue (décembre 1891) en disant que nous n'avions pas encore réussi à pénétrer les secrets de construction de la molécule albuminoïde. Ouelles sont les dispositions relatives et les liaisons réciproques des atomes de carbone, d'hydrogène, d'azote, d'oxygène, et éventuellement de soufre et de phosphore, qui forment la trame de tous nos tissus? Quelles sont les modifications de structure qui distinguent une matière albuminoïde d'une autre, la caséine de l'albumine, la fibrine du gluten? Nous l'ignorons. Tout ce que nous révèle jusqu'ici l'expérience, c'est que ces diverses substances n'ont pas la même composition, mais diffèrent peu l'une de l'autre. D'un autre côté, elles ne sont pas identiques au point de vue de leurs propriétés et de leur rôle fonctionnel, mais elles se rapprochent beau- coup. De là l'idée toute naturelle d'expliquer à la fois ces ressemblances et ces différences par les mêmes moyens que pour d'autres groupes chimiques mieux connus, c'est-à-dire par des notions d'homologie ou d'isomérie. Les corps gras sont, par[] exemple, des mélanges de substances homologues. Chacune d'elles renfermant un alcool trivalent, la glycé- rine, combiné à trois groupements d'acides gras, comme on passe de l'un de ces acides à l'acide immédiatement supérieur en ajoutant au 200 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, premier une molécule G îP, un triglycéride gras diffère de celui qui le précède dans la série en ce qu'il contient G^H*^ en plus, pour la même quantité d'oxygène. Peut-être les matières albuminoïdes sont-elles aussi des mélanges de substances homologues, dont les formules, ramenées à contenir une même quantité d'oxygène, ou d'azote, montreraient des gradations dans les proportions de carbone et d'hydrogène permettant de les arranger en séries homologues. Mais à coup sûr il y a autre chose, et les questions d'homologie s'y superposent à des questions d'isomérie qui sont peut-être prépondérantes. J'ai indiqué, dans ma dernière Revue sur ce sujet, comment se produisaient les isoméries dans les groupes les plus simples, soit de la série grasse, soit de la série aromatique. Le nombre des isomères possibles croît à mesure qu'augmente le nombre d'atomes de carbone de la molécule, c'est-à-dire le nombre de places auxquelles on peut souder un maillon latéral destiné à devenir lui-même le point de départ d'une chaîne nouvelle, et il n'y a pas de meilleure image à donner du genre de prestidigitation auquel la chimie se livre avec succès sous ce rapport, que de rappeler ce que chacun a vu faire sur les théâtres de foire, oii, avec un certain nombre d'anneaux qu'il enchevêtre savam- ment, le magicien de la bande réussit à faire les ensembles les plus variés, une chaîne ouverte, fermée, une croix latine, grecque, russe, un polygone régulier, étoile, etc. Toutes ces figures si diverses, dont le nombre possible croît évidemment beaucoup plus vite que le nombre des anneaux, sont des métamères, lorsque les figures formées par un même nombre d'anneaux sont très différentes, des isomères, lorsque ces figures sont établies sur un plan commun. Si dans chacun des isomères variés ainsi obtenus par un mode de groupement des atomes de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, on remplace un des anneaux représentant un atome d'hydrogène par un triangle fixé au groupe- ment par un de ces sommets, pendant que les deux autres portent chacun un anneau d'hydrogène, on aura l'image de la substitution d'une molécule d'amidogène AjIP à un atome d'hydrogène, et la représentation schématique de la formation des amides ou des acides amidés. Get atome triangulaire d'azote, entrant à diverses places dans le groupement, amène une série d'isoméries nouvelles, suivant qu'il sera soudé ici ou là, et on pourra ainsi avoir une multitude de corps de même composition élémentaire, contenant le même nombre d'atomes de carbone, d'hydrogène, d'oxygène, d'azote, présentant entre eux des analogies résultant du plan général de la construction, et des diffé- rences résultant des changements dans le détail de l'arrangement des atomes. Telle est en ce moment l'image la plus nette que nous puissions nous former des diverses matières albuminoïdes. REVUES ET ANALYSES. 201 Seulement, si la chose est ainsi, voici une conclusion qui s'impose. A mesure qu'augmente, avec la complication de la molécule, le nombre d'isomères de même composition atomique, mais de structure diffé- rente, ces isomères en arrivent à ne plus être séparés que par des points de détail, à présenter par suite des propriétés très voisines, à avoir par exemple presque les mêmes points de fusion, d'ébuUition, à se comporter à peu près de même quant à leur solubilité, leur indice de réfraction, etc. Quelques-uns peuvent, lorsque de certaines dissymétries se sont produites dans leur structure, prendre le pouvoir rotatoire, et d'autres en rester privés. Ainsi, parmi un groupe d'alcools isomères relativement simple, celui des alcools amyliques, groupe qui, avec cinq atomes de carbone seulement, compte huit mem- bres possibles, dont sept réalisés, il y en a un qui est actif sur la lumière polarisée. Mais cette différence de propriétés ne l'a pas moins lais'sé confondu avec les autres, jusqu'au jour où les progrès de nos connaissances en chimie atomique ont permis d'aborder l'étude de la formule de constitution de ces alcools. C'est par des dislocations ménagées, par des synthèses adroites qu'on est arrivé à percer le secret de cet édifice relativement simple; ce n'est pas en isolant les divers alcools par les procédés de l'analyse immédiate qu'on est arrivé à les distinguer; et ce qu'on n'a pu faire dans un cas aussi facile, com- ment espérer y arriver avec les matières albuminoïdes, qui sont si rétives à la combinaison, dont nous ne savons faire ni la dislocation ménagée, ni la synthèse, et qui se comportent à peu près de même vis-à-vis de tous les réactifs? Tout ce que nous savons sur elles nous indique qu'il faudra employer des procédés délicats pour manifester leurs différences. I C'est pourtant ce problème difficile qui se trouverait résolu par les moyens en apparence les plus simples, s'il fallait en croire aveu- glément les indications de la science actuelle de celle qu'on trouve dans presque tous les livres élémentaires et dans les mémoires les plus savants. Il suffirait, pour distinguer les diverses matières albumiaoïdes les unes dos autres, d'actions banales, comme l'est, par exemple, celle des sels alcalins ou alcalino-terreux. Qu'il s'agisse de l'albumine de l'œuf, de la caséine du lait, d'une sérosité d'hydrocèle ou d'ascite, du sérum sanguin, bref d'un liquide quelconque contenant plusieurs matières albuminoïdes, il suffit, nous dit-on, pour séparer les uns des autres les divers éléments du mélange, d'appliquer leformulaire suivant. Prenons, par exemple, du blanc d'œuf, agitons-le longuement dans 202 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, l'eau après avoir coupé avec des ciseaux les membranes qui l'em- pêchent de s'y répandre. En filtrant, nous obtenons un liquide lim- pide et homogène dans lequel nous introduirons, à 20'^, du sulfate de magnésie en nature, ou que nous mélangerons, ce qui revient à peu près au môme, avec son volume d'une dissolution saturée de sulfate d'ammoniaque. Il se fait un précipité volumineux qu'on filtre et qu'on lave avec une solution saturée de sulfate de magnésie. Le précipité, bien lavé, est remis en solution dans l'eau pure, et soumis à une longue dialyse, de façon à éliminer la presque totalité du sel qu'il a retenu. On obtient ainsi la (jlobuline de l'œuf. Le liquide qui a passé au travers du filtre, lors de la filtration du précipité de globuline, coniie^iiV albumine de V œuf . On peut la précipiter, à son tour, soit en saturant la liqueur de sulfate d'ammoniaque, si on a employé ce sel comme précipitant, soit, si on s'estservi de sulfate de magnésie, en ajoutant à refus du sulfate de soude, toujours à 20''. L'albumine se précipite; on filtre, on sèche de son mieux le précipité en le comprimant entre plusieurs doubles de papier Joseph, on le soumet à la dialyse jusqu'à disparition du sel, et on évapore la solu- tion dans le vide à 40° ou 50°. Si on chauffait davantage, ou si on précipitait par l'alcool, l'albumine deviendrait insoluble. Dans l'albumine de l'œuf, cette méthode ne permet de découvrir que deux matières différentes. Il est vrai que Corin et Bérard ont distingué deux globulines se coagulant l'une à 57°, 5, l'autre à 67°, et trois albumines, avec des températures de coagulation de 07°, 72° et 82». Avant eux, MM. Gautier et Béchamp n'en avaient distingué que deux. Mais ce sont là des finesses qui ne sont pas admises par tout le monde. Contentons-nous, pour le moment, d'étudier les grandes divisions. Nous venons d'en voir deux : la globuline et l'albumine. Il y en a une troisième, la nucléo-albumine, dont la caséine du lait nous fournit un exemple. Pour la séparer, il suffit de saturer du lait avec du chlo- rure de sodium en nature, et finement pulvérisé. La nucléo-albumine se précipite. Elle est malheureusement mélangée d'un peu de globu- line, car les globulines ne sont pas absolument insolubles dans les solutions saturées de sel marin. Nous n'en avons pas moins un nou- veau type de matière albuminoïde, la nucléo-albumine, à ajouter aux deux premiers. Si on s'en tient aux renseignements fournis, les caractères distinc- tifs de ces trois types sont faciles à écrire. Les nudéo-albumines et les globulines sont insolubles dans l'eau pure, tout à fait débarrassée de sels; les albumines sont solubles. Quand on emploie comme dissol- vants des solutions pauvres en sels, comme le sont, par exemple, les liquides naturels de l'économie, les globulines se dissolvent, lesnucléo- REVUES ET ANALYSES. 203 albumines restant insolubles. Enfin, en présence de solutions concen- trées, les globulines se précipitent à leur tour, pendant que les albumines restent dissoutes pour ne se précipiter qu'en présence des solutions saturées de certains sels très solubles. Toutes ces distinctions se trou- vent résumées dans le tableau suivant, où S signifie soluble et I insoluble: Eau pure. Sels étendus. Sels concentri?s. Nucléo-albuinines I I I Globulines I S I Albumines S S S On voit qu'en principe, au moins, la distinction des types est très nette. A ces différences, on en ajoute d'ordinaire d'autres. Ainsi, les nucléo-albumines, très répandues dans le monde animal et végétal, sont considérées comme formant la partie principale du protoplasma cellulaire, pendant que les globulines et albumines sont surtout des éléments des liquides organiques. Les nucléo-albumines se distinguent aussi en ce qu'elles contiennent du phosphore, et en ce que leur diges- tion pepsique en sépare un produit phosphore, la nucléine, qui, d'après Lieberman, est une combinaison d'albumine et d'acide phos- phorique. En échange, elles contiennent, en moyenne, moins de soufre que les globulines, qui en renferment pourtant moins de 1 0/0, et surtout que les albumines, chez lesquelles la teneur en soufre peut s'élever de 1,6 à 2 0. Je laisse de côté d'autres différences rela- tives à l'action des acides et des alcalis, et à la température de coagulation. Elles sont plus contingentes que les précédentes, et nous les retruverons dans une autre Revue. II Demandons-nous maintenant ce que valent les distinctions que nous venons de faire, et, d'abord, celles qui nous ont servi à établir notre classification, et qui résultent de l'emploi des sels neutres. Jusqu'ici, les définitions que nous avons données des nucléo-albumines, globulines et albumines, est, remarquons-le, une simple définition de mots, non une définition de choses. Nous avons appelé globuline tout ce qui se précipite sous l'action du sulfate de magnésie en excès, albumine tout ce qui se précipite sous l'action du sulfate d'ammoniaque en excès, sans nous être assurés que les subs- tances ainsi nommées avaient chacune leur individualité. C'est ainsi qu'en chemin de fer, on classe, suivant certaines conventions, les voyageurs en premières, secondes ou troisièmes, sans pourtant qu'au 204 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, fond ces voyageurs soient différents. N'en serait-il pas de même de notre classement au moyen des sels neutres? En chimie, les réactions de précipitation ne servent qu'à séparer et à purifier les corps, mais non à les définir. Cette définition ne résulte que de leur étude à l'état pur, de leur analyse, de la mise en évidence de celles de leurs pro- priétés permanentes qui les distinguent de leurs voisins, et quand on ne trouve dans des livres, à propos des nucléo-albumines, globulines et albumines, que les distinctions, évidemment flottantes et sans précision, que nous avons résumées plus haut, on se demande où sont les caractères de l'espèce chimique. La nucléo-albumine, nous dit-on, existe surtout dans le protoplasma et se rencontre de préférence dans les organes les plus riches en cellules; les globulines et les albumines existent surtout dans les sécrétions et les liquides organiques. Nous voilà bien avancés I Ce n'est pas là une distinction d'ordre chimique, ni même d'ordre physiologique, tant, physiologiquement, les liquides organiques et les sucs cellulaires sont confondus. En fait, nous trou- vons de la caséine, qui est une nucléo-albumine, dans le lait, qui est une sécrétion. Cette caséine y est accompagnée de phosphate de chaux en nature, comme je l'ai montré; le phosphate de chaux est entraîné par la caséine au moment où elle se précipite, en liqueur neutre, sous l'influence d'une cause quelconque; et voilà peut-être l'origine de la distinction relative à l'existence d'un élément phos- phore dans les nucléo-albumines, élément qui n'existe pas ou est plus rare ailleurs. En outre, dans ces nucléo-albumines, il y a sûrement, vu leur origine et leur insolubilité dans l'eau, un mélange d'éléments cellulaires détruits ou en voie de destruction, de globules blancs, de noyaux qui passent au travers des filtres, se précipitent avec la nucléo-albumine, et dont on compte les éléments si variés avec ceux de cette substance. En voilà assez pour nous enlever toute confiance dans les caractères donnés comme distinctifs pour les trois types pro- venant de l'action des sels neutres, et nous sommes conduits à nous retourner du côté de la méthode de séparation pour lui demander ce qu'elle vaut. III Notre première remarque sera celle-ci. Nous nous sommes servis pour nos précipitations du sel marin, des sulfates de magnésie, d'am- moniaque et de soude. Nous aurions pu nous servir d'un sel neutre quelconque, car tous sont capables, à des degrés divers, de précipiter les diverses matières albuminoïdes. Les moins solubles ou les moins actifs ne précipitent que les matières les plus facilement précipitables, REVUES ]':T analyses. 205 les nucléo-albumines et les globulines. Beaucoup s'arrêtent à ce der- nier terme, et il n'y en a guère que deux, le sulfate d'ammoniaque et l'acétate de potasse, qui soient à la fois assez solubles et assez actifs pour précipiter les albumines. Mais tous les sels neutres des métaux alcalins et alcalino-terreux, que l'acide soit minéral ou organique, ont une action qu'ils poussent plus ou moins loin. Voilà donc ces matières albuminoïdes, si réfractaires à la combinaison, comme nous l'avons dit plus haut, qui contractent maintenant alliance avec tous les sels, quels qu'ils soient, car l'action ne se borne pas aux sels du commencement de la série des métaux, elle s'étend à la série tout entière. Ces précipitations dites wétdlliqMi's, au lieu d'avoir ce carac- tère individuel et précis qui, seul, leur donne de la valeur en chimie, ont donc un caractère banal des mieux accusés. Cette banalité s'accuse encore par ce fait que ces mêmes solutions de sels neutres ne précipitent pas seulement les matières albumi- noïdes, elles précipitent aussi une foule de corps colloïdaux, le savon, l'amidon cuit, l'aiiiiduline, l'inuline, le glycogène, Tiodure d'amidon, la gélatine, diverses matières colorantes; elles précipitent aussi les dissolutions colloïdales de silice, d'alumine, d'oxyde de fer. Bref, il semble que la substance sur laquelle elles agissent soit indiffé- rente, il suffit, comme l'a fait observer Nasse, qu'elle soit à l'état colloïdal. La surprise que pourrait produire cette conclusion disparaît en présence des considérations suivantes. Les corps en dissolution col- lo'ïdale passent, comme on sait, plus ou moins facilement au travers des filtres de papier, mais sont presque entièrement arrêtés par les filtres en porcelaine dégourdie, dont les canaux sont beaucoup plus fins, et n'admettent que les liquides et les substances qui peuvent entrer en solution véritable, comme les sels. Les substances en solution colloïdale se rassemblent à la surface des filtres, et y forment une barrière plus ou moins épaisse qui devient bientôt elle-même le prin- cipal obstacle à la filtration, parce que, si le filtre a des canaux très fins et peu perméables, ces canaux, au moins, ne s'obstruent pas, tandis que le dépôt colloïdal de la surface n'a que des interstices qui se bouchent bientôt, à mesure que la pression de filtration les remplit de matériaux et les comprime plus étroitement sur la surface de por- celaine. Il en est ainsi pour la caséine du lait qui, ainsi que je l'ai montré, est presque en totalité à l'état de suspension colloïdale. Pour l'albu- mine de l'œuf, qu'on a diluée dans l'eau, la proportion de matière qui peut passer au travers du filtre en porcelaine est variable suivant que l'œuf est plus ou moins frais, mais elle est toujours plus grande que pour la caséine, et peut atteindre et dépasser la moitié de l'albu- 206 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR, mine totale. Il y a de même pour chaque liquide albumineux une portion filtrable et une portion non filtrable à travers la porcelaine, ces deux portions pouvant toutes deux filtrer au travers du papier et donner ainsi l'illusion d'une solution parfaite. Gela posé, voici ce qui se passe. L'addition d'un sel neutre quel- conque, àfaible concentration, dans ce mélange, apoureffet de condenser en grumeaux, de rendre par conséquent insolubles en apparence, et non filtrables.au travers du papier, les portions de substance qui étaient les plus gélatineuses, les plus voisines de l'état solide, celles qui en venant se coller à la surface du filtre de porcelaine, en diminuaient rapidement la perméabilité. La chose est facile à voir avec l'albumine d'œuf. Sitôt qu'on a obtenu, par l'addition d'un sel du reste quelconque, un coagulum qui entraîne les éléments les plus grossiers de la solution apparente du blanc d'œuf, la filtration au travers du papier, comme aussi celle à travers du filtre de porcelaine, deviennent très faciles et très promptes. Mais les éléments arrêtés n'ont pas été précipités par le sel : ils n'étaient pas plus en solution avant qu'après son action. Avant comme après, ils ne pouvaient passer au travers d'une bougie Ghamberland. Ils étaient seulement filtrables au travers du papier, et ne le sont plus; en sorte que si on voulait donner une défi- nition précise des globulines de l'œuf, il faudrait les définir comme des matières albumino'id es qui, enprésencedes sels, ne passent pas au travers du papier à filtre, tandis qu'elles y passent en l'absence des sels ou quand on les dilue. Ce caractère ne semble pas suffisant pour une distinction d'espèces. A mesure que la proportion de sel neutre dissous augmente dans le liquide, la rétrogradation vers cet état insoluble, la transformation en grumeaux non filtrables au travers du papier, gagne des portions de matières plus voisines de celles qui sont en solution véritable ; puis, à leur tour, celles qui pourraient passer au travers du filtre en porcelaine, et on finit ainsi par tout précipiter, ou plutôt presque tout. Mais à quel niveau faut-il placer la barrière entre les nucléo- albumines, les globulines et les albumines, c'est ce qu'il est fort délicat de décider, tant qu'on n'a pas bien démontré qu'il y en a une. Sans avoir la notion précise des faits sur lesquels je viens d'in- sister, et convaincus qu'ils assistaient à de véritables précipitations chimiques, les premiers savants qui ont essayé de ces moyens de classification s'étaient pourtant bien aperçus que tous leurs précipités n'avaient rien de net, et s'enchevêtraient parfois les uns dans les autres. C'est alors qu'ils avaient été contraints de faire intervenir les conven- tions, de fixer la nature et la proportion du sel à employer, sulfate de magnésie ou sulfate d'ammoniaque, de définir la température, 20° dans un cas, 30° dans un aulre, de tenir compte aussi de la concentration REVUES ET ANALYSES. 207 des liqueurs à analyser, etc. Toutes ces conventions sont au fond très innocentes, et l'histoire des matières albuminpïdes a de quoi régaler ceux qui les aiment. Mais on voit combien elles sont artificielles, et indignes de fournir les éléments d'une classification. Je reconnais toutefois que ce serait leur manquer de respect que de s'en tenir avec elles àcette condamnation sommaire, prononcée au nom des principes. Il faut les voir à l'œuvre et les étudier dans leurs résultats. C'est ce que nous ferons dans une Revue prochaine. E. DUCLAUX. INSTITUT PASTEUR Personnes traitées prises de rage pendant le traitement. Georgette Dpouet, 6 ans, d'Issy (Seine). Georgetle Drouet, mordue le 7 février, s'est présentée à l'Institut Pasteur et a été inoculée pour la première fois le 25 février. Elle portait à la tête une hlessure partant de l'arcade sourcillièi'e gauche remontant sur le crâne et se prolongeant sur une longueur de 11 centi- mèti'es, la paupière avait été déchirée. Le 9 mars, la jeune Drouet présente une aérophobie très marquée; elle est conduile à l'Hôpital des enfants où elle meurt lé 11 ; d'après les renseignements fournis par son père, les premiers symptômes se sont manifestés vers le 7 mars. Le chien mordeur avait été abattu le 9 février et soumis le 24 à l'examen de M. Lecomte, vétérinaire à Issy, qui avait conseillé l'envoi à l'Institut Pasteur de l'enfant mordue. 208 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. INSTITUT PASTEUR STATISTIQUE ' DU TRAITEMENT PRÉVENTIF DE LA RAGE — FÉVRIER 1892. Morsures aux mains Morsures à la tête ( simples et à la figure ( multiples. . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Fas de cautérisation simples multiples . . . . Cautérisations efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Morsures aux mem- l simples bres et au tronc | multiples . . . . Cautérisatiotis efficaces — inefficaces ....... Pas de cautérisation Habits décliirés Morsures à nu Morsures multiples en divers points du corps Cautérisatio?is efficaces — inefficaces Pas de cautérisation Habits déchirés Morsures à nu T/^ta„ir S Français et Algériens . lotaux. ^ Etrangers 6 fQ 3; 25 13 ») I A 13 Total général B 135 B C » 4 5 ), 1 » / » 1 >' » ( » 1 » » » » » 4 ,, » » ,, » » 1 29 23 52 » >' 7/ 15i 23 » » 9 » 28 » » 13 » » 16 13 29 » 7 12( 43 » » 9 » IG » » 10 » 21 » » 16 » 8 » » 3 D » 4 4 » 1 » )) » » » 2 » » » » 2 ■» » 1 » 2 » » )) » 2 » » 1 » 67 13 80 26/ 16) 1 22 19 42 i. La colonne A comprend les personnes mordues par des animaux dont la rage est reconnue expérimentalement; la colonne B celles mordues par des ani- maux reconnus enragés à l'examen vétérinaire; la colonne C les personnes mordues par des animaux suspects de rage. Les animaux mordeurs ont été 5 fois. chiens, 130 fois; chats, Le Gérant : G. Masson. Sceaux. — Imprimerie Cbaï'aire et C'o. imaics ue. i lut^uiuL rcibLum- ^r % \ M^ ^ s '@ >c k... ..Y h ^ -- ^ n !l» /' 1 . % f^î^j 'M vr -iP ^•T ■*', <^2^ 1^ frti 6i/ bes.del. V. Rousse 6'»« ANNEE. AVHII. d892. N« 4. ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR SUR CERTAINS CARACTÈRES DES LÉSIONS HISTOLOGIQUES DE LA RAGE Par m. V. BABES. (Travail de l'Institut de pathologie et de bactériologie de Bucarest.) Les symptômes et les lésions de la rage du chien sont bien connus; leur ensemble, quand ils sont bien prononcés, ne -laisse aucun doute sur la nature de la maladie. Cependant il arrive que Ton n'ait pas eu l'occasion d'observer les symptômes de l'animalmordeur, de sorte que le médecin hésite à recommanderle traitement antirabique, et le malade à s'y soumettre. Même quand la rage de l'animai mordeur est probable, toujours est-il à désirer d'avoir aussi vite que possible la certitude du fait, et de pouvoir, le cas échéant, rendre la tranquillité au malade. Enfin, il y a des cas où les symptômes de la rage peuvent être confondus avec ceux d'une maladie différente, l'épilepsie, par exemple. Il y en a d'autres où la moelle de l'animal mordeur nous arrive putréfiée ou altérée, ou bien conservée dans l'alcool, de sorte que les animaux inoculés avec cette moelle succombent par le fait d'une septicémie, ou restent bien portants quoique le chien mordeur fût enragé. Toutes ces difficultés journalières m'ont décidé, dès le com- mencement de mes études sur la rage, à chercher un moyen de 210 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUK. diagnostic plus rapide et plus sûr que la présence des corps étrangers dans l'estomac congestionné des animaux suspects, ou d'autres lésions moins constantes encore. Cette maladie, si bien caractérisée par tout un cortège de symptômes assez constants, doit présenter aussi des lésions caractéristiques dans les centres nerveux, et notamment dans les noyaux qui président à la pro- duction de ces symptômes. J'ai donc cherché l'existence de lésions dans les noyaux moteurs du bulbe, de la moelle, et surtout dans la substance grise qui circonscrit la grande cavité du cerveau. Des recherches dans ce sens ont été déjà faites par différents auteurs. Benedikt avait publié en 1874 des observations sur les lésions rabiques *. En 1875, le même auteur commence un mémoire" sur les lésions rabiques, par ces mots : « la cause pour laquelle les lésions pathologiques de la rage ont échappé, doit être cherchée dans la forme mUiaire des foyers patholo- giques ». Cependant ce savant décrit comme lésions rabiques un état qu'il identifie avec la granular-clesintegration des Anglais. D'après lui il s'agirait ici de l'exsudation périvasculaire d'une substance grenue ou hyaline, et il admet même la rupture et la compression des vaisseaux au niveau de la lésion. Quelques dessins de son mémoire montrent une diapédèse des globules rouges et des leucocytes qui forment des noyaux autour des vaisseaux sanguins. En même temps il existe de petites hémor- ragies par rupture des parois des vaisseaux, des masses jaunes pigmentaires autour des vaisseaux, et une accumulation de leucocytes dans certains vaisseaux lymphatiques. Quant à la topographie de cette lésion, l'auteur constate la fréquence des foyers surtout dans le lobe olfactif, la fosse sylvienne, au niveau du trijumeau moteur, et enfin entre l'anse et le processus cerebelli ad pontem. On sait que la granular-desintegration a été reconnue depuis comme étant en partie une modification artiiîcielle, et, en effet, les dessins qui accompagnent le mémoire laissent reconnaître des foyers qui certainement ne sont pas d'origine vitale. Cepen- dant dans d'autres dessins on voit des masses hyahnes autour des vaisseaux, des hémorragies dans les espaces péri-vasculaires, 1. Wiener mediz. Presse, 1874, n. 27. "2. Virchoivs Archiv, 1873, t. 64, p. 537. LÉSIONS HISTOLOGIQUES DE LA RAGE. 211 et de petits foyers hémorragiques pigmentaires et inflam- matoires autour des vaisseaux. Dans la même année, Kolesnikofl"' pouvait constater à peu près les mêmes lésions, en ajoutant que les masses hyalines produisent aussi l'ohlitération de certains vaisseaux. Plitz et Friedberger ^ ont constaté aussi des masses hyalines dans les vaisseaux et dans leurs parois, de même qu'une coloration jaunâtre des parois et de l'entourage des vaisseaux. M. Coats ^ avait trouvé des lésions étendues dans trois cas de rage humaine, à savoir, des foijers miUaires surtout dans la partie axiale, mais aussi dans les circonvolutions. Ces foyers sont formés par des cellules lymphatiques accumulées non seulement autour des vaisseaux, mais aussi autour des cellules nerveuses. Il ne parle pas des masses hyalines décrites' par Benedikt. C'est donc sans doute M. Coats qui décrit les lésions les plus caractéristiques; cependant sa description est défectueuse et il ne spécifie point la topographie des lésions. M. Benedikt revient en 1878* sur les lésions rabiques. Il constate les lésions décrites chez un cheval mort delà rage; pour lui, les foyers miliaires se trouventtoujours autour des vaisseaux des cornes antérieures de la moelle cervicale, et dans Taxe du système nerveux central; aux mêmes endroits, il constate de nouveau des anévrysmes miliaires disséquants, produits souvent par une dégénérescence hyaline des parois des vaisseaux. Bollinger, Forel% de même que Fr. Schullze, n'ont pu trouver d'autres lésions qu'une hypérémie et une lymphostase, lésions qui, d'après ces auteurs, n'ont rien de particulier. En 1887, Govvers ^ en examinant les cerveaux de quatre indi- vidus morts de la rage, constate aussi les hyperlymphoses autour de petites veines qui, en section transversale, correspondent aux foyers décrits par les auteurs. Ce savant, de même que Friedberger et Benedikt, décrivent dans les régions mentionnées des thromboses vasculaires réti- culées, grenues, hyalines, souvent imbibées de pigment sanguin, 1. Clralblatt f. med. Wiss., 187o. p. &o.S. 2. Zeitschr. f. priicl. Veterinàrwiss., 1876, p. 59. 3. Lancet, 3 février ^877 (cité d'après Beuedikt). 4. Archives de Virchow, t. 72, p. 4"i5. 5. D. Zeitsch. f. Thiermed. und vergl. Pat/i , 1876, t. III. 6. Pathol. Ti-ansactions. 512 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. renfermant des leucocytes en dissolution. Il croit, de même que Benedikt, que ces lésions sont caractéristiques pour la rage, tandis qu'on trouve des foyers embryonnaires périvasculaires aussi dans d'autres maladies. Ainsi Benedikt mentionne un cas de paralysie progressive des nerfs cérébraux (bulbaire?) avec des foyers semblables sur le plancher du IV® ventricule. Weller' trouve, comme la plupart des auteurs, des foyers de cellules embryonnaires dans les espaces périvasculaires, qui renferment en même temps des masses jaunes uniformes, comme des gouttes d'une substance grasse. Les mêmes cellules existent souvent aussi autour des cellules nerveuses voisines. Kolesnikofî -, en rapportant le résultat de l'examen de -20 chiens enragés et tués le 4® ou 5® jour de la maladie, constate ^e nouveau les lésions décrites dans ses recherches antérieures, et insiste surtout sur ce point que les lissions microscopiques ont été dans tous les cas toujours les mêmes; elles étaient localisées dans le corps strié, les couches optiques, dans le bulbe et la moelle. Les lésions les plus profondes existent au niveau des vaisseaux sanguins. Elles consistent : 1° en une prolifération des cellules endothéliales; 2° en une prolifération du tissu conjonctif de la tunique externe, avec inliltration par des éléments lymphoïdes; S** en une accumulation d'éléments lymphoïdes entre la tunique moyenne et externe; 4° en une propagation de l'infiltration dans la tunique moyenne, avecprolifération des éléments musculaires. Dans ce cas, toutes les couches de la paroi vasculaire ont été intiltrées par des éléments lymphoïdes. Ces lésions sont au commencement nodulaires, et deviennent plus tard diffuses. Elles étaient compliquées d'hémorragies par rupture ou par diapédèse. Ces hémorragies sont surtout causées ou par la lésion des parois, ou par l'oblitération des vaisseaux par des thrombus formés de masses hyalines et par des leucocytes. L'auteur entre ensuite dans l'analyse de la substance hyaline qui se trouve dans les parois des vaisseaux modifiées; il trouve que ces masses donnent tantôt la réaction amyloïde, tantôt celle des colloïdes et des substances albuminoïdes. D'après lui, ces masses résultent d'une modification des globules rouges du sang. Sans diriger son attention sur la localisation des lésions 1. Archiv. f. Psychiatrie, 1879. "2. Virchow's Archiv. 1888, p. 44o. LÉSIONS HISTOLOGIQUES DE LA RAGE. 213 autour des cellules nerveuses, il insiste sur le caractère insulaire des lésions rabiques, surtout manifeste dans la substance grise du cerveau et de la moelle; mais en examinant les cas décrits par cet auteur, on voit facilement que les noyaux autour des cellules nerveuses ne sont pas si répandus que les noyaux vasculaires* Les premiers nodules existent surtout dans la substance grise au voisinage de l'épendyme des ventricules, dans la protubérance et dans les noyaux de l'hypoglosse, du pneumogastrique et de l'accessoire de Willis, et enfin dans les cornes antérieures de la moelle. Dans une petite publication parue dans le journal hongrois, Orvosihctilap, de 1886, j'avais donné le résultat d'une longue série d'examens faits sur des organes d'hommes et d'animaux morts de rage, et dans ma publication détaillée sur la rage (Virchoiu's Archivai. 110, 1887), je résume le résultat de mes recherches sur les lésions rabiques, qu'on peut j)réciser de la manière suivante ; 1° Chez les animaux morts de la rage des rues, on trouve ordinairement une hypérémie et un œdème aigu général des méninges cérébrales et médullaires, des hémorragies aiguës et localisées autour de certains vaisseaux, en même temps que des lésions inflammatoires. Au microscope, on constate une multipli- cationdes cellules plasmatiques, et l'augmentationdela substance réticulaire, de nature fibrineuse, entre les couches des méninges. 2° L'épithélium du canal central cérébro-spinal a proliféré. Dans la substance grise qui entoure le canal et surtout dans celle du plancher on trouve souvent des hémorragies, parfois symé- triques. Au microscope on voit souvent une oblitération ou une thrombose du vaisseau par une substance réticulée, hyaline, pigmentée, ou par des leucocytes, de même que des globules hyalins, et parfois une dégénérescence hyaline, ou bien une inflammation des tuniques vasculaires. Le sang extravasé renferme aussi beaucoup de substance hyaline. Les hémorragies sont souvent limitées par la gaîne lymphatique des vaisseaux. En même temps on trouve souvent des défauts dans l'épithélium des ventricules et du canal central. Ce dernier est parfois rempli de sang et de masses hyalines ou grenues. 3° On observe parfois à l'œil nu de petits foyers de dégéné- rescence dans la substance grise, mais souvent on les cherche en vain. 214 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 4" Les lésions les plus constantes sont de nature microsco- pique; elles se trouvent surtout dans la substance grise qui entoure le canal cérébro-spinal, et dans les noyaux moteurs du bulbe et de la moelle. Ces lésions consistent d'abord dans l'hypé- rémie et dans l'accumulation de cellules embryonnaires autour des petits vaisseaux, d'orig-ine périthéliale ou migratrice, souvent avec le caractère d'une multiplication indirecte; enfin on y trouve encore des lésions des cellules nerveuses. 5° La lésion des cellules nerveuses des régions indiquées est assez caractéristique; elle consiste dans des signes de proliféra- tion (PI. YIII, fig. 1 et 4) et même dans la présence de plusieurs petites cellules au lieu d'une grande, ou dans une dégénérescence uniforme, et souvent vacuoiaire avec réduction ou disparition du noyau (PI. VIII, fig. 6), ou bien avec disparition de son réseau chromatique. Ces cellules renferment souvent du pigment. Sou- vent des éléments ronds mononucléaires, plus rarement polynu- cléaires, de nature lymphatique, font leur invasion dans le protoplasme même de la cellule (PI. YIII, 8), et remplissent les espaces lymphatiques péri-cellulaires dilatés en formant de petits noyaux. 0° La lésion de la substance médullaire est moins prononcée; elle consiste surtout dans un œdème delà gaine myélinique des fibres nerveuses. 7° On trouve dans certaines cellules plasmatiques, dans l'in- térieur et autour des vaisseaux, souvent dans les leucocytes, dans les espaces lymphatiques, des parties altérées dans certaines cellules nerveuses, et, dans la gaine dilatée des fibres nerveuses, des grains arrondis ou amiboïdes de l ij- de diamètre environ, pigmentés ou colorables par les couleurs d'aniline, et qui en partie semblent posséder des mouvements propres. Les mêmes lésions ont été décrites plus tard par ditïérents auteurs, qui ont ajouté encore des détails controversés. Ainsi Schaiïer croit pouvoir regarder certaines granulations proto- plasmiques ou pigmentaires des cellules nerveuses et du noyau, de même que des stries protoplasmiques plus prononcées, comme quelque chose de particulier, et il prétend que les lésions, qu'il regarde comme une myélite aiguë, seraient toujours plus prononcées à l'endroit correspondant à l'entrée du nerf de la région mordue dans la moelle ou dans le cerveau. Cet auteur LÉSIONS HISTOLOGIQUES DE LA RAGE. 215 insiste aussi sur raccumulation des cellules lymphatiques autour des cellules nerveuses, surloul dans les cornes antérieures. Il donne une certaine importance aux lésions des fibres nerveuses et à l'atrophie pigmentaire trouvées dans la rage; il insiste sur la localisation des lésions au niveau des noyaux moteurs. Cepen- dant Popoll", de même que moi, nous ne pouvons pas confirmer les données de ce savant concernant la localisation constante indiquée de la myélite, et la spécificité du pigment ou de certaines granulations; de plus j'avais constaté, dans plusieurs autres lésions aig-uës de la moelle, les lésions des cellules gan- g-lionnaires décrites par Schaffer. Dans un récent travail en collaboration avec M. Mihailescu, j'ai constaté, en outre des lésions indiquées, que l'altération des cellules nerveuses est ordinairement accompagnée d'une modi- fication de leur réseau protoplasmique, mise en évidence par le bleu de méthylène sur les pièces durcies dans l'alcool. Ce réseau et ses modifications ont été démontrés par moi au Con- grès international de Berlin en 1890 ({\g. 1, 2 et 3, PI. VllI). Les cellules modifiées sont entourées d'une zone de cellules embryonnaires. Entre ces cellules, on distingue un réseau lym- phatique dilaté et un peu de substance rigide, à l'aspect kératinisé, formant des fragments d'un mince réseau. Souvent ce foyer renferme aussi un peu de pigment noir intra et interceliulaire ' (fig. 7). Comme l'état embryonnaire des petits vaisseaux, surtout des rég'ions motrices, de même que les autres lésions indiquées, se retrouvent dans beaucoup d'autres troubles aigus du système nerveux central, ces lésions, quoique assez constantes, ne suffi- sent pas pour nous fournir un moyen de diagnostic de la mala- die; tandis que les petits foyers embryonnaires bien nets, autour d'une seule cellule nerveuse d'origine motrice, ou d'un très petit g-roupe de cellules provenant probablement de la multipli- cation d'une seule cellule (PI. YIII, fig. 1), donnent un ensemble très caractéristique, que je n'ai pas remarqué dans d'autres ma- ladies du système nerveux. -1. Je n'entre pas ici dans les détails d'autres lésions microscopiques de la rage, cenime celles des nerfs, des glandes et des ganglions mentionnées par Wagner, Kolessnikofr, Polaillon, Mepveii, Botkin, Klebs, Heschl, etc., et d'autres, que j'avais décrites en partie dans mes « Éludes sur la rage », insérées dans les Aimales de l'Instilut de pathologie et de bactériologie, de Bucarest, 1888-89, t. I, vol. 2. 216 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. La lésion inflammatoire occupe, dans certaines de ces mala- dies, des régions plus étendues, les vaisseaux et ordinairement en même temps la substance médullaire. La lésion des noyaux moteurs dans les affections non rabiques est plus étendue, plus systématisée et rarement si aiguë; on n'y trouve pas enfin la localisation indiquée des lésions rabiques. Pour m'assurer de la spécificité des lésions trouvées dans la rage, j'ai examiné un nombre de maladies nerveuses aiguës avec participation des régions motrices, chez le chien et chez l'homme. Chez le chien, ce sont certains cas de maladie des jeunes chiens avec caractère nerveux qui montrent des lésions plus ou moins semblables aux lésions rabiques. Cependant on y observe facilement les difi'érences suivantes : l*' dans cette der- nière maladie, la lésion périvasculaire (diapédèse, masses hyalines) est beaucoup plus intense et surtout les foyers sont beaucoup plus étendus que dans la rage; 2° on n'y trouve pas unelocalisation des foyers inflammatoires autour des cellules ner- veuses; 3° on y observe ordinairement une participation mani- feste de la substance blanche; 4° le bulbe, la substance grise autour du canal cérébro-spinal, sont dans cette maladie moins altérés et ne présentent pas les petits noyaux caractéristiques. Dans des maladies expérimentales, toxiques ou traumati- ques, surtout celles décrites par Popoff" {Beitr. zur Kenntn. d. acuten tox. Myelitis, 1882) et par moi-même {Experim. Beitr., etc. Arch. f. Dermat., i878), on observe une lésion plutôt paren- chymateuse, avec hypérémie, exsudation de masses hyalines, dégénérescence des cellules et surtout des fibres nerveuses, tandis que les lésions inflammatoires des vaisseaux sont moins prononcées, et je n'ai pas vu dans ces formes des noyaux embryonnaires localisés autour des cellules nerveuses des noyaux moteurs. Si on tue des chiens par asphyxie, on observe parfois, en même temps que la congestion, la présence de quelques cellules lymphatiques autour de certaines cellules ganglionnaires, mais les cellules lymphatiques sont peu nombreuses, les cellules gan- glionnaires sont intactes, et la lésion ne présente pas Ja topogra- phie indiquée. Chez l'homme, c'est surtout la paralysie bulbaire, l'atrophie musculaire progressive et la paralysie infantile qui pourraient LÉSIONS HISTOLOGIQUES DE LA RAGE. 217 donner des lésions quelque peu semblables aux lésions rabiques. Mais, dans la paralysie bulbaire, la moelle est ordinairement intacte; la lésion commence dans toutes ces maladies par une prolifération de la névroglie, qui amène une atrophie des groupes cellulaires, et je n'ai pu constater dans mes préparations prove- nant de cette maladie la zone d'éléments embryonnaires migra- teurs, qui est si caractéristique dans la rag-e. Ainsi les nodules rabiques, toujours aigus, et moins limités aux cornes antérieures, ne pourront être confondus avec les lésions sclérotiques et atrophiques de l'atrophie muscu- laire. La myélite aiguë de l'homme est, comme on le sait, tantôt systématique, tantôt insulaire ou diffuse, transversale, ascen- dante ou descendante. Elle présente, même dans des cas aigus, des lésions parenchymateuses, et surtout l'œdème, la proli- fération de la névroglie, l'apparition de cellules granulo-grais- seuses, tandis que les vaisseaux sont ordinairement moins modi- fiés. De plus ses lésions sont rarement limitées à la partie grise et motrice du système nerveux central. On ne pourra donc jamais confondre les lésions bien évidentes et macroscopiques de cette maladie avec les lésions histologiques de la rage. Bien que la myélite aiguë présente dès le commencement une dégénérescence bien prononcée, avec apparition de glo- bules granulo-graisseux en grandes masses autour des vaisseaux du parenchyme, avec des lésions intenses et limitées aux parties qu'on reconnaît ordinairement à l'œil nu comme les plus atteintes par la maladie, il y a cependant des cas de myé- lite aiguë, 011 on ne trouve que des lésions nodulaires microsco- piques. Mais dans ces cas aussi, on ne décrit pas les noyaux d'inflammation limitée presque aux régions motrices de la sub- stance grise, et surtout ceux qui se trouvent dans la rage autour de certaines cellules nerveuses. C'est surtout dans un cas de tétanos chez l'homme et dans un autre d'éclampsie puerpérale (néphritique), que j'ai trouvé des lésions du système nerveux central qui ressemblent le plus aux lésions rabiques. Cependant les accumulations cellulaires, quoique souvent miliaires, existent surtout autour des petits vaisseaux, les régions sont moins limitées, et même des petits nodules trouvés dans le cas d'éclampsie, dont le rapport avec ces vais- 218 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. seaux ne sont pas évidents, ne sont pas non plus situés autour des cellules nerveuses. Tout en admettant que les lésions de la rage n'ont rien d'absolument caractéristique, et qu'il se pourrait que dans un cas de myélite diffuse très aiguë on trouvât des lésions sembla- bles, il faut tout de même constater que ni dans les livres, ni dans mon expérience personnelle, je n'ai jamais rencontré un cas semblable, de sorte que jusqu'ici nous pouvons regarder les lésions rabiques comme caractéristiques. Dans d'autres maladies infectieuses, on avait aussi trouvé des lésions histologi- ques caractéristiques comme ensemble, quoique faites d'éléments non absolument spécifiques. C'est ainsi qu'on avait reconnu et regardé comme spécifiques les lésions de la tuberculose avant la découverte du bacille qui la produit, quoique cette maladie n'offrît alors aucun élément absolument spécifique. Peut-être aussi que dans la rage, dans laquelle le cerveau et la moelle sont le siège du virus, la virulence est liée aux éléments qui font partie des nodules caractéristiques; il serait moins pro- bable que ces nodules soient l'expression d'une action éloignée toxique, comme le sont, par exemple, les lésions nerveuses dans le tétanos, dans lequel la moelle n'estpas virulente. De plus, nous nous sommes convaincus que la moelle rabique stérilisée ne produit ni la rage, ni les nodules caractéristiques pour cette maladie. En effet, en comparant la moelle rabique avec celle des animaux succombés au tétanos, ou par le fait d'une intoxication, on constate souvent, dans ces dernières maladies, la même hypérémie et même l'infiltration cellulaire et de masses hyalines dans les parois vasculaires ; mais on y cherche en vain une localisation miliaire de ces lésions aux parties indiquées, et on n'y trouve pas les îlots inflammatoires péricellulaires de la rage. Il résulte de ces examens comparatifs, de même que des cons- tatations des auteurs sur les lésions de la rage, qu'il s'agit dans cette maladie de foyers miliaires, surtout dans la substance grise et de préférence dans les régions motrices, qui par leur forme et leur siège présentent des particularités, parmi lesquelles les noyaux embryonnaires autour de certaines cellules nerveuses modifiées sont, d'après moi. les plus caractéristiques. Pour m'assurer de la valeur diagnostique de l'ensemble des LÉSIONS IIISTOLOGIQUES DE LA RAGE. 219 lésions rabiques et surtout des petits foyers péricellulaires, j'examine depuis plusieurs mois les pièces, moelle ou cerveau, qu'on nous envoie avec les personnes mordues. Voici la manière dont je procède : des tranches de moelle ou de cerveau, de o-lO mm. carrés sur 3 mm. d'épaisseur, sont durcies dans l'alcool absolu, tandis qu'une partie de la moelle est inoculée par trépanation à un cobaye ou un lapin. Le lende- . main on peut très bien en faire des coupes minces qu'on teint par le bleu de méthylène ou la fuchsine de Lôftler. En quelques minutes les pièces sont colorées ; on les lave à l'eau distillée, et après les avoir fait déshydrater, on les éclaircit dans l'essence de girofle et on monte dans le baume de Canada. Par ce procédé, la substance médullaire n'est pas bien con- servée, mais, comme mes recherches l'ont montré, la substance blanche est peu modifiée dans la rage, et encore ces modifica- tions ne sont-elles que peu caractéristiques, de sorte qu'on peut s'en passer dans cet examen. La substance grise et les produits de jirolifération et d'inflammation, au contraire, sont très bien conservés et colorés par ce procédé rapide. On voit déjà à un faible grossissement, d'une manière éclatante, les groupes de cel- lules motrices des régions intéressées; parmi ces cellules il y en a quelques-unes qui sont ordinairement pâles, vacuolaires, aux prolongements cassés, au noyau modifié (en karyokinèse par- fois), envahies par de petitescellules rondes mono-nucléaires et formant le centre d'un petit nodule, composé lui-même par les éléments migrateurs mono-nucléaires que nous avons ton ta l'heure signalés. On voit bien en même temps les vaisseaux prolifères, dilatés souvent, renfermant beaucoup de leucocytes, et entourés d'espaces lymphatiques dilatés et remplis d'éléments embryon- naires, parfois pigmentés. Ce qui caractérise surtout la lésion, c'est la [)résence de ces nodules péricellulaires. Voici enfin, comme exemples de notre procédé, quelques cas dans lesquels cet examen nous a donné des renseignements utiles. I. — Petrache Grigoru', âgé de 37 ans, de Hàleni (Covurh'u), est mordu le 13 octobre par son chien, de retour à la maison après une absence de 220 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUR. 3 jours. Le même jour l'animal est abattu, et on envoie à l'Institut le bulbe et le cerveau du chien dans la glycérine. L'autopsie a été négligée. Le 17 on reçoit les pièces ; on les fait durcir dans l'alcool, après les avoir' fixées parla liqueur de Flemming, et le 20 octobre on fait des coupes; on les colore par le bleu de méthylène et nous constatons d'abondants nodules rabiques autour des cellules nerveuses du bulbe, surtout dans les noyaux du pneumogastrique et du nerf hypogastrique. ^ Le lapin inoculé est mort de la rago. IL — Le paysan GavrilPrepelita, âgé de 40 ans, de Ciumulesti (Suceava) est mordu le 22 octobre par un chien étranger, suspect de rage, sur lequel on ne nous donnait pas de renseignements. Le 3 novembre on reçoit le cerveau du chien dans la glycérine, on fait durcir dans l'alcool absolu, et le 5 on fait des coupes, dans lesquelles on constate au microscope beaucoup de nodules rabiques dans l'épendyme du ventricule latéral. Le lapin infecté est mort après 30 jours de la rage. m. — M. Anton Sichni, âgé de 43 ans, de Roman, est mordu le 31 octo- bre par un chien suspect, qu'on a tué. Dans les coupes qu'on a obtenues des pièces envoyées, après durcissement dans l'alcool, on observe des nodules rabiques caractéristiques en grand nombre, surtout autour des cellules nerveuses de la paroi du ventricule laté- ral au-dessous de l'épendyme. Le lapin inoculé en même temps, meurt rabique le 24 novembre, IV. — Un chien présentant des symptômes suspects, meurt de la rage à l'Institut. On constate les lésions anatomiques de la rage. On fait durcir le cerveau, le bulbe et la moelle de l'animal dans l'alcool absolu, et deux jours après on peut observer, dans les coupes 'colorées par la fuchsine, de nombreux nodules autour des cellules motrices dans les noyaux du plan- cher du IV^ ventricule, surtout du nerf hypoglosse, et dans les cornes an- térieures de la moelle cervicale. Le lapin inoculé avec cette moelle meurt de la rage 18 iours après la trépanation. V. — Le mêmejour on fait abattre un chien suspect, on durcitle bulbe et la moelle dans l'alcool, et, deux jours après, on fait des coupes dans lesquelles on n'observe pas de nodules péricellulaires. Le lapin inoculé avec la moelle de ce chien reste bien portant. VI. — L'enfant Maria Jonica Feraru, de Slatina, âgée de 8 ans, est mordue le 7 novembre par un chien pr